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Camiel Boomsma, poète du piano

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturnes op. 9 n° 1, op. 62 n° 1, op. 48 n° 1 ; Impromptu op. 51. Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour piano n° 21. 1 Hybrid SACD Challenge Records. Enregistré à la Westvest Church à Schiedam aux Pays-Bas en mars 2017. Textes de présentation en anglais. Durée : 67′39

 

Les Clefs Resmusica

cover 2En écoutant les interprétations de , musicien néerlandais âgé de 27 ans, on a l’impression d’être face à un art pianistique accompli et d’une maturité remarquable. Voici son premier disque pour le label Challenge Records, qui est une belle occasion de se familiariser avec ce soliste prometteur.

Pour ce qui est de l’interprétation des Nocturnes et de l’Impromptu en sol bémol majeur de , sculptée par des tempi relativement lents, c’est la lucidité et la simplicité narratives qui se voient mises en lumière. Le pianiste se fait avant tout poète de son instrument, peaufinant les nuances et rendant hommage aux sonorités sensibles, tout comme Chopin (si l’on en croit les chroniqueurs de son époque) ou comme, de nos jours, Krzysztof Książek, dont la magnifique exécution du Concerto en mi mineur du compositeur polonais chez Dux a été récompensée d’une Clef ResMusica. C’est ainsi que, sous les doigts de , les Nocturnes sont d’une beauté apollinienne, nous dévoilant la nature rêveuse, voire méditative de l’artiste qui varie avec soin et raffinement les teintes et les ambiances, mais qui en même temps évite toute mièvrerie ou nonchalance. Ajoutons que la disposition harmonieuse qu’il offre, y compris pour les crescendos électrisants dans le Nocturne op. 48 n° 1, se situe aux antipodes de la spontanéité et la virtuosité déconcertantes à la Fazil Say ou Martha Argerich.

En ce qui concerne la Sonate pour piano n° 21 de , l’exécution des premières mesures du mouvement initial nous met devant une conception intimiste (et « intimidée ») de cette page. En effet, le jeu de Camiel Boomsma se traduit par un tempo retenu et des nuances délicates ; même les deux trilles dans les basses de la main gauche sonnent comme s’ils étaient suspendus dans le temps. Après cette « ouverture » imprégnée d’une ambiance un brin mystérieuse, la narration – d’une poésie limpide et au pianisme léger et tendre – devient de plus en plus souple, en même temps que s’affirment la douceur immatérielle des lignes mélodiques et une lumineuse clarté d’allure. C’est par la suavité du geste et une palette de couleurs sombres inusitée que Boomsma plonge l’auditeur dans un univers tout à la fois contemplateur et languissant. Le climat mélancolique ne quitte même pas l’interprétation du troisième mouvement de la sonate, le Scherzo : Allegro vivace con delicatezza, dont les traits font penser ici à une lamentation nostalgique. Cette approche romantique plutôt que classique du pianiste (en quelque sorte le contraire de ce que nous propose Krystian Zimerman) atteint son apogée dans le finale, Allegro ma non troppo – Presto, pour lequel de légères fluctuations agogiques sont audibles, et des contrastes dynamiques marqués impressionnent par la précision articulatoire et séduisent par la profondeur des fortissimi, jamais agressifs.

L’excellente prise de son réalisée par Piotr Furmanczyk est la cerise sur le gâteau. Bref, un beau disque, dont la présence dans nos discothèques devrait enrichir notre connaissance des œuvres qui y sont proposées.

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