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Grand soir numérique de l’EIC à la Cité de la Musique

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Cité de la Musique. 26-01-2018. Grand soir numérique. Alex Augier (né en 1980) : _ nybble _ performance audiovisuelle ; Alexander Schubert (né en 1979) : Serious Smile pour ensemble et capteurs sensoriels ; Daniel Ghisi (né en 1984) : Any road pour ensemble, vidéo et électronique (CM) ; Rune Glerup (né en 1981) : Concerto pour piano et ensemble (CM) ; Paul Jebanasam / Tarik Barri (nés en 1979) : Continuum pour vidéo et électronique. Nicolas Cross, chef d’orchestre ; Éric-Maria Couturier, violoncelle ; Samuel Favre, percussion ; Dimitri Vassilakis, Sébastien Vichard, piano ; Alex Augier, électronique et vidéo live ; Paul Jebanasam, électronique ; Tarik Barri, vidéo live ; Boris Labbé, vidéo ; Benoit Meudic, Lorenzo Bianchi, réalisation informatique musical IRCAM. Ensemble Intercontemporain ; direction Vimbayi Kaziboni.

alex_augier_nybble_C_quentin_chevrierLa révolution digitale de la musique contemporaine a-t-elle eu lieu ? En amont du Grand soir numérique proposé par l’ dans le cadre de Némo, Biennale internationale des Arts numériques, la question était au centre de la rencontre / débat organisée conjointement par l’Université Paris-VII et l’ dans les murs de cette même institution. Sur la scène de la Cité de la Musique, au cœur de l’action avec les artistes sonores et vidéo de ce Grand soir, les « méta-solistes » de l’EIC confirmaient – révolution ou pas – leur engagement dans la voie du numérique.

Quatre écrans et pôles de diffusion sonore délimitent l’espace de projection au centre duquel opère l’artiste performer Alex Augier, seul aux manettes de son synthétiseur modulaire dans _ nybble_. Le titre, en anglais, désigne le chiffre quatre sur lequel repose la configuration structurelle de la performance. Image et musique sont en effet conçues à partir des mêmes données numériques, dans un travail que le compositeur qualifie d’organique et de synesthésique. « Mon idée, ma pensée est audiovisuelle » souligne-t-il. L’expérience perceptive à laquelle il nous convie ne saurait le désavouer, tant la cinétique, l’énergie, la projection spatiale voire les couleurs traversent tout à la fois le son et l’image. « Je me suis inspiré de la murmuration des oiseaux révèle Augier dans un interview conduit par Jérémie Spierglas. Gageons que ce méta-langage oiseau n’aurait pas déplu au rythmicien et ornithologue que fut .

Dans Serious smile d’, les quatre protagonistes, le chef (alias contrebassiste) , le violoncelliste , le batteur et le pianiste sont munis de capteurs de suivi de mouvements reliés à un dispositif électronique. Bien connu aujourd’hui sur la scène parisienne, aime engager le geste des interprètes, le son de l’électronique et le dispositif lumineux au sein d’une expérience complète qui ne laisse de surprendre. Le flux sonore énergétique et drôle y est chaotique, surtout lorsque ce virtuose des nouvelles technologies fait « patiner » sa machine dans une lumière crue et un geste qui s’affole. Magique également, le piano qui égrène seul ses aigus cristallins sur l’incitation du bras du pianiste : autant d’artifices qui tissent une dramaturgie singulière à laquelle participent pleinement les solistes/performeurs de l’EIC. L’idée de déconstruction et de déshumanisation est à l’œuvre dans cette action scénique aussi tendue qu’inquiétante dont l’ingénierie et la fulgurance sidèrent.

27368665_1300531010046326_1275850956100889110_oDans Any road de Daniele Ghisi, donnée en création mondiale, l’EIC est sur scène dirigé par Vinbayi Kaziboni (qui fut l’assistant de de 2015 à 2017), en synchronie avec la vidéo de Boris Labé. Mathématicien de formation et concepteur inspiré, Ghisi compose à partir de bases de données et voit dans l’outil numérique la source de son inspiration. Si le projet du compositeur italien d’intégrer le jeu vidéo à l’écriture musicale n’a pu aboutir, il en recréé le milieu sonore par des voix électroniques spatialisées. La connexion du son instrumental avec les images est d’une telle finesse qu’on ne saurait dire quel support à préexister à l’autre. L’œil autant que l’oreille y sont stimulées avec le même intérêt dans une réalisation à quatre mains tirée au cordeau.

Concerto du danois , dans sa nouvelle version pour ensemble et soliste, réinstaure momentanément, une situation de concert traditionnelle avec, au piano, . Le titre renvoie à l’archétype du genre (avec son écriture virtuose et sa cadence) que le compositeur soumet cependant à son désir sonore : telle l’utilisation de patterns mélodico-rythmiques procédant par répétitions et interpolations dans un flux très heurté alternant haute-tension et relâchement, voire quasi inertie. Sous le toucher délicat et volubile du soliste, la partie de piano s’inscrit dans cet espace discontinu, louvoyant entre fragilité et déchaînement dans une cadence d’une belle envergure.

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Après un deuxième entracte, la salle reste comble pour le dernier round avec l’artiste sonore britannique Paul Jebanasam (électronique) et l’architecte audiovisuel néerlandais Tarik Barri (vidéo). Performance audiovisuelle toujours, Continuum procède en trois moments, nous élevant progressivement du chaos tellurique à « l’harmonie des sphères » à travers une expérience de caractère quasi rituel. Tarik Barri conçoit en direct ses images aux textures colorées très élaborées sur les trames à évolution lente de Jebanasam. Puissants et récurrents, des explosions en chaînes et reflux constants de masses de bruit blanc sont répercutés dans l’espace bien sonnant de la Salle des concerts. Au terme de ce voyage immersif d’une demi-heure, c’est dans l’épure et l’apaisement que s’achève Continuum, ponctuant la trajectoire d’un Grand soir numérique palpitant.

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