Fondation Bettencourt megaban2018

Lumière sur la guitare baroque de François Campion

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

François Campion (c.1685-1747) : Gavotte en rondeau ; Prélude ; La Montléon ; Courante La Victoire ; Allemande ; Les soupirs ; Sarabande ; Rondeau ; Gigue La Somptueuse ; Fugue ; Les Ramages ; Fugue ; Prélude ; Tombeau ; Fugue ; Rondeau ; Prélude ; Tombeau de Mr. De Maltot ; Air ; Passacaille. Bernhard Hofstötter, guitare baroque. 1 CD Brilliant Classics. Enregistré en août 2016 à l’église de St. Leonhardt in der Erben en Autriche. Notice en anglais et en allemand. Durée : 60’10

 

CDAvec notamment ses Nouvelles Découvertes Sur la Guitarre publié en 1705, le rouennais s’est positionné, presque autant que , comme l’un des dignes représentants de l’école française de guitare de la fin du XVIIe siècle. Grâce à sa guitare baroque à cinq chœurs, dans ce disque, porte avec maîtrise cette musique inventive et singulière.

Même si le label n’a pas trouvé indispensable de transcrire le livret de ce disque en français, il est agréable de constater la mise en avant d’un compositeur trop absent de notre discographie, plutôt que celle de l’interprète qui défend cette musique. Seule une compilation des musiques de plusieurs maîtres de la guitare a été proposée par le label Supraphon en 1979, alors que Michel Armoric lui a entièrement consacré un CD en 1984 avec Arion. choisit même les versions initiales de ces œuvres, les partitions ayant fait l’objet par la suite de large remaniement de la part de Campion lui-même. Le travail de l’abbé Carbasus (surnom de ) permit de positionner ainsi la guitare baroque comme instrument soliste polyphonique à part entière, grâce à de nombreuses possibilités harmoniques et créatives.

Effectivement, les pièces jouées ici sont d’une grande richesse polyphonique, l’équilibre des parties étant parfaitement dompté par l’interprète. La fluidité de l’exécution, la puissance et l’ampleur du son, donnent au jeu du guitariste une approche évidente continue et une énergie agréablement renouvelée tout au long de l’écoute, rendue possible grâce à une parfaite prise de son. Ce renouvellement est dû également à la combinaison des pièces : Gavotte et Gigue Somptueuse côtoient Les Soupirs et Les Ramages (où Campion imite les chants des oiseaux en s’inspirant du Rappel des oiseaux de Rameau de son deuxième livre de clavecin), avec un engagement permanent convaincant. L’innovation d’écriture se retrouve d’une autre manière dans Tombeau de Mr. De Maltot, où cette musique agile et profonde fait entendre un type particulier de mordants, le compositeur employant une tierce ou une quarte en-dessous plutôt que le ton diatonique conjoint habituel, pour exprimer sa tristesse lors de cette évocation de la mort de son professeur.

Dans un second temps, l’attention est portée sur la superbe guitare baroque utilisée dans ce CD, conçue d’après un modèle de Mattéo Sellas de 1640. Au XVIIe siècle, l’instrument est monté de cinq chœurs (la, ré, sol, si, mi), mais avec la particularité que le cinquième chœur (la) sonne une octave plus haut. À l’exception de la première corde, cette guitare baroque possède des cordes doubles qui permettent de corder les deux rangs inférieurs avec des cordes d’octave hautes à l’unisson, ou de combiner une corde basse avec une corde haute dans un intervalle d’octave. C’est durant le XVIIIe siècle que la tessiture s’étend vers le grave, avec l’abaissement du cinquième chœur à son octave « normal » et l’ajout du sixième chœur (mi). Les dimensions de la guitare actuelle s’imposent quant à elles durant la fin du XIXe siècle. Au XVIIe siècle, la guitare baroque est très appréciée bien sûr en Espagne, mais aussi en Italie (une guitare de Stradivarius a d’ailleurs été conservée) et en France où elle est jouée par le roi Louis XIV lui-même qui donna le titre de Maître de guitare de l’Académie royale de Musique à François Campion.

Dans la majorité de ces pièces, le compositeur choisit plusieurs manières d’accorder la guitare (des scordaturas) dans un accord différent de celui qui lui est normalement consacré à l’époque. Ce n’est que dans les dernières pistes de ce disque que le compositeur revient aux pratiques plus conventionnelles. C’est certainement la raison principale qui fait que les guitaristes d’aujourd’hui jouent trop peu ce répertoire, certaines pièces exigeant d’accorder certaines cordes un ton, voire deux tons plus haut, au risque donc de casser une guitare moderne. La mise en avant de l’instrument employé par Bernard Hofstötter, au-delà d’une approche historique et esthétique, est donc largement justifiée, tout autant que la mise en lumière d’une musique trop souvent négligée.

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