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Evita festive à Luxembourg

La Scène, Spectacles divers

Luxembourg, Grand-Théâtre. 29-XII-2017. Andrew Lloyd Webber (né en 1948) : Evita, comédie musicale en deux actes sur un texte de Tim Rice. Mise en scène : Bob Tomson et Bill Kenwright. Chorégraphie : Bill Deamer. Décors et costumes Matthew Wright. Lumières : Tim Oliver. Sono : Dan Samson. Orchestration : Andrew Lloyd Webber et David Cullen. Avec : Madalena Alberto, Eva Perón ; Gian Marco Schiaretti, Che ; Jeremy Secomb, Perón; Oscar Balmaseda, Magaldi ; Cristina Hoey, Mistress ; Michael Ward, Priest ; Joe McCourt, President. Production Musical Director : David Steadman.

cheLa production d’Evita de Bill Kenwright et Bob Tomson, conçue en 2013 pour le New Wimbledon Theatre, passée depuis par Broadway et par le West End, enchante le public du Grand Théâtre de Luxembourg. Succès mérité pour un spectacle impeccablement rôdé.

Près de quarante ans après sa création à Londres, la comédie musicale de et n’a pas pris une ride.  Musicalement, son subtil mélange de styles issus du classique – le requiem d’introduction –, du rock américain et des traditions dansées latino-américaines – le tango, le paso doble –, continue à faire recette. Les tubes devenus depuis lors planétaires – « Don’t cry for me, Argentina », « And the money kept rolling in/out » et bien d’autres –, ne manquent pas de faire leur effet. Sur le plan de l’intrigue, les ambiguïtés du personnage central, entretenues par la présence hiératique de la figure de Che, personnage dont la production prend le parti de souligner les liens, tout à fait fictifs, avec Che Guevara, participent d’une lecture qui évite à tout moment les pièges du simplisme et de l’hagiographie. Le spectacle, qui retrace les diverses étapes de la vie de María Eva Duarte de Perón, est en effet rythmé par les interventions sarcastiques de ce narrateur à la fois cynique et admiratif, sorte de chœur grec au regard critique dont la présence suscite à chaque apparition un nouveau rebondissement. Ce sont ainsi les multiples imbrications entre les mondes politique et artistique, les sphères du public et du privé, l’égocentrisme et le philanthropisme qui ressortent d’une œuvre riche et forte, dont le caractère divertissant n’oblitère pas la complexité du monde dont elle est issue, monde aux relents éminemment christiques où l’on a encore conservé l’espoir de jours meilleurs. Les émotions, diverses et variées, restent donc au rendez-vous du début à la fin de cette comédie musicale qui se paie en plus le luxe d’être tragique…

Le spectacle mis en scène par Bob Tomson et Bill Kenwright est d’une facture classique, tout à fait dans la tradition de la comédie musicale de Broadway et du West End. Un décor ingénieux, facilement modulable, sert de cadre à une direction d’acteurs réglée au millimètre et qui sait ménager aussi bien les scènes intimes, poignantes dans ce contexte, que les chorégraphies faisant intervenir l’ensemble de la troupe et menées tambour battant. Au sein d’une distribution sans faille, saluons Cristina Hoey, émouvante dans le court rôle de « Mistress » avec sa chanson « Another Suitcase in Another Hall », Oscar Balmaseda, impayable Magaldi, ou encore Jeremy Secomb, tout à fait convaincant en Perón. Dans le rôle complexe de Che, l’Italien impressionne, autant par la qualité de sa diction anglaise que par la beauté de son chant ou sa prestance physique. Dans le rôle-titre, qu’elle a interprété de multiples fois dans de nombreuses productions, se montre à la hauteur du rôle. Sachant montrer les nombreuses facettes de ce personnage pour le moins ambigu (à la fois sainte, putain, révolutionnaire, fasciste, martyre), son « Don’t cry for me, Argentina » émeut, et elle se donne corps et âme dans ce rôle qui semble lui appartenir à cent pour cent.

Belle soirée festive, donc, qui redonne toutes ses lettres de noblesse au genre trop souvent méprisé de la comédie musicale.

Crédit photographique © Pamela Raith Photography

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