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Franco Fagioli dans un programme tout Haendel

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital, Opéra

Metz. Grande salle de l’Arsenal. 13-I-2018. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : sinfonia en Sib HWV 338, aria « Presti omai » extrait de Giulio Cesare, aria « Se potessero i sospir’ miei » extrait de Imeneo, aria « Agitato da fiere tempeste » extrait de Oreste, sonata a quattro en sol majeur op. 5 n° 4, arie « Cara Sposa » et « Venti, Turbini » extraits de Rinaldo, aria « Mi lusinga il dolce affetto » extrait de Alcina, aria « Sento brillar nel sen » extrait de Il pastor fido, passacaille extraite de Rodrigo, aria « Scherza infida » extrait de Ariodante, sinfonia et aria « Crude Furie » extrait de Serse. Avec : Franco Fagioli, contreténor. Ensemble Il Pomo d’Oro, direction : Zefira Valova.

franco fabioli © thibault stipalDans un programme taillé sur mesure –  l’opéra baroque de la première moitié du XVIIIe siècle – Fagioli fait renaître l’art des grands castrats du passé.

Sa récente prestation dans la Semiramide de Rossini n’avait que moyennement convaincu. Un peu plus tôt, il avait déçu également au Palais-Garnier, où le rôle qui lui était dévolu dans l’Eliogabalo de Cavalli ne lui permettait pas de mettre en avant toute sa science vocale. En revanche, son superbe Serse à Versailles a rappelé à quel point c’est dans l’opéra baroque de la première moitié du dix-huitième siècle que est véritablement dans son élément. Le programme tout Haendel concocté par le contreténor argentin, à la veille du lancement de son dernier album, a montré une fois encore toutes les qualités, mais également les quelques limites, de cet immense chanteur.

On saluera tout d’abord la cohérence et l’éclectisme du programme, qui permet de faire entendre des morceaux qui illustrent tous les aspects de la carrière londonienne de Haendel dans le domaine de l’opéra italien. C’est une trentaine d’années en effet qui séparent le Rinaldo de 1711, l’ouvrage par lequel Haendel se fit découvrir du public anglais, de son avant-dernier opéra Imeneo, dont l’extrait entendu reprend d’ailleurs un air composé quelques mois plus tôt pour l’oratorio Saul. La sélection des arias proposées au public permet également de mélanger les genres en faisant entendre des pièces tirées d’un opéra pastoral (Il pastor fido), de deux opéras magiques (Rinaldo, Alcina), d’un opéra héroïque (Giulio Cesare) ainsi que de plusieurs opéras dits anti-héroïques (Ariodante, Imeneo, Serse). Airs lents et rapides se succèdent dans une parfaite cohérence et selon un rythme savamment calculé. C’est donc avec « Presti omai » de Giulio Cesare, l’air d’entrée du protagoniste, que Fagioli fait son entrée, réclamant tout comme son personnage les lauriers de la victoire. S’il est quelque peu couvert par l’orchestre, la voix se libère dans le très beau « Se potessero i sospiri miei » d’Imeneo. Le contreténor affiche visiblement ses affinités pour les airs composés pour Carestini, d’où le choix de la version Oreste pour le redoutable « Agitato da fiere tempeste », initialement écrit pour Senesino dans Riccardo Primo. L’ambitus très large des airs du légendaire Carestini – ceux d’Alcina et d’Ariodante, les interminables vocalises du « Sento brillar » écrit pour la reprise du Pastor fido en 1734 – vont comme un gant à notre virtuose, qui dans ce répertoire se montre littéralement époustouflant : tenue du souffle, précision des vocalises, perfection des trilles, etc. Les airs de Rinaldo écrits pour Nicolini attestent de plus l’élégance des ornementations proposées par Fagioli.

La deuxième partie du concert confirme toutes ces qualités, pour s’achever sur un « Crude furie » d’anthologie permettant au contreténor de vocaliser sur plus de trois octaves. Une réserve ? Peut-être Fagioli gagnerait-il encore à varier l’expression, certains des airs donnant parfois l’impression d’être utilisés comme prétexte à pure démonstration vocale. Ainsi « Scherza infida », dont le contexte dramatique n’est tout de même pas le même que celui de « Cara sposa », aurait peut-être gagné à être donné avec davantage de mordant. Le sublime « Mi lusinga » n’a pas non plus ému comme cet air le fait généralement au théâtre. Ceci étant, le « Lascia ch’io pianga » donné en deuxième bis – avec accompagnement du public pour la reprise ! – aurait fait pleurer les pierres…

On notera pour finir la très belle complicité avec l’ensemble Il Pomo d’Oro, emmené par . À certains moments du concert on n’aurait su dire, tant était forte l’osmose entre le chanteur et les différents instrumentistes, qui de tous dirigeait réellement…

Crédit photographique : ©  Thibault Stipal/Naïve ; photo Une © Julian Laidig

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