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La compositrice Elzbieta Sikora mise à l’honneur par l’ensemble Court-circuit

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Auditorium Marcel Landowski du CRR de Paris. 30-I-2018. Alireza Farhang (né en 1980) : Eiwan pour violon, violoncelle, piano ; Elzbieta Sikora (née en 1943) : IIIème Quatuor à cordes in Memoriam Ursula, pour deux violons, alto et violoncelle ; Sonosphère II My’Kaddisch pour clarinette, deux violons, alto, violoncelle, contrebasse (création mondiale) ; Beat Furrer (né en 1954) : Spur pour deux violons, alto, violoncelle et piano ; Luis Fernando Rizo-Salom (1971-2013) : La ventana de quimeras pour violon, alto, violoncelle et piano. Ensemble Court-Circuit : Pierre Dutrieu, clarinette ; Alexandra Greffin-Klein, Aya Kono, violon ; Laurent Camatte, alto ; Frédéric Baldassare, violoncelle ; Didier Meu, contrebasse ; Jean-Marie Cottet, piano

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Que des cordes, ou presque, pour ce concert anniversaire de l’ célébrant la compositrice franco-polonaise Elzbieta Sikora.

Directrice artistique du festival de Wroclaw Musica Electronica Nova durant quelques dix années, cette musicienne infatigable travaille dans le domaine de l’électronique autant que dans l’instrumental et affiche à son catalogue quatre ouvrages scéniques dont l’impressionnant Madame Curie, un chef d’œuvre lyrique qui a fait l’unanimité de la critique en 2012. Au sein d’un programme d’une belle densité, Sonosphère II My’Kaddisch, commande d’État passée à la compositrice, fait l’événement de la soirée.

En ouverture, Eiwan pour violon, violoncelle et piano du compositeur iranien révèle un travail d’une grande sensibilité sur la matière sonore et le raffinement des textures. Entre pixels de couleur et brefs éclats de lumière (le piano cristallin de ), le compositeur cherche la fusion des timbres dans une trajectoire très discontinue et une sensualité des lignes sous les archets d’Alexandra Greffin et . Le titre renvoie à l’image d’un décor ornemental, « des formes calligraphiques, géométriques et incrustées de céramiques émaillées » nous dit-il dans ses notes d’intention, dont la musique répercute tout à la fois l’étrangeté et la brillance. Les cinq mouvements du IIIème Quatuor à cordes, in Memoriam Ursula (1998) d’Elzbieta Sikora répond au format des Alla breve de diffusées chaque jour de la semaine sur France Musique. S’expriment au sein d’une forme symétrique un geste énergique et une force expressive gorgée de lyrisme. Si le troisième mouvement met à l’œuvre la cinétique des lignes et la frénésie des archets, le volet suivant, sombre et interrogatif, précède un final plus théâtral, traversé de souffles fantomatiques du plus bel effet. Spur (la piste, la trace en allemand) pour piano et quatuor à cordes de l’Autrichien termine la première partie du concert. C’est une musique à haute tension, ludique, virtuose et obsessionnelle, qui entretient un même geste instrumental à travers les variations sensibles de la matière sonore : un défi pour les cinq musiciens qui maintiennent la tension de l’écoute jusqu’aux derniers pizzicati d’une écriture très éruptive, qui se délite progressivement.

Bien souvent la musique du regretté est à l’affiche des concerts de Court-Circuit : hommage à celui qui fut un ami et un des compositeurs les plus doués de sa génération. Frénésie du geste et saturation du matériau sonore sont à l’œuvre dans La ventana de quimeras (Fenêtre des chimères) pour violon, violoncelle et piano, une œuvre aussi courte qu’intrigante par la variété de ses figures et l’équilibre précaire de ses trajectoires. On est séduit par la liberté et la synergie du geste des trois musiciens au service d’une musique qu’ils maîtrisent avec brio.

Suscitant une série de pièces instrumentales commencée en 2013, quatre Sonosphères sont désormais au catalogue d’Elzbieta Sikora. Donné ce soir en création mondiale, Sonosphère II My’Kaddisch, sans électronique contrairement aux trois autres, associe une clarinette au quintette à cordes avec contrebasse. Dans les toutes premières mesures, c’est la clarinette basse ( en vedette) qui émerge seule du silence, bientôt relayée par la clarinette en si bémol. Au cours d’une trajectoire toujours réamorcée, l’instrument soliste semble vouloir gagner un registre toujours plus clair et lumineux, épaulé, serti, voire répercuté par un quintette à cordes qui en constitue une sorte d’aura spectrale. Litanique ou rhapsodique, la clarinette suscite autant de remous au sein des cordes ductiles, entre lyrisme éperdu et énergie salvatrice. La forme est conçue d’un seul tenant au sein de laquelle des plages suspensives, entretenues par les cordes dans la transparence, offrent des respirations sensibles et bienvenues. Les dernières mesures, où se figent le temps et la matière sur le bourdon de la contrebasse et le halo flouté de la clarinette, témoignent, entre autres exemples, des finesses et heureuses trouvailles sonores révélées par l’écriture et servies par les six musiciens de l’ de manière exemplaire.

Crédit photo : © S. Przerwa

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