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Capriccio de Brigitte Fassbaender à l’Oper Frankfurt

La Scène, Opéra, Opéras

Frankfurt-am-Main. Oper Frankfurt. 28-I-2018. Richard Strauss (1864-1949) : Capriccio, conversation en musique en un acte sur un texte de Clemens Krauss et Richard Strauss. Mise en scène : Brigitte Fassbaender. Décors et costumes : Johannes Leiacker. Lumières : Joachim Klein. Dramaturgie : Mareike Wink. Avec : Camilla Nylund, Die Gräfin ; Gordon Bintner, Der Graf ; AJ Glueckert, Flamand ; Daniel Schmutzhard, Olivier : Alfred Reiter, La Roche ; Tanja Ariane Baumgartner, Clairon ; Graham Clark, Monsieur Taupe ; Sydney Mancasola, Une Chanteuse italienne ; Mario Chang, Un Chanteur italien ; Katharina Wiedenhofer, une jeune Danseuse ; Gurgen Baveyan, Haushofmeister ; Isaac Lee, Lukas Eder, Jaeil Kim, Iain MacNeil, Miroslav Stričević, Jonas Boy, Erik Reinhardt, Thesele Kemane, huit Serviteurs. Chor der Oper Frankfurt, Frankfurter Opern- und Museumsorchester, direction musicale : Sebastian Weigle

Camilla Nylund Capriccio FrankfurtPassée du chant à la mise en scène depuis Ariadne auf naxos en 2013, revient à l’Oper Frankfurt pour Capriccio, avec une production au décor noble qui met en valeur une distribution homogène mais dont se détache la superbe Gräfin de .

était un Clairon d’importance dans les années 80-90, elle met aujourd’hui en scène le dernier opéra composé par en l’intégrant dans la période de son écriture plutôt que de le laisser quelques temps avant la Révolution française. L’idée n’est pas neuve mais pose un problème en regard de l’argument dans le programme de salle, car une référence précise à un Clairon résistant y est écrite, alors que si la pièce de Strauss est sans doute une tentative de résistance intérieure en 1942 face aux horreurs de la guerre, y insérer un discours d’aide à la Résistance Française de la part de la noble Gräfin frise l’hypocrisie.

Il n’est pas question de revenir ici sur la fin de la vie de Strauss, ni sur ses rapports avec les Nazis. Quitter à presque quatre-vingts ans un pays qui vous adule n’était évidemment pas un choix aisé. Mais si transférer la période du livret n’est absolument pas critiquable, tenter de modifier l’Histoire dans un sens positif est plus dérangeant. Le décor d’excellente facture de Johannes Leiacker présente une unique serre tropicale au fond de laquelle se trouve un théâtre, clos par un faux rideau au dessin identique à celui de la scène de l’opéra de Francfort avant le début de la représentation. On voit donc le jeu de mise en abyme connu à Paris par la production de Robert Carsen, bien plus fine sur le rapport au nazisme, ainsi qu’une utilisation soutenue du verre, à l’instar des productions d’Arturo Marco Marelli, notamment celle de Vienne, supérieure à celle de Dresde.

La dernière scène et sa serre rallongée jusqu’au fond du plateau permet tout de même une superbe image en perspective, idéale pour offrir à la magnifique Gräfin de un écrin dans lequel exalter sa dernière partie. Son timbre de voix pur, sa sensibilité tout comme une excellente projection et une ligne de chant parfaitement droite, montrent que la soprano est l’une des meilleures, voire certainement la meilleure tenante du rôle actuellement. Elle surpasse également par le placement de la voix presque tous les autres chanteurs dans les ensembles, sauf à la première partie de l’octuor. campe un Graf bien présent et réussit à faire vivre un rôle parfois peu visible, qui laisse tout de même la priorité au musicien Flamand d’AJ Glueckert, parfait pour couper court à la belle dynamique du poète Olivier de .

Capriccio Frankfurt

Le Monsieur Taupe de procure toujours autant de plaisir à voir et entendre, ici plus chaud et plus à l’aise sur la scène de Hesse que lors de la dernière reprise de l’œuvre à Paris. Mario Chang est un Chanteur Italien respectable, surpassé par la Chanteuse Italienne Sydney Mancasola, plus plaisante dans le haut de la tessiture. Les seconds rôles les plus marquants reviennent toutefois au superbe Clairon de Tanja Ariadne Baumagartner, magnifique dans le médium et la projection, ainsi qu’au La Roche formidable de stature, tant physiquement que vocalement grâce à une véritable assise dans les graves, de la basse . Le chœur comme les serviteurs réalisent une prestation impeccable, idéale dans la diction pour qu’un tel livret non avare en conversations soit compris à chaque mot.

Évidemment, le directeur musical des lieux officie en fosse, comme quatre ans plus tôt lorsque Brigitte Fassbaender s’attela à la mise en scène d’Ariadne auf Naxos. livre une direction soignée dès le sextuor introductif, sans réussir à développer toutes les scènes ni apporter à une lecture dans la pleine tradition germanique, ce qu’avait su ajouter Christian Thielemann en 2014 à la Semperoper de Dresde. Se démarquent tout de même du Frankfurter Opern- und Museumsorchester de nombreux instruments, dont la harpe ou le clavecin, ainsi que les très bonnes prestations solistes des musiciens demandés parfois sur le plateau. Plus de conviction aurait toutefois permis un monologue de La Roche plus marquant, tout comme plus de cristallin aurait offert à la dernière scène une autre magnificence pour porter Camilla Nylund.

Crédits photographiques : © Monika Rittershaus

 

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  • Xavier Bernoncourt

    Juste une précision : Brigitte Fassbaender a commencé sa carrière de metteur en scène au moins en 2003 à l’Opéra national du Rhin avec Arabella de Strauss.

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