Resmusica_728x90mm - Cello players

Don Carlos à l’ORTF en 1961 : les grandes leçons du passé

À emporter, CD, Opéra

Giuseppe Verdi (1813-1901) : Don Carlos, opéra en quatre actes sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle. Avec : Germaine Bonnet, Elisabeth ; Geneviève Macaux, Eboli ; Claudine Collard, Thibaud ; Alain Vanzo, Don Carlos ; René Bianco, Rodrigue ; Xavier Depraz, Philippe II ; Jacques Mars, le Grand Inquisiteur ; Lucien Lovano, le Moine ; Joseph Peyron, le comte de Lerme. Orchestre de l’ORTF, direction : Charles Brück. 2 CD Malibran. Enregistré en 1961 d’après une diffusion de l’ORTF. Pas de notice. Durée 152′

 

818_1Qu’il est bon, parfois, d’aller à la redécouverte des grandes leçons du passé ! Pas pour la musicologie, car cet enregistrement d’un Don Carlos en français et en quatre actes et qui dure deux heures et demi (bonus compris) aura de quoi faire frémir tout puriste, mais que de voix magnifiques !

À l’heure où l’Opéra de Paris nous offrait une version archi-complète de l’œuvre de Verdi, ce coffret CD issu d’une diffusion radiophonique de 1961 ressemble en effet plus à un regroupement d’extraits qu’à une intégrale : pas de Fontainebleau, pas de chanson du voile, il manque tout le début du deuxième acte, et le fait de chanter en français résulte probablement plus des coutumes de l’époque que d’un souci de véracité.

Mais également au même moment où l’Opéra de Paris s’enorgueillit que le meilleur Posa du moment soit français, l’ORTF réunissait il y a 56 ans une distribution entièrement française, et d’une qualité – tout du moins masculine – qu’on serait bien en peine de réunir de nos jours. Ces dames sont plutôt à la peine. L’Élisabeth au petit pied de sonne claire et pointue, comme c’était la mode. L’Eboli de fait montre d’une justesse approximative. Est-ce pour cela que le coffret a été complété par des extraits d’un concert de Genève en 1962 faisant la part belle à Consuela Rubio (vulgaire) et (impériale) ? Pourquoi ne pas avoir fait appel à l’époque à des cantatrices plus prestigieuses, celles-ci n’ayant jamais inscrit leur nom dans l’histoire de la musique ?

L’autre versant est en revanche à se pâmer de bonheur. Il faut entendre au moins une fois le poétique Don Carlos d’, qui se joue avec son habituelle facilité et sa beauté de timbre de tous les écueils écrasants du rôle, comme s’il s’agissait d’une simple formalité. Le Philippe II de est jeune, fougueux et plein d’autorité, bien loin du vieillard cacochyme qu’on nous représente parfois. Son monologue est une merveille absolue, à la fois royal et désemparé, et nous fait comprendre les véritables intentions de Verdi. Le Grand Inquisiteur de , cauteleux à souhait, est un mélange explosif de menaces et de sous-entendus. Le Rodrigue de sonne plus ou moins prosaïque, mais il en maîtrise sans peine les moyens vocaux. Et surtout, pour chacun, quelle belle langue ! Que le français sonne éclatant, articulé, intentionné à chacune des syllabes ! Une admirable leçon de diction chantée !

La direction de , chef pourtant plus attiré par le répertoire contemporain, est emportée, passionnée, et d’une incroyable modernité. Ah, qu’il était glorieux, le temps des sixties !

Baniere-clefsResMu728-90-2b

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.