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Les Brigands ressuscitent Un soir de Réveillon

La Scène, Opéra, Spectacles divers

Paris, La Nouvelle Ève, 26-XII-2017. Un soir de réveillon, opérette en deux actes de Raoul Moretti (1893-1954). Paroles de Paul Armont & Marcel Gerbidon, Couplets de Jean Boyer et Albert Willemetz. Mise en scène : Vladislav Galard ; Scénographie et costumes : Bogdan Hatisi. Carbonnier / Lepage / Landier : Gilles Bugeaud ; Gérard Cardoval : Romain Dayez ; Viviane : Emmanuelle Goizé ; Honoré : Flannan Obé ; Monique / Ninon : Marie Oppert ; Accordéon / Bob : Rodrigue Fernandes ; Guitare / Parfait : Rémi Oswald. Production : Compagnie Les Brigands

Un soir de réveillonEn cette fin de l’année 2017, la Compagnie a encore frappé fort. Elle exhume un chef-d’œuvre oublié d’entre deux guerres : Un soir de réveillon, opérette de .

Les cinéphiles se souviennent du film réalisé par Karl Anton, d’après cette opérette, sorti en 1933, à peine un an après la création de l’œuvre sur scène. Si les performances d’Arletty et Dranem, dont nos aînés sont toujours nostalgiques, font encore parler d’elles, pour les jeunes spectateurs présents dans la salle en cette dernière soirée des huit représentations depuis novembre dernier, la pièce est comme une nouvelle création aux touches « rétro ».

Ces touches s’expriment par le scénario où il est question de « jeune fille » et du mariage, mais elles sont surtout visibles sur scène, à travers les miroirs ovales, utilisés de multiples façons (paravent, porte, mur…) dans un décor simple fait d’un escalier. Cette disposition scénique laisse imaginer un autre espace invisible au spectateur, telle qu’une salle à manger « cachée » derrière les rideaux, côté cour. Ce déploiement des espaces, réels et imaginaires, est ingénieux compte tenu de la petite dimension de la scène. Plus rétro que le décor, les costumes sont d’une grande élégance, allant de pair avec les maquillages et les coiffures, et c’est là que les éléments cinématographiques des années 30 se retrouvent le plus.
L’orchestre initial est réduit à seulement deux instruments, un accordéon et une guitare. Rangés au bord de la scène côté jardin, les deux excellents musiciens jouent également les rôles accessoires de Bob et de Parfait. Grâce à une transcription de la partition tout à fait prodigieuse, ils créent de multiples couleurs sonores à tel point qu’on croirait entendre un petit ensemble de plusieurs instruments.

Les chanteurs sont au nombre de cinq, dont trois habitués de la Compagnie. , rompue à ce genre de rôles « légers », impose son poids incontestable au spectacle en tant que Viviane, maîtresse de soirée du réveillon. cumule trois personnages : Messieurs Lepage et Landier, respectivement le père et le fiancé de Monique, ainsi que Carbonnier au début. Il mène allégrement la désopilante scène du restaurant Mont Fuji, dans une parodie poussée à extrême des gestes et des déclamations du kabuki, où , en inénarrable Honoré, chauffeur, valet, surveillant de la petite Monique, brille dans l’air « C’est fini ». C’est d’ailleurs lui qui, aux yeux du public, est le véritable héros de ce spectacle. Sans son double talent, d’acteur et de chanteur, ajouté à son appropriation si juste du rôle, la soirée aurait été moins festive, c’est certain.
Pour , un baryton belge qui vient de la musique sacrée et/ou baroque et qui rejoint la joyeuse bande des Brigands pour l’occasion, le rôle de Gérard Cardoval, riche ex-industriel de tissus de Roubaix amoureux de Ninon, n’a pas de secret. Il a déjà de nombreuses expériences en concerts et sur scène, et ce n’est pas par hasard qu’il contrôle parfaitement sa voix en fonction de chaque situation scénique. On sera ravi de l’entendre prochainement en tant que Bagnolet dans Les P’tit Michu d’André Messager au sein des Brigands. La jeune Monique / Ninon est interprétée par la très jeune , révélée dans Les Parapluies de Cherbourg dirigé par Michel Legrand au Châtelet. Son timbre, aussi bien que son jeu, semblent bien adaptés à la comédie musicale, où elle fera sûrement une belle carrière. Pour le côté lyrique, on attendra encore, le temps que sa voix évolue.

Le cadre de La Nouvelle Ève, music-hall cabaret bâti en 1898 au pied de Montmartre, au plafond voûté et étoilé et dont la scène est gardée par les regards coquins d’anges fantaisistes, est propice à cette œuvre légèrement polissonne. D’autant qu’on y jouait des pièces de Labiche, de Faydeau ou de Scribe…

Crédit photographique © Claire Besse

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