Fondation Bettencourt megaban2018

Les nouvelles pièces trop sucrées de Philippe Decouflé

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Théâtre national de la danse de Chaillot. 2-I-2018. Compagnie DCA / Philippe Decouflé : Nouvelles pièces courtes. Direction : Philippe Decouflé. Assistante chorégraphique : Alexandra Naudet. De et avec Flavien Bernezet, Mertwell Checa Esteban, Julien Ferranti, Aurélien Oudot, Alice Roland, Suzanne Soler, Violette Wanty. Musiques originales : Pierre Le Bourgeois, Peter Corser, Raphael Cruz, Violette Wanty, Cengiz Djengo Hartlap. Textes originaux : Alice Roland. Lumières et régie générale : Begoña Garcia Navas. Vidéo : Olivier Simola, Laurent Radanovic. Scénographie : Alban Ho Van, assisté d’Ariane Bromberger. Costumes : Jean-Malo, Laurence Chalou, assistés de Charolotte Coffinet, Peggy Housset. Régie plateau et vols : Léon Bony. Régie plateau et construction : Guillaume Troublé. Régie son : Jean-Pierre Spirli.

revient à Chaillot avec de Nouvelles pièces courtes. Ces petites formes taillées pour deux à sept interprètes utilisent toutes les ficelles de l’inventivité scénique, pour un résultat un peu trop lisse et sucré.

Depuis ses débuts en 1983, affectionne les formats courts, qui lui permettent d’exercer son imaginaire foisonnant dans des idées scéniques le plus souvent ébouriffantes. Après Shazam, Petites pièces montées, Sombrero ou Octopus, ses tubes qui ont fait plusieurs fois le tour du monde, le chorégraphe remet sur le métier son ouvrage. Il puise aux sources les plus variées : acrobatie, danse aérienne, vidéo, cabaret, ombres chinoises pour tenter de retrouver l’inventivité et la poésie de ces opus mythiques. Malheureusement, si, pour ces Nouvelles pièces courtes, le foisonnement scénique est toujours présent, il manque aujourd’hui un peu de piment !

Assez classiquement, le spectacle commence par un Trio musical orchestré par deux danseurs et une danseuse. Autour du piano, les trois interprètes distillent une petite musique jazzy pleine de surprises, façon cabaret, dont les notes s’effacent rapidement.
D’un Trou creusé dans le sol surgissent ensuite une tête, puis des jambes, jouant sur l’illusion de deux corps fondus en un seul. L’idée est belle et drôle, mais filée trop peu de temps pour en exploiter toutes les facettes. Elle est relayée par la vidéo, projetée par un écran qui occupe la partie haute du fond de scène.

La pièce dont l’écriture chorégraphique est la plus sophistiquée est Vivaldis, un réjouissant tableau dans lequel les danseurs sont vêtus de maillots multicolores en laine. Ports de bras géométriques, portés audacieux, compositions savantes, Philippe Decouflé retrouve dans ce tableau un souffle qui rappelle celui de ses pièces précédentes. Il se poursuit astucieusement par la vision dédoublée de deux danseuses en ombre chinoise, puis par une barre presque classique, prolongée de paravents art déco. Toutes ces idées, vite effleurées, auraient mérité chacune d’être explorée davantage.

Retour de la vidéo et des percussions ensuite avec Evolution, une pièce qui, comme son nom l’indique, retrace l’évolution de l’homme et de la femme. Les bruitages, très primitifs, sont assurés par les danseurs eux-mêmes, oscillant entre human beat box et haka néozélandaise.

Un interlude est alors assuré par un duo dans les airs, entre une danseuse suspendue par les hanches et un danseur qui la fait rebondir. Comme souvent, Philippe Decouflé utilise ici un effet scénique à l’esthétique léchée ou des techniques spectaculaires qu’il a pu tester dans ses grandes productions pour le Cirque du Soleil ou le Crazy Horse.

Le dernier tableau, Voyage au Japon, démarre dans un aéroport. Il comporte plusieurs chapitres utilisant des registres différents : la parodie des émissions de télévision japonaise, l’art traditionnel des kimonos et des éventails, le théâtre avec les différents récits signé d’, qui nous projettent dans l’intimité de sa chambre d’hôtel.
L’ensemble, dépourvu d’enjeu ou de dramaturgie, se regarde comme une succession de saynètes légères, de pastilles humoristiques que l’on suce comme des friandises. Leur saveur étant un peu trop légère pour durer, il ne reste alors plus sur la langue que le goût du sucre.

Crédits photographiques : © Laurent Philippe

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