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À Toulon, René Koering confie sa Flûte enchantée à Elvis Presley

La Scène, Opéra, Opéras

Toulon. Opéra. 29-XII-2017. Wolfgang-Amadeus Mozart (1756-1791) : La Flûte enchantée, opéra en deux actes sur un livret d’Emmanuel Schikaneder. Mise en scène et costumes: René Koering. Décor et vidéo : Virgile Koering. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Tuuli Takala, La Reine de la Nuit ; Andreea Soare, Pamina ; Julie Roset, Papagena ; Marion Grange, La première Dame ; Pauline Sabatier, La deuxième Dame ; Mareike Jankowski, La troisième Dame ; Sascha Emanuel Kramer, Tamino ; Antonio Di Matteo, Sarastro ; Colin Judson, Monostatos ; Roman Ialcic, L’Orateur/Premier Prêtre/Deuxième homme d’armes ; Camille Tresmontant, Deuxième Prêtre/Premier homme d’armes. Emmanuelle Demuyter, Marie-Alba Sessa, Victoria Triquet, Les trois garçons. Chœur (chef de chœur : Christophe Bernollin) et Orchestre de l’Opéra de Toulon, direction : Alexander Briger.

flute toulon 2L’on était très curieux de voir ce que allait faire de l’avant-dernier Mozart. Le frisson d’une sublime Ouverture laisse vite la place à la circonspection face à un spectacle inégalement distribué où le prêt-à-porter d’une sympathique modernisation a priori s’avère totalement impuissant à masquer une lecture au final bien peu stimulante.

La Bohême spatiale conçue par Claus Guth a alimenté bien des réveillons. De quelque bord que l’on se situe, on rend les armes devant sa beauté visuelle et la logique de sa direction d’acteurs. Rien de tel hélas avec cette Flûte du joueur (que l’on ne  remerciera jamais assez d’avoir permis que le King Arthur aussi désopilant que réussi du « trandem » Benizio/Niquet ait pu voir le jour) qui fait passer Tamino du statut de prince à celui de King : Presley soi-même à qui il fait mouliner de grands accords sur sa guitare électrique sur le swing de l’Ouverture, guitare qui réapparaît sur le chœur final dans les mains d’un Sarastro aussi soudainement qu’inexplicablement tenté par l’aventure rock, un Sarastro parfaitement inoffensif alors que la note d’intention nous l’avait vendu en grand maître de la finance. Entre-temps, on aura vu Pamina aux mains d’un Monostatos en Dark Vador au petit pied, entouré de trois C3PO. Le tout sur fond de gratte-ciels. Soit. Cet habillage rock’n’roll mis à part, gagne vite le sentiment d’une arnaque dramaturgique devant un déficit de sens difficilement tolérable de nos jours, une direction d’acteurs plutôt démissionnaire, hormis de rarissimes idées : les vocalises de son premier air transforment la Reine de la Nuit en Dominique Webb hypnotiseur de Tamino, la « chasse au Papageno » absolument pas tenté par les épreuves à venir en fin d’Acte I. C’est peu.

Infliger au spectateur 2h30 durant le kitsch du costume du chanteur à la banane est une gageure pour le metteur en scène, première victime de l’épreuve masochiste qu’il s’est imposée. L’environnement esthétique, entre les mains de la « grande habilleuse » (la vidéo, ici de Virgile Koering), connaît de beaux instants, même si parfois sans vraie logique, comme le retour trop commode à une forêt carsénienne dont on ne fait finalement rien. Les passages les plus sobres sont les plus réussis, comme l’effet 3D sur les trois portes magnifiquement rendus par les belles lumières de . Et on n’oubliera pas, tant il nous promettait, l’effet sur l’allegro de l’Ouverture, d’un faux velum chutant sur les parois de la boîte scénique et révélant un luminescent entrelacs arachnéen d’étoiles en mouvement. Sublime, mais il faudra s’en contenter.

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La vision de Koering, difficile à prendre au sérieux, semble gangrener jusqu’à l’orchestre maison (cor un peu flottant) bridé par . Les dialogues sont énoncés en français, ou en anglais chez Sarastro : l’un des prêtres, joliment incarné par Camille Tresmontant, tente même un pont linguistique entre les deux. Tamino ne semble pas (encore) fait pour dont l’incarnation se voit réduite à une gestion vocale problématique faisant plus d’une fois craindre l’étranglement. La solidité du Papageno d’ est à louer, qui parvient à passer l’écran d’un costume d’une intense laideur (ludion mal dessiné en collant jaune-moutarde, couleur impossible à imposer à la scène : Katharina Wagner elle-même en sait quelque chose avec son Tristan depuis trois étés à Bayreuth) et d’accessoires improbables, tel un presse-purée pour toutes clochettes ! Ce que parvient difficilement à faire le Sarastro correct, mais sans stature d’, lui aussi sommairement sanglé, mais pas du tout le Monostatos/Dark Vador de dont la voix est constamment « sous le masque », bien sûr.

Les femmes sont plus gâtées. Ayant peut-être refusé les macarons de la Princesse Leia, la Pamina pastel assez scolaire et assez distraite sur Bei Männern d’ gagne en stabilité jusqu’à un Ach Ich fühl’s et des épreuves de belle tenue. Un bon trio de dames, malgré une partie de soprano à peine volontariste, et un excellent trio d’enfants (stratégiquement placé en bord de fosse, yeux rivés sur le chef), la délicieuse Papagena de et la merveilleuse Reine de la Nuit de , un brin corsetée au début mais montant en puissance jusqu’à un Der Hölle rache indiscutable, complètent une équipe vocale, chœur valeureux excepté, elle aussi un peu malmenée par un metteur en scène dépassé par le chef-d’œuvre populaire de Mozart.

Crédits photographiques : © Frédéric Stephan

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