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Mise en couleur des noëls de Balbastre à l’orgue de Saint-Félix-Lauragais

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Claude-Bénigne Balbastre (1724-1799) : Prélude et fugue, À la venue de Noël, Duo, Joseph est bien marié, Fugue, Or nous dites Marie, Laissez paître vos bêtes, Duo, Où s’en vont ces gais bergers, Grand jeu, Il est un petit l’ange, Trio, Quand Jésus naquit à Noël, Air, Tous les bourgeois de Châtres, Duo, Votre bonté grand Dieu. Pauline Koundouno-Chabert à l’orgue de la collégiale de Saint-Félix-Lauragais (Haute-Garonne). 1 CD Psalmus. Enregistré en avril 2015. Durée : 77’07

 

claude-balbastre-1724-1799-noels-baroques-a-lorgue-par-pauline-koundouno-chabertTout au long du XVIIIe siècle, les cantiques de Noël ont eu la faveur des organistes français, qui ont varié à l’envi ces thèmes populaires pour mettre en valeur leur instrument et leur propre virtuosité. Ici, ce sont les noëls de Claude-Bénigne Balbastre que a choisi d’illustrer sur l’orgue haut en couleurs de Saint-Félix-Lauragais.

Depuis Gigault et Lebègue à la fin du XVIIe siècle, les variations sur des thèmes de Noël ont été prisées des organistes et du public. À ce titre, dans les années 1760, il est dit que l’Archevêque de Paris interdit à Balbastre de jouer l’orgue de Saint-Roch à la messe de minuit « à cause de la multitude qui venait pour entendre l’organiste et qui ne conservait pas le respect dû à la sainteté du lieu » ! Natif de Dijon comme Jean-Philippe Rameau, Balbastre a fait une brillante carrière parisienne, cumulant les tribunes de Saint-Roch, de l’Abbaye de Penthemont et un des quartiers de Notre-Dame (en partage avec Daquin et Armand-Louis Couperin). Il est aussi maître de clavecin de la famille royale (en particulier de la reine Marie-Antoinette) et de nombreuses personnes de la cour. Sa réputation est considérable, et seule la tourmente révolutionnaire mit fin à cette brillante activité. Mais il sut s’adapter aux idées nouvelles, et joua la Marseillaise à l’orgue de Notre-Dame pour sauver l’instrument.

Son recueil de noëls formant quatre suites a été publié en 1770 « pour le clavecin ou le piano-forte », ce qui est bien sûr un procédé commercial pour diffuser sa musique plus largement dans les salons. Mais c’est bien à l’orgue que ces variations font merveille. Contrairement à ceux de ses contemporains, les noëls de Balbastre ne comportent pas d’indications de registration ; le compositeur laisse donc libre cours à l’interprète pour trouver les mélanges de jeux les plus adéquats.

C’est ce que fait avec beaucoup de justesse , qui maîtrise parfaitement le style de cette époque. Élève d’Éric Lebrun à Paris, puis de Michel Bouvard et Jan Willem Jansen à Toulouse, cette jeune organiste nous offre une interprétation vivante et colorée de cette musique extravertie, faite pour plaire. a eu la bonne idée d’alterner les noëls avec des pièces du Manuscrit de Dijon, ce qui rompt l’aspect forcément répétitif des variations. Ces courtes pièces isolées ne font pas partie d’une suite et sont pour cette raison fort peu jouées, ce qui est bien dommage. Le programme s’ouvre ainsi en fanfare par un Prélude où un arpège descendant atterrit sur un étonnant accord de septième superflue qui réveille les oreilles les plus blasées.

L’orgue Grégoire Rabiny (1781) de la collégiale de Saint-Félix-Lauragais, magnifiquement restauré par Pierre Vialle en 1996, convient parfaitement à ce répertoire. On remarquera cependant quelques bruits de mécanique qui peuvent venir troubler l’écoute des pièces jouées sur les jeux les plus doux, conséquence d’une prise de son proche du buffet. Voilà en tout cas un enregistrement qui mérite d’être remarqué et qui offre une alternative intéressante aux sempiternels noëls de Daquin.

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