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Programme varié pour Gianandrea Noseda et l’Orchestre de Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie de Paris, grande salle Pierre Boulez. 1-II-2018. Alfredo Casella (1883-1947) : La Donna Serpente, fragments symphoniques, Suite n° 2, op. 50 ter. Claude Debussy (1862-1918) : Images pour orchestre. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Les Cloches, poème symphonique op. 35. Irina Lungu, soprano. Dmytro Popov, ténor. Vladimir Vaneev, basse. Chœur de l’Orchestre de Paris (chef de chœur : Lionel Sow) ; Orchestre de Paris, direction : Gianandrea Noseda

Noseda, devant l’, mêle trois répertoires et profite des couleurs de la formation française dans une Suite de Casella et les Images de Debussy, avant de s’adjoindre le Chœur de l’ et trois solistes pour interpréter le magnifique poème symphonique Les Cloches de Rachmaninov.

Discrètement, est devenu l’un des chefs les plus prisés pour interpréter Verdi. Le limiter à la musique italienne serait pourtant oublier qu’il a étudié avec Myung-Whun Chung et Valery Gergiev, et qu’il dirige aujourd’hui un répertoire varié, tant à l’opéra qu’au concert, comme le prouve ce programme choisi avec l’Orchestre de Paris, interprété le jour même de l’annonce du non-renouvellement de Daniel Harding au poste de directeur musical après la saison 2018-2019.

Noseda débute par une rareté, la Suite n° 2 de La Donna Serpente d’, opéra composé de 1928 à 1931 pour être créé à Rome en 1932, et dont on doit la dernière production en version intégrale au chef lui-même, au Teatro Regio de Turin en 2016. L’Orchestre de Paris, déjà au grand complet – et donc avec un effectif de cordes bien plus fourni que pour une version de fosse –, offre de superbes couleurs, particulièrement développées dans une petite harmonie portée par le premier hautbois. Et plutôt que de se servir d’un effet de masse, Noseda utilise principalement la transparence des violons, en réussissant à maintenir un discours véritablement caractérisé, jamais trop léger ni trop distancié.

Casella a étudié au Conservatoire de Paris où il côtoya Ravel, entre autres. Ne pas rechercher dans les extraits de son opéra un vérisme que le compositeur lui-même a tenté de dépasser est donc totalement pertinent de la part de Noseda, tout comme l’idée de se servir du style français pour cette partition, style évidemment encore plus mis en valeur dans la seconde pièce du programme, les Images pour orchestre de Debussy.

Dès Gigues, le chef milanais recherche une souplesse en même temps qu’une ligne continue faite de legato et d’une large gamme de coloris. L’orchestre n’est pas novice dans cette musique, et en a même enregistré une excellente version, il y a trente ans, avec Daniel Barenboim pour Deutsche Grammophon ; il présente ici toute ses qualités et met encore une fois en avant sa petite harmonie. La tenue globale impressionne, car les Images sont l’une des pièces les plus complexes de Debussy, moins faciles d’abord que La Mer ou les Nocturnes. La gestion rythmique de Rondes de printemps est exemplaire grâce à une battue cravacheuse, en plus d’une utilisation remarquable des altos, groupe dont seuls les chefs inspirés savent réellement se servir.

En dernière partie, Noseda offre à la Philharmonie une œuvre qui fut refusée au public parisien l’an dernier suite à la défection de dernière minute de Guennadi Rozhdestvenski devant le même orchestre. La proposition aurait sans doute été différente sous les mains de l’expérimenté Russe, mais Noseda n’est pas novice en la matière, et s’il ne recherche pas dans Les Cloches de Rachmaninov l’émotion qu’y a mise Evgeny Svetlanov lorsqu’il a programmé le poème symphonique pour le dernier concert de sa vie (l’enregistrement existe chez ICA Classics), Noseda est loin d’être hors-sujet. Il n’oublie pas l’orchestre, ni le chœur qu’il possède pour l’occasion, et continue à utiliser sa légèreté comme ses couleurs, dans les cordes et dans les bois, ainsi que la clarté naturelle des harpes et du célesta.

Le ténor porte superbement la première partie Allegro ma non tanto, même s’il se met trop en avant face à la partition. Dans la suivante, Noseda utilise particulièrement ses cordes graves et toujours les altos pour construire un tapis sonore idéal pour que se développent l’éclat de la soprano ainsi que les passages du Chœur de l’Orchestre de Paris, dont ressortent également les sopranos dans une magnifique coda, en même temps qu’apparaissent finement les cloches. tient magnifiquement sa partie grâce à un timbre particulièrement ravissant dans le haut de la tessiture.

Le Presto permet d’exalter le chœur, avant le terrible dernier mouvement, Lento d’une puissance émotionnelle très particulière, surtout lorsqu’il est chanté par une basse aussi impliquée que . Dans un autre contexte, il y aurait à redire sur la qualité de la ligne ou sur la tenue des passages les plus hauts, mais Vaneev résume dans son chant toute l’histoire de la Russie et livre des instants de magie, auxquels s’ajoutent les accents glabres du basson et l’incroyable sensibilité du cor anglais. Il est maintenant permis de rêver d’un prochain directeur pour l’Orchestre de Paris…

Crédits photographiques : Gianandrea Noseda © Ramella & Giannese

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