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À l’Opéra de Paris, Un bal masqué pour Sondra Radvanovsky

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra Bastille. 16-I-2018. Un bal masqué, opéra en un prologue et 3 actes de Giuseppe Verdi (1813-1901) sur un livret d’Antonio Somma. Mise en scène : Gilbert Deflo ; Décors et costumes : William Orlandi ; Lumières : Joël Hourbeigt ; Chorégraphie, Micha Van Hoecke. Avec : Piero Pretti, Riccardo ; Sondra Radvanovsky, Amelia ; Simone Piazzola, Renato ; Nina Minasyan, Oscar ; Varduhi Abrahamyan, Ulrica ; Mikhail Timoshenko, Silvano ; Marko Mimica, Samuel ; Thomas Dear, Tom ; Vincent Morell, Giudice ; Hyoung-Min Oh, serviteur d’Amelia ; Chœur (chef de chœur : José Luis Basso) et Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Bertrand de Billy.

Emilie_Brouchon___Opera_national_de_Paris-Un-Bal-masque-17.18---Emilie-Brouchon---OnP--18--1600 Un bal masqué est une œuvre verdienne sinon rare, en tout cas peu donnée et les dernières représentations de cette production n’avaient pas laissé un souvenir impérissable. Pourtant, cette reprise réserve quelques jolies surprises et confirme que est peut-être actuellement une des plus grandes chanteuses verdiennes de la scène internationale.

Nous ne reviendrons pas sur la mise en scène de dont le travail se résume à construire un beau décor évoquant Washington et la culture vaudou pour y faire déplacer des chanteurs joliment costumés. Cette vision classique de l’opéra a des adeptes et des détracteurs. Pas de direction d’acteur, pas de réflexion ou d’éclairage particulier sur le livret, mais au moins un beau livre d’images qui a le mérite d’être lisible sans piquer les yeux…

Le seul intérêt de cette reprise résidait donc dans une distribution renouvelée, globalement équilibrée, malgré quelques points faibles à commencer par qui nous est apparue un peu hors sujet dans le rôle d’Ulrica. À l’image du fracas orchestral qui ouvre sa scène, Ulrica doit inspirer terreur et angoisse. Avec des graves peu profonds, une émission inégale selon les registres et un style parfois approximatif, le format vocal de la mezzo semble limité et elle doit se réfugier dans un jeu de scène très soigné pour faire entrevoir la noirceur de la sorcière vaudou.

À l’applaudimètre, ne semble pas avoir soulevé l’enthousiasme du public. Évidemment la voix semble petite pour le grand vaisseau de Bastille et les graves étaient voilés pour un baryton. Pourtant, le métal est particulièrement beau et le style soigné laisse apparaître un legato raffiné et onctueux et une superbe gestion du souffle. Toujours émouvante, son interprétation laisse un arrière-goût de frustration ; gageons qu’il ne s’agissait là que d’une méforme passagère.

Dans le petit rôle de Silvano, amuse par la vivacité de son jeu et impressionne par la beauté d’une voix opulente et charismatique. Un artiste à suivre. Il en va de même avec les Tom et Samuel de et Marko Mimika, tous deux impeccables.

triomphe dans le séduisant rôle d’Oscar qu’elle incarne à la perfection. Il faut dire que tout y est ! Physiquement crédible en adolescent vibrionnant, elle bénéficie d’une voix somptueuse, fraîche et veloutée, également émise sur l’ensemble de la tessiture, et d’une technique époustouflante de précision qui achève de convaincre.

Emilie_Brouchon___Opera_national_de_Paris-Un-Bal-masque-17.18---Emilie-Brouchon---OnP--16--1600

Dans le rôle de Riccardo, quasiment omniprésent et très exigeant sur l’ensemble de la tessiture,  donne une autre belle prestation de cette soirée. Avec un timbre clair, une voix homogène et bien projetée, le ténor travaille une ligne de chant particulièrement élégante. Après une première scène timide, le ténor sarde se réchauffe progressivement et parvient à s’enflammer dans l’acte II qui le voit se confronter à , qui délivre tout au long de la soirée une leçon de chant verdien souveraine.

Nous avions déjà témoigné à plusieurs reprises de la technique superlative de la soprano. Elle la met ici au service d’une émotion brute délivrée au moyen d’une incarnation fouillée. La soprano est à l’aise sur tout l’ambitus vocal du rôle, des aigus puissants aux graves denses et non poitrinés. Interprète intelligente et sensible, son phrasé, particulièrement raffiné, se pare d’un travail de coloration inouï qui apporte une grande densité à son chant où l’on retrouve toujours ces pianissimi impalpables et frémissants. Le « morrò ma prima in grazia », où même les silences sont calibrés, est déchirant, et l’on a rarement entendu un acte II aussi intense.

Il faut dire qu’après un premier acte hiératique et pachydermique, la direction de semble enfin trouver sa voie avec l’apparition de la soprano. D’un seul coup, le maniérisme, la lenteur – et pour tout dire l’ennui – s’envolent  au profit d’un acte II passionné et torrentiel. Un décalage inopportun ou une évolution voulue (c’est selon) assez rares mais parfaitement assumés par un orchestre irréprochable, tout comme les interventions précises du chœur, toujours importantes chez Verdi.

Une belle reprise donc, qui nous aura permis de rendre justice à une œuvre finalement assez mal connue. Et puis Sondra…

Crédit photographique : © Émilie Brouchon / Opéra national de Paris

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  • Annie Plana

    Pour moi une des plus grandes sopranos actuelles que j’avais adorée dans la trilogie des Tudors retransmise depuis le Met de NY .

    • thierry

      je suis d’accord ! elle est exceptionnelle ! legato parfait , pas de vibrato et présence scénique ! elle sera leonora du trouvere en juin ! elle l’était déja a verone avec alvarez et feu le grand hvorostovsky !

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