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Edgar Moreau et Sunwook Kim au TCE, heureuse collaboration

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 08-I-2018. Robert Schumann (1810-1856) : Nachtstücke pour piano op. 23. Frédéric Chopin (1810-1849) : Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur op. 65. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Suite pour violoncelle n° 1 en sol majeur BWV 1007. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Sonate pour violoncelle et piano en ut majeur op. 119. Edgar Moreau, violoncelle ; Sunwook Kim, piano.

EMoreauEn ce lendemain d’Épiphanie, la rencontre de l’Orient et de l’Occident se prolonge sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées, pour le plus grand plaisir des habitués des récitals Piano ****. Le violoncelle d’ et le piano de s’harmonisent à merveille, et leur Sonate de Prokofiev est même de ces réussites qu’on n’oublie pas.

Le programme laissait aux deux instrumentistes le temps de se présenter à tour de rôle. Dans les quatre Nachtstücke de Schumann, on reconnaît la large palette sonore de Sunwook Kim, les infimes variations de toucher qu’il sait imprimer à son jeu pour donner à chaque note nouvelle la force d’un événement en soi. Le raffinement des intentions pourrait laisser soupçonner de la préciosité ; heureusement, le pianiste ne se départ jamais d’un dynamisme rythmique qui galvanise les auditeurs, et dont la première pièce, avec ses airs de marche, bénéficie tout particulièrement. On demeure saisi également par la conclusion de ce cycle bref, le Rundgesang mit Solostimmen, où l’expressivité et l’élégance du jeu de Kim sont plus à propos que dans la fougue virtuose des pièces intermédiaires ; ici, les mélodies schumanniennes sont au premier plan, et exécutées ainsi avec ferveur et naturel, elles laissent l’âme frémissante.

Chez aussi, le désir de briller semble secondaire. Le son intime, parfois ténu, qu’il tire de son instrument se prête plus volontiers à la rêverie qu’à l’héroïsme ou à la bravoure. À ce titre, la première Suite pour violoncelle seul de Bach est le faire-valoir idéal : à partir des lignes souples du Prélude et de l’Allemande, des harmonies que la monodie ne fait que suggérer, Moreau élabore une musique discrète, mais chaleureuse ; unie, mais passionnante. Il aime visiblement à jouer avec la résonance du son, que l’acoustique généreuse d’une salle comble lui permet de façonner à loisir ; mais rien en lui du narcisse ou du cuistre : ses tempi allants, s’ils ne l’empêchent pas de tirer parti des événements contrapuntiques dont la partition est parsemée, lui assurent une simplicité de ton qui ne se dément jamais. La modestie, décidément, est une belle qualité de ce musicien.

Deux tempéraments et tant d’aspirations communes gagnaient à s’unir en duo. La Sonate de Chopin aura légèrement pâti de n’être qu’un galop d’essai. Dans l’Allegro moderato introductif, quelques problèmes d’accord entre les instrumentistes se font entendre, tandis que le Scherzo manque du brio que le compositeur appelle de ses vœux. La palpitante Sonate de Prokofiev, en revanche, que les musiciens livrent à la fin de la soirée, est un moment de grâce. Sans surjouer la dimension sarcastique de la partition, Kim et Moreau en exaltent tout le lyrisme ; on devine à l’un et à l’autre des affinités avec l’humeur allègre du dernier Prokofiev, avec ce do majeur limpide et faussement naïf, parfois coloré d’accès loufoques. Le finale, Allegro ma non troppo, avec ses mélodies rustiques, est vraiment délicieux : dans les deux premiers mouvements, l’écoute mutuelle des deux partenaires faisait déjà merveille, mais ici, leur interprétation coule avec une évidence rare que nul obstacle technique, nulle maladresse d’expression n’assombrissent. Puissent ces deux musiciens, dans l’avenir, poursuivre une collaboration si heureuse !

Crédits photographiques : Edgar Moreau © Julien Mignot

Lire notre entretien : Edgar Moreau, jeune génération française du violoncelle

 

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