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Bel apport d’Andreï Boreïko à la Huitième de Chostakovitch

À emporter, CD, Musique symphonique

Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°8 en ut mineur op. 65. Radio-Sinfonieorchester Stuttgart des SWR, direction : Andreï Boreïko. 1 CD SWRmusic. Notice en allemand et anglais. Durée : 65’55.

 

Boreiko Chosta 8Après avoir enregistré les Symphonies n° 1, 4, 5, 6, 9 et 15 de Chostakovitch, poursuit son intégrale du corpus avec le Radio-Sinfonieorchester Stuttgart des SWR et livre une version au son dense et compacte de la complexe Huitième, tout particulièrement dans le premier et dernier mouvements.

De plus en plus abordée, même si elle reste moins célèbre que les Cinquième, Septième et Dixième, la Huitième Symphonie de Chostakovitch ne connaît, sauf oubli, aucune version de référence depuis celles de et , malgré les excellentes propositions de Kurt Sanderling, Gennady Rozhdestvensky et Vasily Petrenko, ou dans un autre style, celle plus occidentale de Bernard Haitink. Cette nouvelle parution du chef , grand défenseur du répertoire russe du XXe siècle ainsi que du répertoire contemporain (lire notre entretien), offre donc un véritable apport à la discographie.

À l’opposé de Currentzis ou de Nelsons, Boreïko n’a pas la prétention d’apporter une touche personnelle particulière à l’interprétation ; il fait partie de ces artistes avant tout au service de la musique et de la partition. On entre donc dans l’ouvrage et dans l’opacité de l’Adagio avec un son mat et concentré, dont le seul but est d’exposer une atmosphère de malaise. Le chef maintient ce climat jusqu’à son explosion, très bien portée par l’Orchestre de la SWR, avant une fin de mouvement Allegro non troppo plus légère, bien que jamais vraiment libérée, comme on le sent autour de 23’30 à l’apparition du dernier thème. Le seul bémol dans ce mouvement provient des cuivres, trop peu présents et sans mordant, surtout dans la coda.

L’Allegretto perd quelque peu de cette intense concentration et met trop en avant les contrepoints, d’autant plus qu’il présente un piccolo agressif et peu mélodieux, dans un style plutôt russe surprenant pour un orchestre allemand. Le troisième mouvement, Allegro Non Troppo, montre ensuite lui aussi moins de densité et de tension insufflées aux cordes. L’idée est bien là, mais l’énergie dégagée n’atteint pas celles des références mentionnées plus haut, auxquelles on peut ajouter Svetlanov en live à Londres, malgré une prise de son désastreuse. La répétition du premier thème à deux minutes de la fin du mouvement satisfait cependant, grâce à des cordes râpeuses, notamment les contrebasses, et grâce aux percussions.

Le Largo retrouve la compacité du premier mouvement et un développement glacé, maîtrisé lentement et rigoureusement avec une prestation particulièrement remarquable des bois. Malgré le retour au mode majeur, au début de l’Allegretto conclusif, le chef, en accord avec le désir du compositeur, maintient la froideur liminaire, qu’il étend à toute la symphonie jusqu’aux derniers instants avec une véritable maîtrise.

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  • Michel LONCIN

    Je me méfie toujours des versions occidentales des symphonies de Chostakovitch : elles n’ont QUE TROP tendance à « amabiliser » … arrondir les angles … et passent donc « à côté » du tragique fondamental du grand compositeur russe car … l’Occident n’a pas connu la TRAGEDIE et l’ENFER du communisme !!!

    • draffin

      Non, mais par contre, elles connaissent bien la tragédie et l’enfer du capitalisme, c’est déjà pas mal.

      • Michel LONCIN

        En effet … et … il nous manque TERRIBLEMENT le « Chostakovitch occidental » qui traduirait par des sons cette tragédie et cet enfer que l’ON nous présente sous les fleurs (des chrysanthèmes !) de la … « démocratie », de « l’humanisme » et du « droit-de-l’hommisme » donneurs de « leçons » lors que le prétendu « droit d’ingérence » à « l’occidental » (qui c’est encore qui nous parle « d’ingérence russe » ?) répand des flots de SANG !!!

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