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Christoph Waltz met en scène Falstaff pour l’Opéra des Flandres

La Scène, Opéra, Opéras

Anvers. Vlaanderen Opera. 23-XII-2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Falstaff, commedia lirica en trois actes sur un livret d’Arrigo Boïto d’après les Joyeuses Commères de Windsor et King Henry IV de Shakespeare. Mise en scène : Christoph Waltz. Décors : Dave Warren. Costumes : Judith Holste. Lumières : Felice Ross. Avec : Craig Colclough, Sir John Falstaff ; Johannes Martin Kränzle, Ford ; Julien Behr, Fenton ; Michael Colvin, Dottore Cajus ; Denzil Delaere, Bardolfo ; Markus Suihkonen, Pistola ; Jacquelyn Wagner, Mrs Alice Ford ; Anat Edri, Nannetta ; Iris Vermillion, Mrs Quickly ; Kai Rüütel, Mrs Meg Page. Koor Opera Vlaanderen (chef de chœur : Jan Schweiger). Symfonisch Orkest Opera Vlaanderen, direction : Tomáš Netopil.

Pour les raretés comme pour les ouvrages célèbres, l’Opéra des Flandres sait réunir les meilleures équipes musicales et scéniques. Ainsi après le rare Duc d’Albe de Donizetti, l’Opéra d’Anvers clôture l’année sur un magnifique Falstaff, l’occasion d’offrir une seconde mise en scène au célèbre acteur , tandis que la musique est portée en fosse par l’excellent et sur scène par tous les artistes, sans exception.

Le dernier opéra de Verdi est aujourd’hui presque aussi bien installé sur les scènes du monde que Rigoletto ou La Traviata et lorsque l’Opéra des Flandres s’attèle à une nouvelle production, il ne cherche pas à tout prix à faire la différence par l’absurde, mais seulement à ouvrir le regard en faisant appel à un metteur en scène encore peu sollicité jusqu’à présent. retrouve donc une maison dans laquelle il a fait ses débuts à l’opéra, en 2014 avec Le Chevalier à la Rose repris juste après au Luxembourg – et revient à la mise en scène pour le chef-d’œuvre comique de Verdi.

Il propose une première partie très conventionnelle, tant sur les décors de Dave Warren que sur les costumes de Judith Holste, mais avec un traitement lumineux très fin grâce au travail toujours soigné de Felice Ross. Le peu de mobilier et l’utilisation régulière d’un rideau de scène ne montre pas une grande ambition à innover de la part de Waltz, qui surprend surtout en changeant de regard en seconde partie. Ainsi, l’entracte ne se trouve pas comme dans la majorité des cas juste après le plongeon de Falstaff en fin d’acte II, mais après la scène suivante de l’acte III. Au retour, tout a changé et la fosse qui accueillait auparavant l’orchestre est maintenant vide et surélevée. L’ouverture de rideau présente l’Orchestre de l’Opéra des Flandres sur deux hauteurs en arrière-scène, le chef debout devant eux. La musique devient alors une voix à part entière, un véritable acteur même, tandis que l’action présente maintenant moins d’intérêt et conduit vite à l’apothéose du Finale.

En fosse puis sur scène, on retrouve l’un des chefs les plus prometteurs de cette dernière décennie. Et si a passionné à Essen dans Wagner –Lohengrin, Die Walküre– puis a rapidement été invité au Staatsoper de Vienne pour Janáček –Katia Kabanovna, La Petite Renarde Rusée – le pari à le programmer sur le dernier opéra de Verdi était encore risqué, tant ce compositeur peut faire ressortir les plus mauvaises parties d’une direction. Pourtant dès l’ouverture, le style rassure, et s’il manque d’italianité par les accents et les attaques, l’agilité, l’énergie et l’intelligence de chaque phrase et de chaque leitmotiv montrent rapidement un discours d’une grande qualité et d’une rare intelligence. En effet, le chef n’évite jamais les atmosphères demandées et ne souhaite aucunement occulter ni pathos, ni même une certaine truculence qui fait pourtant peur à beaucoup dans une époque trop vite encline à qualifier de vulgaire une émotion lui semblant trop facile.

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Déjà Falstaff à plusieurs reprises aux États-Unis, arrive en Europe par Anvers, avant de trouver les planches du prestigieux Royal Opera House de Londres dans le même rôle à l’été. Depuis Maestri et Terfel, rarement avait-on entendu un Falstaff capable de faire autant la différence, et si le timbre déjà granuleux mais encore jeune pourra détonner dans le rôle, il crée la différence avec ses aînés sur nombre de scènes souvent plus alourdies, dont le beau duo avec Alice, qui devient un véritable échange amoureux. Son concurrent Ford apporte avec tout le style anglais qui relie le livret à la pièce de Shakespeare. Le baryton excelle ici autant que dans le rôle de Beckmesser des Meistersinger et on trouverait difficilement meilleur acteur aujourd’hui, même si Christopher Maltmann, dans un autre style pourtant lui aussi anglais, mais plus violent, avait réussi à passionner autrement cette année. Michael Colvin campe un Dottore Cajus engagé, dynamique face au Bardolfo de et aux graves et à la superbe présence de pour Pistola, basse déjà remarquée dans les Flandres cette saison dans Le Duc d’Albe et Le Miracle d’Héliane.

Chez les femmes, Jacquelyne Wagner est une Alice idéale tant elle allie une voix pleine et largement assez puissante pour un rôle souvent distribué à des sopranos trop légères. Elle développe en plus une véritable beauté du timbre et une belle sensibilité d’actrice. Mrs Quickly permet de profiter encore de la grande , merveilleuse elle aussi et particulièrement bien assise dans les graves, en plus de présenter un chant d’une grande stabilité et une voix ample et parfaitement projetée. clôt un quatuor féminin en réussissant à ne jamais être effacée face aux autres, même si sa partition de Mrs Meg Page est plus courte. Enfin il faut ajouter le chœur, excellemment préparé par Jan Schweiger, et bien sûr le duo d’amoureux, d’une fraîcheur portée par de superbes couleurs, d’un côté grâce au ténor , de l’autre grâce à la Nannetta d’. Il ne reste qu’à répéter notre introduction : les spectacles sont toujours d’un très grand niveau à l’Opéra des Flandres !

Crédits photographiques : © Annemie Augustijns

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