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Le joyeux Noël de l’Ensemble Baroque de Toulouse

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse (31). Église Saint-Jérôme. 16 XII 2017. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Aria Sposa son disprezzata ; Svena uccidi abbatti atterra (extr. de Bazajet) ; Vedro con moi diletto (extr. de Il Giustino) ; Sinfonia al Santo Sepolcro en si mineur ; Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Concerto en mi mineur TW 52 pour flûte à bec et traverso ; Marc- Antoine Charpentier (1645-1704) : Messe de minuit pour Noël H 9. Caroline Champy-Tursun, mezzo soprano ; Stéphanie Cettolo, flûte à bec ; Michel Brun, traverso ; Clémence Braux, Sara Brunel, dessus ; Xavier Luc, taille ; Antonio Girao, basse ; Léonore Darnaud, Christophe Geiller, violons solos. Chœur et orchestre de l’Ensemble Baroque de Toulouse. Direction Michel Brun.

Duo Michel Brun Stéphanie CettoloPour la première fois depuis ses bientôt vingt ans d’existence, l’ présentait un concert de Noël, dans l’étonnante église Saint-Jérôme, au décor baroque, encastrée dans le centre ville toulousain.

Le public qui a l’habitude de suivre l’ensemble lors de son festival du mois de juin Passe ton Bach d’abord, était venu en nombre, formant une patiente file d’attente dans la nuit froide, à tel point qu’il ne fut pas possible d’accueillir tout le monde. C’est dire que l’ensemble créé par le flûtiste a su trouver son public. Ce cadre à l’acoustique généreuse convient à la musique de Charpentier, Vivaldi et Telemann avec des œuvres, qui outre la messe de Charpentier, ne sont pas parmi les plus connues de leurs auteurs.

Malgré leur regain d’intérêt depuis une vingtaine d’années, avec l’ambitieux programme d’Opus 111, repris par Naïve d’enregistrer la totalité de l’œuvre du Prete Rosso, ses opéras, pourtant plus nombreux que ceux de Hændel, sont méconnus du grand public. L’habileté musicale de Vivaldi n’était certes pas accompagnée d’un génie dramatique, mais ces ouvrages n’en recèlent pas moins de superbes arias. Trois d’entre elles issues de Il Giustino (1724) et Bazajet (1735), lamento et air de fureur, selon la typologie de l’opéra baroque, sont confiées à la mezzo , dont la voix profonde et ample s’approche du contralto que Vivaldi affectionnait. Elle est sobrement accompagnée par trois violons et un continuo au clavecin et à la contrebasse.

Le bonheur de la découverte partagée

Avec la rare Sinfonia al Santo Sepolcro pour cordes et basse continue, succombe à son goût de la découverte et du partage d’œuvres méconnues. Cet adagio spirituel constitue un émouvant lamento instrumental sur le tombeau du Christ. L’effectif est un peu plus fourni pour le rare Concerto pour traverso et flûte à bec en mi mineur TWV 52 de Telemann. Dans son immense production, le compositeur hambourgeois a tenté d’innombrables combinaisons instrumentales, parfois audacieuses avec de nombreuses réussites. On s’étonne de cette association étonnante entre le jeune traverso en pleine ascension et la flûte à bec, qui sera bientôt délaissée. Les deux flûtes conversent et se répondent par des jeux d’imitation en de belles harmonies, avec un magnifique Largo où les solistes jouent un contrepoint resserré sur des pizzicati de cordes. L’enthousiaste Presto conclusif rappelle le Telemann voyageur avec un rythme alla polacca, si ce n’est une musique villageoise française ou une danse turque, tandis que la basse imite la vièle à roue pour donner une conclusion pastorale à cet étonnant concerto.

Belle transition vers l’œuvre principale de la soirée, la Messe de minuit H 9 de Marc Antoine Charpentier, dont les accents populaires issus des Noëls traditionnels évoquent plus la foi des assemblées paysannes que les cours aristocratiques, même à l’Hôtel de Guise. À une époque où le goût royal privilégiait en musique sacrée les petits et grands motets aux messes, qui conservaient souvent la sobriété de plain chant, Charpentier a composé la totalité de sa messe sur des Noëls et timbres populaires que l’usage a sacralisé. Tout le monde reconnaît le Kyrie sur Joseph est bien marié, ainsi que Or nous dites Marie pour le Christe et Une jeune pucelle pour le 2e Kyrie. Viennent ensuite Les Bourgeois de Chastres et Où s’en vont ces gais bergers pour le Gloria ; Voici qui désirez sans fin, Voici le jour solennel de Noël, À la venue de Noël pour le Credo ; Laissez paître vos bêtes pour l’Offertoire ; Ô Dieu, que n’étais-je en vie pour le Sanctus et À minuit fut fait un réveil pour l’Agnus Dei. Cette formule était courante depuis le Moyen-Âge, particulièrement à Noël. assure les intermèdes en reprenant certains timbres à l’orgue positif selon ce que Charpentier appelait « Noël sur les instruments ».

Les solistes interviennent seuls ou ensemble dans certaines sections, mais le chœur tient le rôle principal et celui de l’ montre une belle homogénéité sous la direction enjouée et charismatique de Michel Brun. Le concert était repris le lendemain après midi en l’église de Roques sur Garonne et le chef a eu le bon goût de ne pas faire de rappel à l’issue de la messe.

Crédit photographique : © Alain Huc de Vaubert

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