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Takuya Otaki au piano avec Béla Bartók

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Béla Bartók (1881-1945) : Rhapsodie, op. 1 ; Trois Chants populaires hongrois du comté de Csik ; Trois Burlesques, op. 8c ; Deux danses roumaines op. 8a ; Trois Études op. 18 ; Deux Élégies op. 8b. Takuya Otaki, piano. 1 CD Solstice. Enregistré du 11 au 13 juillet 2017 à l’Orangerie du Domaine de la Fontaine à Olivet, Loiret). Notice en français et en anglais. Durée : 68′.

 

imageEn février 2016, le pianiste japonais se fait connaître en France en remportant le Premier Prix du 12ᵉ Concours international de Piano d’Orléans. Dans son premier disque, consacré au piano de , sont réunies des œuvres de jeunesse du maître hongrois, moins connues, où se lisent l’influence de Liszt (compositeur que Bartók a lui-même beaucoup joué), et les premières avancées du compositeur dans le domaine de la musique populaire.

La Rhapsodie (1904) est l’opus 1 d’un quatrième catalogue que Bartók considéra comme définitif. Elle regarde vers les Rhapsodies hongroises de Liszt aux couleurs et modes tziganes. Bartók est fidèle à la coupe binaire de la danse hongroise : lassù (lent) et friss (rapide). Cette pièce d’envergure, la plus longue de l’album, laisse apprécier l’élégance du phrasé de l’interprète et un jeu qui respire sous ses doigts. Riche également est sa palette de timbres dans une première partie où semble résonner le cymbalum.

Il y a quelque chose de soyeux dans la sonorité du jeune pianiste, qui confère aux trois Chants populaires hongrois une grâce et une poésie singulières. Les trois Burlesques (1910) sont servies avec une précision et une clarté d’articulation exemplaires. Si les deux Danses roumaines (1910), relevant d’une première collecte d’air magyar, laissent entendre un ton populaire plus authentique, le style « d’os et de muscles » que Bartók appelle de ses vœux s’exprime véritablement dans les Trois études op. 18 : chromatisme, âpreté rythmique et nouveaux espaces inaugurés dans l’Allegro barbaro de 1911 et la Suite op. 14. Les doigts véloces et la ferme conduite rythmique de l’interprète en soulignent la radicalité, sans renoncer à la transparence de l’écriture.

La troisième Étude est l’acmé virtuose de cet enregistrement, alliant complexité métrique et énergie roborative qui préfigurent l’écriture d’un Ligeti. La puissance du geste d’Otaki n’altère ni l’équilibre ni la clarté des configurations sonores. Contemporaines des Burlesques et des Danses roumaines, les deux Élégies qui referment cet enregistrement sont une déploration amoureuse dont l’expressivité post-romantique est sous-tendue par une harmonie regardant vers Scriabine. Ce sont des pages merveilleuses, d’une richesse insoupçonnée, auxquelles l’interprète, évitant tout pathos, confère une sensibilité et une profondeur vertigineuses.

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