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Entente cordiale pour Béatrice et Bénédict à Glyndebourne

À emporter, DVD, DVD Musique, Opéra

Hector Berlioz (1803-1869) : Béatrice et Bénédict, opéra-comique en deux actes sur un livret du compositeur. Mise en scène et costumes : Laurent Pelly. Lumières : Duane Schuller. Avec : Stéphanie d’Oustrac, Béatrice ; Paul Appleby, Bénédict ; Sophie Karthäuser, Héro ; Philippe Sly, Claudio ; Katarina Bradić, Ursule ; Frédéric Caton, don Pedro ; Lionel Lhote, Somarone. Chœur de Glyndebourne (chef de chœur : Jeremy Bines). London Philharmonic Orchestra, direction : Antonello Manacorda. 1 DVD Opus Arte. Enregistré à Glyndebourne le 9 août 2016. Livret en anglais, français et allemand. Durée: 1h58 + bonus de 11 min.

 

Berlioz-Beatrice-et-Benedict-Glyndebourne-DVDBéatrice et Bénédict de fait enfin son entrée en DVD, dans une production donnée à Glyndebourne pour le tricentenaire de la disparition de Shakespeare, avec une distribution dominée par Stéphanie d’Oustrac et une mise en scène de qui joue astucieusement la carte du rêve. Chers amis anglais, quand il s’agit de notre Hector national, vous avez une fois de plus tiré les premiers. Bravo !

À la longue histoire qui a vu les Britanniques prendre systématiquement l’avantage sur les Français dans la défense de Berlioz, depuis Sir Thomas Beecham et Sir Colin Davis, le festival de Glyndebourne ajoute un nouveau coup d’éclat avec cette première publication en DVD de Béatrice et Bénédict. Une œuvre problématique : la première publication en CD vraiment convaincante ne datait guère que de 1992 (John Nelson, Erato), et encore utilisait-elle des comédiens pour les dialogues.

Ici, les dialogues ont été raccourcis et actualisés avec finesse par , qui travaille de longue date avec et est une habituée de ce type d’intervention (Le Roi Carotte d’Offenbach, L’Étoile de Chabrier…). Cette adaptation a le double avantage de dynamiser la représentation et de permettre aux chanteurs d’assurer eux-mêmes ces dialogues. Le bénéfice n’est pas mince, car la disproportion et la difficulté de ces moments sont la meilleure explication de la médiocre notoriété de cet opéra musicalement délicieux.

Laurent Pelly prend un parti pris de prime abord curieux, à savoir celui de faire baigner cet opéra, placé sous le soleil de Sicile, dans une tonalité uniment grise et vaporeuse, jusqu’au maquillage blafard des interprètes. Les costumes suggèrent les années 40 et la France de la Libération (Le Don Pedro de a des allures alla de Gaulle), et les personnages évoluent autour et à l’intérieur d’un jeu de boites de toutes tailles, qui symbolisent toutes ces cases, à commencer par le mariage et l’amour lui-même, dans lesquelles la société cherche à nous enfermer. Béatrice et Bénédict font tout pour résister à cette mise en boîte et à nier leur amour réciproque… finalement vainement. L’idée du metteur en scène est qu’il y a beaucoup de soleil et de couleur dans la partition, et qu’il faut éviter la redondance avec les décors. Sur la durée de la représentation, l’oreille effectivement s’adapte et compense ce que l’œil n’a pas trouvé, et l’ensemble se voit et se revoit plaisamment.

Côté distribution, réunir toutes les qualités d’expressivité, de grâce et d’humour est un défi, et le pari est dans l’ensemble relevé. Au sommet rayonne Stéphanie d’Oustrac qui réunit toutes les qualités sus-visées, avec du chien en plus. Son « Dieu! Que viens-je d’entendre? » est d’anthologie, et justifie à lui seul l’acquisition de ce DVD. Tout le drame, la passion, la virtuosité comme expression du tourment face aux vertiges de l’amour sont là, du Berlioz au sommet, une dernière fois. Le ténor américain en Bénédict est une très bonne surprise. Il réalise une belle performance pour un rôle qui requiert une maîtrise parfaite du français, son léger accent étant largement compensé par une touche d’humour sous-jacent. Il avait d’ailleurs convaincu tout autant dans sa prestation à l’Opéra Garnier en mars dernier avec Stéphanie d’Oustrac (pour une unique représentation !). De leurs fâcheries à leur réconciliation finale, le duo fonctionne.

Si l’on finit dans la joie, les débuts auront été plus difficiles. Après une ouverture dirigée par de manière assez prosaïque, en Héro enfonce le clou dans son premier air « Je vais le voir », trop terrien, tout comme  qui pour le maître de chapelle Somarone joue la carte de l’exagération avec un fort accent belge, et là, c’est trop terroir. Les chœurs de Glyndebourne sont en revanche excellents et les pages les plus célèbres, comme le duo de Héro et Ursule (, convaincante même si non-francophone), sont accomplies .

Ce Béatrice et Bénédict fait partie de ces captations qui, pour n’être pas parfaites, n’en marquent pas moins l’histoire de l’interprétation. Une captation immanquable pour les berlioziens, bien sûr, et les admirateurs de Stéphanie d’Oustrac, mais surtout une belle découverte en perspective pour tous les amateurs d’opéras légers et de qualité.

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