tous les dossiers(1)

La création nordique bouillonne à Chaillot

Danse , Festivals, La Scène

Paris. Théâtre national de la danse – Chaillot. 25-I-2018. Kodak (Première en France). GöteborgsOperans Danskompani/ Alan Lucien Øyen. Dans le cadre du festival nordique. Chorégraphie, texte : Alan Lucien Øyen. Scénographie : Leiko Fuseya. Costumes : Stine Jjøgren. Lumières : Martin Flack. Son : Gunnar Innvoer. Traduction, adaptation et régie surtitre : Harold Manning. Musiques : Jon Hopkins, Olafur Arnaldo, Alexandre Desplat, Franck Sinatra, Marilyn Monroe, Michal Jacaszek, Shigeru Umebayashi, Nils Frahm, Ben Lukas Boysen, Gunnar Innvaer. Avec les danseurs du GöteborgsOperans Danskompani.

Le festival nordique met l’accent sur la scène chorégraphique émergente nordique et nous plonge dans un bain créatif foisonnant. Cette soirée présente Kodak, une pièce du chorégraphe norvégien et trois pièces plus expérimentales en deuxième partie de soirée.

Kodak, est une pièce bavarde. Peut-être parce qu’ est arrivé à la danse par le théâtre et s’exprime par la littérature autant que par les gestes. Du début à la fin, les danseurs jacassent, en anglais surtitré, racontant des expériences drôles ou tragiques. Ils parlent de photographies, de rêves, d’étoile filante, de joie, de mort, de cinéma. De Mickey Mouse beaucoup. Et de Kodak aussi. Trop bavard donc car le langage a tendance à distraire l’attention et à reléguer la danse au second plan. Alors que certains passages dansés sont d’une beauté et d’une poésie indéniables, l’émotion est contenue par un discours parallèle et parasite.

Les tableaux s’enchaînent dans une atmosphère vintage aux couleurs pastels comme une photo sépia, suivant le fil rouge de Mickey et Kodak, deux symboles de l’âge d’or du consumérisme américain. Les emprunts à l’univers des cartoons et les évocations du cinéma hollywoodien d’après-guerre sont nombreuses. On reconnaît la voix sirupeuse de Marilyn Monroe, les notes nostalgiques d’In the Mood for Love, un spot publicitaire des cigarettes Lucky des années 1950 et le slogan de l’entreprise Kodak qui revient comme une antienne. On assiste à une rencontre entre un homme qui s’exprime en japonais et une jeune femme qui ne le comprend pas ; à l’enterrement de la mère d’un des personnages ; à une soirée déjantée et à une conversation étrange, à la sortie de la boîte, entre deux travestis et l’homme qui porte la dalle de la tombe de sa mère, enterrée le matin.

Certains solos retiennent l’attention, comme celui de cet homme élégant, en complet brun. Il tournoie, descendant au sol et se relevant sans jamais plier les jambes. De manière générale, les danseurs du GöteborgsOperans Danskompani excellent par leur souplesse féline, leur capacité à adopter ce langage corporel à la fois fluide et physique.

Néanmoins, malgré cette créativité, la pièce manque de maturité. Øyen ne parvient pas complètement à dépasser les nombreuses influences qui nourrissent son imaginaire et à faire émerger son langage propre. L’influence la plus évidente est celle d’Alexander Ekman. Certains éléments du décor comme l’arbre au centre de la scène, la femme au parapluie et le cosmonaute qui apparaît à la scène finale font immédiatement penser à Play et créent une impression de déjà-vu, même si la pièce créée en 2016 est antérieure. L’importance accordée au théâtre évoque le travail sur le jeu de rôle et la parole d’Ekman, voire même celui de Pina Bausch, mais avec un dosage beaucoup moins subtil.

Kodak chaillot

Dilué dans un bavardage permanent, le propos n’est pas assez percutant et on hésite sur le message de la pièce : s’agit-il d’une critique ou d’un éloge de la société de consommation ? D’une remise en cause de la mode des selfies et du partage incessant de vidéos et de photos par l’affirmation de la supériorité du réel par rapport à sa reproduction ? Kodak ne nous permet pas de répondre à ces questions, nous laissant sur une impression d’inabouti.

Pour prolonger l’immersion dans le grand bain nordique, trois pièces plus expérimentales et radicales étaient présentées en seconde partie de soirée dans la salle Firmin Gémier : Tide, Shéhérazade et The WOMANhouse. Ces trois propositions décalées, étonnantes, voire dérangeantes témoignent de la variété de la danse contemporaine des pays du Nord, sans convaincre. La plus intéressante chorégraphiquement des trois est sans doute Tide, de la chorégraphe islandaise , formée à l’école d’Anne Teresa De Keersmaeker. La danseuse et chorégraphe interprète un duo minimaliste avec un trompettiste, qui émet des sons reproduisant le souffle du vent ou le bruit des vagues.

Avec The WOMANhouse, le Danois aborde la thématique du genre et pose la question de ce que c’est qu’être un homme. S’orientant dans le registre de la provocation, sans éviter les clichés et même le vulgaire, la pièce a néanmoins le mérite de nous faire réfléchir sur les frontières entre les sexes et ce qui détermine le fait d’être un homme ou une femme.

Crédits photographiques : © Mats Bäcker

tous les dossiers(1)

Mots-clefs de cet article
  • Cher Monsieur,
    Nous avons apporté une précision au passage concernant la comparaison avec « Play » pour éviter tout malentendu.
    Cordialement,

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.