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Un autre Mitridate au théâtre rococo de Schwetzingen

La Scène, Opéra, Opéras

Schwetzingen. Rokokotheater. 28-XII-2017. Nicola Antonio Porpora (1686-1768) : Mitridate (version de 1736) sur un livret de Colley Ciber. Mise en scène : Jacopo Spirei ; décor : Madeleine Boyd ; costumes : Sarah Rolke. Avec : David DQ Lee (Mitridate) ; Ray Chenez (Sifare) ; Yasmin Özkan (Semandra) ; Shahar Lavi (Farnace) ; Katja Stuber (Ismene) ; Zachary Wilson (Archelao)… Orchestre philharmonique de Heidelberg, direction : Felice Venanzoni.

Mitridate_GP_O_3365_SB est cette année mis à l’honneur du festival Winter in Schwetzingen.

Pour clôturer sa série septennale consacrée chaque hiver à l’opéra napolitain dans le théâtre rococo du château de Schwetzingen, le théâtre de Heidelberg fait un détour par Londres : c’est pour l’Opera of the Nobility, monté pour concurrencer l’entreprise de Haendel, que le Napolitain Porpora a créé ce Mitridate en 1736, avec une équipe de choc à sa disposition : Farinelli, Senesino et la Cuzzoni, rien de moins. Le livret lui en a été fourni par un comédien anglais dont les talents de dramaturge suscitaient les moqueries en son temps même : si on retrouve une partie des personnages de l’opéra homonyme de Mozart, l’intrigue en est très différente, et elle n’a aucun rapport non plus avec l’autre Mitridate composé par Porpora six ans plus tôt. Mithridate meurt certes à la fin de la soirée, et lui-même et ses fils s’y disputent l’amour de deux nobles dames : là s’arrêtent les similitudes. Le livret ne parvient pas à construire une trame dramatique cohérente au-delà de l’accumulation d’épisodes successifs et, il faut bien le dire, rend la tâche du metteur en scène à peu près impossible : Jacopo Spirei en prend acte et se contente d’une mise en place plutôt élégante et esthétique, dans une atmosphère de palais oriental – la première entrée de Mithridate, dévoilé par les parois du fond de scène, immobile sur son trône, joue efficacement du topos du tyran oriental, mais c’est à peu près le seul vrai moment de théâtre de la soirée.

Mitridate_GP_O_2762_SBLes forces du théâtre de Heidelberg se tirent honorablement de cette musique toujours oubliée : l’orchestre dirigé avec énergie par restitue avec efficacité les couleurs chaleureuses et originales de la musique napolitaine, ces longs mélismes des violons succédant à des moments où les cordes graves prennent le dessus, sans concurrence des vents réduits à la portion congrue. La distribution, elle, trouve souvent ses limites dans une partition constamment virtuose : manque de nuances et de style dans le rôle-titre, et son investissement dans les beaux récitatifs accompagnés qui marquent les grands moments dramatiques de la partition pourrait être un peu mieux maîtrisé, mais l’essentiel est préservé avec le couple central formé par et . La seconde, annoncée souffrante, se tire avec les honneurs du plus beau rôle de la partition ; on aimerait une vaillance un peu plus décidée, mais les moments plus élégiaques sont très beaux. , lui, n’est pas toujours à la hauteur des nombreuses vocalises écrites pour Farinelli, mais le timbre est riche et chaleureux, le style impeccable tout au long de ce rôle écrasant. Autour d’eux, le couple secondaire formé par et est confronté à des défis bien moindres, dont ils s’acquittent avec les honneurs.

La soirée aurait donc bénéficié d’une mise en scène tentant avec un peu plus de conviction de réparer les faiblesses du livret et par quelques améliorations dans la distribution : telle quelle, dans le délicieux cadre du théâtre rococo de Schwetzingen, la soirée permet au moins amplement de rappeler que Porpora, figure majeure dans l’empire européen qu’exerce alors l’opéra napolitain, mériterait bien qu’on lui accorde aujourd’hui un peu plus d’attention.

Crédit photographique : © Sebastian Bühler

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