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Le Comte Ory à l’Opéra Comique : cadeau de fin d’année

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra Comique. 21-XII-2017. Gioachino Rossini (1792-1868) : Le Comte Ory, opéra en deux actes sur un livret d’Eugène Scribe. Mise en scène : Denis Podalydès. Décors : Eric Ruf. Costumes : Christian Lacroix. Lumières : Stéphanie Daniel. Avec : Philippe Talbot, Le Comte Ory ; Julie Fuchs, la Comtesse ; Gaëlle Arquez, Isolier ; Ève-Maud Hubeaux, Dame Ragonde ; Patrick Bolleire, Le Gouverneur ; Jean-Sébastien Bou, Raimbaud ; Jodie Devos, Alice ; Léo Reynaud et Laurent Podalydès, comédiens. Chœur Les Éléments. Orchestre des Champs-Élysées, direction : Louis Langrée.

Limpidité et qualité pour Le Comte Ory à Paris. Que ce soit la mise en scène de , la musique ou la distribution (, , ), l’Opéra Comique offre un beau cadeau de fin d’année à son public.

Souvent traité comme une comédie un peu simpliste voire potache, ou bien comme un pastiche, Le Comte Ory de Rossini présente le risque de tomber dans le grossier. Mais pour cette nouvelle production de l’Opéra Comique, c’est avec finesse et sobriété que a su donner du corps à cette œuvre en s’intéressant au plus près à la psychologie de chaque personnage sans pour autant que le rire soit occulté. L’air de la Comtesse au premier acte est ainsi un pur moment de poésie, alors que le pittoresque trio entre le Comte Ory, la Comtesse et Isolier devient un tableau subtilement tendre et sensuel.

La direction d’acteurs est précise, toujours à l’écoute de la musique pour une fusion entre le plateau et la fosse. Fluide et dynamique, cette retranscription au temps de la création de l’œuvre, permet aussi au metteur en scène de s’affranchir des censeurs de l’époque, le décorateur parsemant la scène de reliques et autres symboles chrétiens. La sobriété est également de mise sur le plan visuel, les décors offrant une liberté bien amenée entre un confessionnal, ici lieu de transgression, et l’évocation d’une sacristie, permettant une dynamique des déplacements de bon augure. Sobriété également concernant le travail de , agrémenté ici et là de quelques accessoires (nez protubérant du Comte, coiffure démesurée de Dame Ragonde) pour rester toutefois dans le ton de l’humour et garder l’essence de cet opéra.

Limpidité également dans la direction de qui est ce soir à la tête de l’. La belliqueuse ouverture donne la tonalité : c’est par les couleurs orchestrales que le chef donne corps à la partition de Rossini rendant l’atmosphère grave et légère tout à la fois. Avec exactitude, sa battue mène les effets avec brio et évidence. Les cordes sont nerveuses, les cuivres francs, les tutti festifs et frétillants.

Ces forces se complètent par une distribution aux qualités vocales et théâtrales réjouissantes. Le premier qui répond à l’appel est , détenteur du rôle-titre. Annoncé malade en début de représentation, l’artiste ne compte pourtant pas seulement sur son talent comique, pourtant notable, pour remporter l’adhésion. Le timbre et la ligne sont beaux, les vibratos légers, la projection et la diction claires, alors que les suraigus, nombreux, sont toujours amenés avec une agréable souplesse. Quelle performance surtout quand on connaît l’exigence de la partition de par sa virtuosité et ses aigus menés ce soir avec une vigueur et un bagou décapants ! Mais incarne avant toute chose un personnage. Jamais caricatural, souvent désopilant, le chanteur vibre au rythme des pitreries d’un Comte séducteur (ou presque !), et au final très attachant.

La Comtesse de mélange panache, précision et exubérance, et la réussite est incontestable tant l’incarnation se compose de multiples visages. Sa voix fruitée et brillante fait chavirer une mélodie complexe par un legato superbe et une agilité vocale remarquable, toujours portée par le sens des mots et des intentions, avec un petit brin de folie qui pimente le tout. Sans s’inscrire dans la tradition rossinienne belcantiste, la performance de la chanteuse fait mouche.

Le reste de la distribution est au même niveau : entre un , confident bien modelé entre grâce et noirceur (Raimbaud), une merveilleuse (Isolier) avec des aigus rayonnants et un investissement comique énergique, un (Le Gouverneur) dont l’autorité fait foi grâce à une splendide assise de sa voix profonde, ou encore une (Dame Ragonde) jubilatoire dans ses effets comiques. Le chœur complète cette parfaite cohésion de groupe, preuve en est lors du passage a cappella du finale de l’acte I.

Crédits photographiques : © Vincent Pontet

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