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La Sirène à Compiègne, ou la folie d’Auber encore en rodage

La Scène, Opéra, Opéras

Compiègne. Théâtre Impérial. 26-I-2018. Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871) : La Sirène, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe. Mise en scène : Justine Heynemann. Scénographie : Thibaut Fack. Costumes : Madeleine Lhopitalier. Lumières : Aleth Depeyre. Avec : Jeanne Crousaud, Zerlina ; Dorothée Lorthiois, Mathéa ; Xavier Flabat, Marco Tampesta / Scopetto ; Jean-Noël Teyssier, Scipion ; Jean-Fernand Setti, le Duc de Popoli ; Nicolaio Bolbaya, Benjamin Mayenobe ; Jacques Calatayud, Pecchione ; Pierre de Bucy, Le Grand-Juge. Chœur Les Métaboles (chef de chœur : Léo Warynski). Les Frivolités parisiennes, direction : David Reiland.

En résidence à Compiègne, c’est donc dans son Théâtre Impérial que sortent pour un soir du placard la partition oubliée d’Auber, La Sirène. Même si la phalange paraît au meilleur de sa forme et que le chœur Les Métaboles offre une performance sans défaut, la folie de cette farce proche du vaudeville ne se retrouve pas toujours dans une mise en scène parfois austère et une distribution vocale qui doit encore prendre ses marques.

Quel univers impitoyable que celui de l’opéra qui a fait tomber dans l’oubli l’une des agréables partitions d’un des plus prolifiques auteurs lyriques du XIXe siècle ! Peu importe ses quarante-huit opéras et opéras comiques, peu importe sa notoriété dans l’Europe entière de son vivant, Auber et sa Sirène auront besoin des Frivolités Parisiennes pour que le spectateur du XXIe siècle puisse les découvrir. C’est pourtant avec l’opéra-comique que cette figure parisienne a démontré au mieux son talent de compositeur. La Sirène propose une musique franche, simple, élégante où le style léger et virtuose offre une finesse d’orchestration que la fosse sous la baguette de porte ce soir à son paroxysme dans un écrin idéal. Le son est rond, gracieux, parfois aérien, parfois fougueux et emporté.

Mais la connexion avec le plateau reste encore perfectible, même s’il est probable que les défauts perçus lors de cette première représentation se réajustent au fil du temps. Quelques décalages avec l’orchestre, quelques problèmes de justesse, quelques textes oubliés, n’estompent pas toutefois les qualités de cette distribution à commencer par le soprano colorature de la tenante du rôle-titre, . Il faut avouer que le don mélodique d’Auber se révèle d’une belle ampleur par des vocalises divinement séduisantes et aériennes, à l’origine de la venue de l’intendant des théâtres de Naples dans cette région des Abruzzes, en quête de sa prima donna. La voix lumineuse et les traits joliment timbrés de la jeune femme, déjà remarqués à Lille dans Le Petit Prince et confirmés à l’occasion de la création de La princesse légère de Violeta Cruz, se déploient avec constance et grâce. Dès son apparition, telle une petite ballerine dans une boite à musique (très joli effet du scénographe Thibaut Fack), l’interprète affirme une Zerlina juvénile et fragile, dont le chant aurait malgré tout pu être bien plus imaginatif, autant dans les variations mélodiques que dans les points d’orgues ornementaux. dans le rôle du fourbe Marco Tampesta qui se cache sous l’identité de Scopetto, a une assurance bien plus palpable, autant dans un chant dont la projection et la diction se révèlent solides, autant dans son jeu scénique empreint d’une belle fougue et d’un dynamisme exemplaire. Face au ténor, la stature et la voix imposantes du baryton en Duc de Popoli complètent ce duo avec un bel équilibre, alors que le Scipion de , l’amoureux transis, est agréable sans pourtant marquer les esprits. est l’un des éléments solides de cette distribution, la folie de cet intendant de théâtres est savoureuse à souhait, révélant parfois le manque de « frivolités » dans les éléments qui l’entourent. Mais les rires tant attendus de cette farce, c’est avec le chœur Les Métaboles que nous les trouvons. Le chant vigoureux des soldats et contrebandiers s’agrémente d’une performance scénique convaincante, entre bandeau de pirate et tutus de ballet, laissant à regretter des interventions trop périodiques de ce chœur dont la fougue et l’énergie auraient pu rehausser une mise en scène un peu austère en leur absence.


Et pourtant, Thibaut Fack a confectionné une scénographie qui va dans ce sens avec des entrées et sorties marquées par des portes-tourniquet qui se multiplient au fur et à mesure de l’avancée du drame pour finalement se parer de couleurs flamboyantes. Les costumes de Madeleine Lhopitalier s’inscrivent dans cette même dynamique : à la limite de la caricature (Tampesta est vêtu de rouge alors que Zerlina – la sirène – se pare d’une robe bleue), sans pourtant jamais passer la barrière du grotesque. Mais le « rythme endiablé » fait singulièrement défaut dans cette mise en scène, en raison d’un premier acte dans un univers souvent trop sombre, avec une direction d’acteurs dont le souffle dynamique et les interactions semblent bien trop limités pour embarquer le spectateur dès les premières minutes. Toutefois même s’y elle paraît assez convenue ce soir, cette mise en scène en rodage reste une bonne base pour soutenir l’esprit rocambolesque de cette farce qui n’en est pas encore vraiment une. La tournée de cette nouvelle production va certainement révéler bien des surprises aux futurs spectateurs des Frivolités Parisiennes.

Crédits photographiques : La Sirène d’Auber par © Vincent Pontet

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