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L’Opéra de Rome rend hommage à la danse française

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Rome. Teatro dell’Opera di Roma. 28-I-2018. Suite en blanc. Musique : Édouard Lalo (extraits de « Namouna »), sous la direction de Carlo Donadio. Chorégraphie : Serge Lifar, reprise de Claude Bessy. Lumières : Jean-Michel Désiré. Pink Floyd Ballet. Musique (enregistrée) : The Pink Floyd. Ballet de Roland Petit, reprise de Luigi Bonino. Lumières : Jean-Michel Désiré. Avec l’Orchestre, les Étoiles, premiers danseurs, solistes et le corps de ballet du Teatro dell’Opera di Roma

La Soirée française concoctée par Eleonora Abbagnato met en lumière deux  chorégraphes emblématiques de la danse française, et . Cette soirée intelligemment conçue nous fait voyager du raffinement du style néoclassique de Suite en blanc à l’énergie électrisante du Pink Floyd Ballet.

le dit et le répète : a été un « père spirituel » pour elle. Sa bonne étoile aussi, puisque c’est à l’issue d’une représentation de Carmen, en 2013, qu’elle est nommée danseuse étoile de l’Opéra de Paris. Cette soirée est donc une manière de rendre hommage à deux chorégraphes pour le moins marquants de la danse française du XXe siècle, et Roland Petit.

Né à Kiev et formé à l’Opéra de Kiev, Serge Lifar est arrivé à Paris en 1923 où il rencontre Serge de Diaghilev et intègre la célèbre troupe des Ballets russes. Après la mort de Diaghilev en 1929, Lifar entre à l’Opéra de Paris comme premier danseur puis comme chorégraphe et maître de ballet. Créé en 1943 avec des étoiles comme Yvette Chauviré et Lycette Darsonval, Suite en blanc, ballet sans argument, est une « véritable parade technique » selon les termes de Serge Lifar. Expression du style « néoclassique » élaboré par Serge Lifar, Suite en blanc incarne la danse pure, dépouillée de toute recherche narrative. Sur Namouna, musique aux accents orientalistes d’, huit tableaux se succèdent, danseuses en tutus blancs – plateaux ou longs – danseurs en collants et chemises blancs. D’une difficulté redoutable, la technique est ici le point d’orgue du ballet. Chaque geste est subtilement travaillé, depuis les ports de bras à l’ancienne, coudes pliés, l’inclinaison du buste et de la tête, jusqu’au travail des pieds et aux périlleux enchaînements de tours en l’air, pirouettes, manèges et fouettés. Les difficultés doivent sembler exécutées avec facilité et fluidité. Lifar sublime la beauté et la sensualité de la femme, notamment avec le fameux déhanché de la variation de « La Cigarette ». La danseuse avance sur les pointes, la hanche en avant, et ondule le corps, non sans provocation, avec la légèreté des volutes de fumée d’une cigarette. L’adage, variation clef placée au cœur du ballet, est interprété par et . La danseuse excelle par la délicatesse de ses ports-de-bras, la beauté des lignes étirées à l’extrême et incarne à merveille le raffinement de ce style à la française.

Dans l’ensemble, les solistes et le corps de ballet se sortent très honorablement de toutes ces difficultés, et il est émouvant de voir de jeunes danseurs s’approprier cette technique, qui marque un moment clef de l’évolution de la danse académique.

La seconde partie de la soirée nous plonge dans l’univers rock du légendaire groupe britannique les Pink Floyd. L’idée de composer ce ballet aurait été inspirée à Roland Petit par une remarque de sa fille : « Papa, tu devrais faire un ballet sur les Pink Floyd ! ». Enthousiasmé par leur musique, Roland Petit rencontre le groupe à Londres et leur soumet l’idée. L’enthousiasme est partagé. Le ballet voit le jour au Palais des Sports de Marseille en 1972, avec des interprètes exceptionnels comme Rudy Bryans et Danièle Jossi. C’est une chance de voir remonter ce ballet, dont les reprises sont trop rares. La scène, dépouillée, est seulement éclairée par des rais de lumière bleue projetés depuis l’arrière de la scène, en direction des spectateurs. Les danseurs sont tous habillés de blanc, garçons torse nu et collants blanc, filles en académiques blancs très près du corps. Le ballet est composé de huit tableaux, essentiellement des ensembles mais aussi des solos et duos. Les danseurs donnent ici toute la mesure de leur talent ; libérés de l’once d’appréhension perceptible dans Suite en blanc, ils enchaînent sauts et pirouettes avec ampleur, énergie et précision. Le duo masculin formé par et est efficace et brillant mais reste encore un peu lisse. Les passages plus lents sont empreints de sensualité ; la soliste se démarque par une belle présence scénique et une danse à la fois raffinée et sensuelle.

S’il est regrettable de devoir aller jusqu’à Rome pour voir du Lifar et du Roland Petit, l’on ne peut qu’être conquis par cette soirée, brillamment menée, alliant la grande tradition académique de Lifar et l’incroyable modernité du Pink Floyd Ballet, qui n’a pas pris une ride.

Crédits photographiques : Photographie n° 1 : Eleonora Abbagnato et dans Suite en blanc de Serge Lifar ; Photographie n°2 : dans le Pink Floyd Ballet de Roland Petit © Yasuko Kageyama

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