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À La Chaux-de-Fonds, Renaud Capuçon et Mozart

Concerts, La Scène, Musique symphonique

La Chaux-de-Fonds. Salle de Musique. 28-I-2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour violon et orchestre n° 2 en ré majeur KV 211, Concerto pour violon et orchestre n° 3 en sol majeur KV 216, Concerto pour violon et orchestre n° 5 en la majeur KV 219. Erik Satie (1866-1925) : Gymnopédies n° 1, 2 et 3 (orchestration Patricio Cueto). Renaud Capuçon (violon et direction), Camerata Salzburg.

Renaud Capucon©François DarmignyPour le 125e anniversaire de la Société de Musique de La Chaux-de-Fonds, son comité met les petits plats dans les grands avec une très belle programmation qui, entre autre, reçoit le violoniste et le dans un concert essentiellement dédié à Mozart.

La Salle de Musique désormais célèbre pour son exceptionnelle acoustique est comble. Armé de son superbe Guarnerius del Gesù, accompagné par un des plus beaux ensembles européens de musique de chambre, le violoniste français a tout pour nous offrir une soirée musicale d’exception.

Dès les premiers accords, la machine admirablement huilée du fait merveille. Au milieu de ces vingt-cinq musiciens, dirige. Ou plutôt bat la mesure, car on sent bien que l’orchestre salzbourgeois n’a besoin d’aucune indication pour moduler son propos. Tout est en place, tout est fondu dans un équilibre magistral. Tout au plus apprécie-t-on l’admirable sonorité du hautbois de Zurab Gvantseladze dont les courtes interventions apportent une magnifique couleur à l’ambiance orchestrale.

Quand arrivent les premières notes de Renaud Capuçon, l’acoustique du lieu (théâtre de nombreux enregistrements) sert l’instrument du violoniste français. Même si l’orchestre se met intelligemment en sourdine, ce violon magnifique expose sa sonorité propre. Celle d’un violon moins brillant que son célèbre congénère Stradivarius mais ô combien plus généreux en harmoniques. Et Renaud Capuçon connaît parfaitement son compagnon. Sauf peut-être qu’on eût aimé qu’il le découvre encore. Qu’il garde la fraicheur de l’imprévu qu’on lui connaissait. Emporté par la notoriété et le succès, le violoniste semble avoir perdu de son authenticité. Cette authenticité qui le faisait douter, qui le faisait prendre des risques, qui le faisait artiste. Sa technique irréprochable, l’extrême aisance avec laquelle il se joue des phrases musicales les plus véloces est stupéfiante. Elle lui permet de prendre ces concertos sur des tempos vertigineux. L’orchestre, pourtant spécialiste du répertoire mozartien, s’en trouve parfois à la limite de ses capacités interprétatives. Et c’est la musique, la mélodie de Mozart qui en pâtit. Si les cadences de Renaud Capuçon sont époustouflantes de virtuosité, elles pèchent par manque de musicalité. En effet, elles surprennent par la ligne mélodique cassante pas toujours en rapport avec l’esprit mozartien.

Passé ce qui pourrait sembler un galop d’entraînement, le concert se poursuit avec le surprenant contraste de la première Gymnopédie d’ orchestrée par le baryton et compositeur péruvien . Pendant quelques minutes, le Camerata Salzburg distille un moment suspendu du plus bel effet. On peut alors apprécier pleinement la qualité de phrasé, de couleurs de cet ensemble. La musique, la belle musique reprend ses droits.

Terminé cet intermède, presque sans intervalle aucun, Renaud Capuçon s’emporte dans un urgent Concerto n° 3 de Mozart. Avec des attaques souvent rageuses, il retombe dans les travers d’interprétation du concerto précédemment joué. Comme s’il était pressé d’en finir. On espère que l’Adagio calmera ses ardeurs. Si l’attaque de son violon laisse goûter au merveilleux de l’instrument, l’interprétation reste sans grande inspiration.

Après la pause, le Camerata Salzburg enchaîne avec les Gymnopédies n° 2 et 3, toujours dans la belle orchestration de . Là encore, on se régale à l’écoute des pianissimi les plus éthérés qu’on puisse imaginer. On retient son souffle. Quelle rigueur interprétative, quelle soin, quel legato. Et on se dit que ce moment si particulier saura imprégner sinon la musique de ce Concerto n° 5, du moins son interprétation. Malheureusement, le déclic attendu n’a pas lieu, Renaud Capuçon montre que, s’il possède les moyens techniques à cette œuvre, l’articulation et le discours musical présentés lors de cette soirée restent creux et sans grand intérêt. Il a cependant contenté le public sans pour autant le porter au délire. Un public qui a pu entendre en bis, la reprise du dernier mouvement du dernier concerto (était-ce bien nécessaire ?) suivi de la mélodie d’Orfeo ed Euricdice de Gluck retranscrite par le violoniste Jasha Heifetz.

Crédit photographique : Renaud Capuçon © François Darmigny

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