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L’art d’Artur Rodziński, grand bâtisseur d’orchestre

À emporter, CD, Musique symphonique

L’Art d’Artur Rodziński. Œuvres de Isaac Albéniz (1860-1909), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Georges Bizet (1838-1875), Alexandre Borodine (1833-1887), Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Antonín Dvořák (1841-1904), Manuel de Falla (1876-1946), César Franck (1822-1890), Mikhaïl Glinka (1804-1857), Enrique Granados (1867-1916), Edvard Grieg (1843-1907), Mikhaïl Ippolitov-Ivanov (1859-1935), Zoltán Kodály (1882-1967), Modeste Moussorgski (1839-1881), Sergueï Prokofiev (1891-1953), Sergueï Rachmaninov (1873-1943), Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908), Gioachino Rossini (1792-1868), Franz Schubert (1797-1828), Johann Strauss II (1825-1899), Richard Strauss (1864-1949), Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893), Richard Wagner (1813-1883). New York Philharmonic, Chicago Symphony Orchestra, Columbia Symphony Orchestra, Royal Philharmonic Orchestra, Philharmonia Orchestra, Vienna State Opera Orchestra, direction : Artur Rodziński. 1 coffret 19 CD Scribendum. Enregistré entre novembre 1945 et mai 1958 au Carnegie Hall, 30th Street Studios, New York ; Orchestra Hall, Chicago ; Walthamstow Hall, Abbey Road Studio 1, Londres ; Mozartsaal, Vienne. ADD [mono/stéréo]. Pas de notice.

 

Les Clefs du mois

scribendum_artur_rodzinskiCe coffret vient à point nommé pour rappeler aux jeunes – et même aux moins jeunes – générations qui auraient tendance à l’oublier, quel très grand chef d’orchestre était .

En 1947, secondé par le chef d’orchestre Fritz Reiner, le réalisateur Edgar George Ulmer produisit le film Carnegie Hall, dans lequel la célèbre salle de concert new-yorkaise sert de cadre à l’intrigue et de prétexte à diverses interprétations de grandes figures musicales de l’époque. Si l’histoire sur laquelle le film est conçu peut paraître actuellement d’une banalité affligeante, l’auteur de ces lignes se souvient très bien y avoir apprécié avec délectation, dans sa toute prime jeunesse, les prestations de quatre chefs d’orchestre de légende : Fritz Reiner, Bruno Walter, Leopold Stokowski et – et particulièrement les deux derniers, à la gestuelle si expressive et fascinante.

Ce n’est certainement pas une coïncidence, car Artur Rodziński, après avoir dirigé à l’Opéra et à la Philharmonie de Varsovie de 1921 à 1925, quitte son pays pour les États-Unis où il devient chef assistant de l’Orchestre de Philadelphie auprès de Leopold Stokowski (1926-29) tout en s’occupant du département opéra et orchestre du Curtis Institute. Il n’est donc guère étonnant que ses interprétations particulièrement colorées et somptueuses soient influencées par celles de son mentor, même si elles ont plus de rigueur alla Arturo Toscanini. C’est pour ce dernier , ne l’oublions pas, qu’il constitua en 1937 le , avec l’aide de Pierre Monteux : il fut effectivement un grand bâtisseur d’orchestre, tout comme d’ailleurs Pierre Monteux et Antal Doráti.

Contrairement à ces deux derniers, il faut bien reconnaître que ce n’est pas pour rien que John Hunt a titré sa triple compilation discographique The great dictators : Evgeny Mravinsky, Artur Rodziński, Sergiu Celibidache… Le caractère difficile de Rodziński ne lui a pas permis de rester longtemps à la tête de quelque phalange que ce soit : Orchestre Philharmonique de Los Angeles (1929-1933), Orchestre Philharmonique de New York (1943-1947), Orchestre Symphonique de Chicago (1947-1948), tous ensembles qu’il amena néanmoins au plus haut niveau musical. Seule exception, il façonna l’Orchestre de Cleveland de 1933 à 1943 comme cadeau rutilant à George Szell.

Rodziński était particulièrement à l’aise dans les pages wagnériennes et de musique slave dont les gravures sont devenues légendaires par leur sens de la couleur orchestrale, de la dynamique, leur vivacité et leur précision rythmique. C’est notamment décelable dans ses ultimes enregistrements Westminster où il a connu les tout débuts de la stéréophonie. Un point négatif est que Rodziński ne dédaignait pas certaines coupures, pratique sans doute héritée de Stokowski : s’il était courant à son époque d’amputer la Symphonie n° 2 de Rachmaninov ou de réduire à sa plus simple expression le Finale de la Symphonie n° 5 de Tchaïkovski, il est plus étonnant de le voir faire de même envers le Finale de la Symphonie n°5 de Chostakovitch (dont par ailleurs il était un très ardent défenseur), Dans un défilé de montagne des Esquisses caucasiennes d’Ippolitov-Ivanov, et même dans certaines Valses de Strauss ou courtes pièces de L’Arlésienne de Bizet…

Cette édition est essentiellement la compilation de tous les enregistrements londoniens (la plupart avec le  de Sir Thomas Beecham) et viennois des années 50 de Rodziński, probablement sous licence du vaste coffret coréen Westminster Legacy – Orchestral Recordings Collection, à l’exception des œuvres concertantes, ce qui nous prive des Concertos pour violon de Brahms et Tchaïkovski avec la violoniste Erica Morini, ainsi que des Concertos pour clarinette et basson de Mozart, avec respectivement Leopold Wlach et Karl Öhlberger en solistes ; par contre la présence sur deux CDs différents (5 et 12) de ce qui semble un enregistrement identique (septembre 1956) de la Symphonie n°4 en fa mineur op. 36 de Tchaïkovski, est incompréhensible… En revanche, Scribendum a complété intelligemment son album par quelques gravures américaines CBS antérieures de Rachmaninov (Symphonie n°2 en mi mineur op. 27, novembre 1945), Wagner (Tristan und Isolde, décembre 1947), Rossini (Ouverture de Guillaume Tell, novembre 1950), nous offrant finalement en une seule boîte et dans des conditions techniques idéales la plus vaste compilation consacrée à ce jour à Artur Rodziński.

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