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Stilles Meer de Hosokawa à Hambourg

La Scène, Opéra, Opéras

Hambourg. Staatsoper. 2-II-2018. Toshio Hosokawa (né en 1955) : Stilles Meer (Mer calme), opéra sur un livret de Oriza Hirata, traduit en allemand par Dorothea Gasztner et adapté par Hannah Dübgen. Mise en scène : Oriza Hirata. Décor : Itaru Sugiyama. Costumes : Aya Masakane. Avec : Mojca Erdmann, Claudia ; Mihoko Fujimura, Haruko ; Bejun Mehta, Stephan ; et Johann Kristinsson, Alin Anca, Sienna Schumann. Orchestre Philharmonique de Hambourg, direction : Kent Nagano.

Stilles Meer-2725-originalUne œuvre contemporaine émouvante et remarquablement chantée revient à Hambourg.

Peut-être devrait-on toujours procéder ainsi : ne pas aller voir les opéras nouveaux à leur création, mais lorsqu’ils sont repris. Stilles Meer de , a été créé par l’Opéra de Hambourg en janvier 2016. Il est repris, toujours en saison hivernale, pour quelques représentations deux ans plus tard. Une fois l’agitation médiatique de la première retombée, que reste-t-il de cette Mer calme ? Née de l’émotion suscitée par la catastrophe de Fukushima, l’œuvre ne tombe pas dans le prêchi-prêcha moralisateur comme le récent Kein Licht de Nicolas Stemann et Philippe Manoury, ce qui est fort salutaire.

Le livret, comme la mise en scène, sont signés d’un des plus célèbres metteurs en scène japonais, Oriza Hirata, que le public français a pu découvrir par exemple lors d’une rétrospective au Festival d’Automne 2016. Il est toujours difficile de parler de notre monde à l’opéra, genre non pas du passé, mais du temps long, qui a besoin d’une profondeur de champ pour ainsi dire mythique pour fonctionner. Au cœur de l’opéra, le deuil, celui d’un enfant parti pêcher et jamais revenu ; sa mère continue à le chercher comme la mère folle du Sumidagawa, que les amateurs d’opéra connaissent par l’adaptation qu’en a fait Britten, en contexte chrétien, sous le titre Curlew River : c’est par une forme d’identification que Claudia parvient à la fin de l’opéra à accepter la mort de son fils. Hirata a choisi une mise en scène d’une grande sobriété pour cette création : un peu plus de diversité et de volonté interprétative n’aurait pas nui.

La musique de Hosokawa garde cette distance, notamment parce qu’elle renonce à cette unité intime de l’orchestre et du chant qui nous est familière à l’opéra. Le son orchestral, né en guise d’ouverture puis d’interlude de longs passages aux percussions, est travaillé dans sa couleur, dans sa dynamique, dans sa matière même, plutôt que dans l’idée d’une évolution : il y a là sans doute une forme d’écriture contemplative, pour ainsi dire abstraite, qu’on pourra rattacher au Japon, mais c’est aussi une manière passionnante d’écrire les flux et reflux de l’émotion, qui ne se laissent pas enchaîner à la valeur explicite des mots.

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Une des qualités majeures de cette musique est son adéquation aux voix des interprètes de haute qualité que lui a offerts l’Opéra de Hambourg. et étaient déjà là à la création, a accepté d’apprendre le rôle de Claudia pour cette reprise : elle seule est confrontée à un défi de virtuosité, dans l’aigu surtout ; on entend parfois quelques duretés quand la voix se tend. La splendeur des timbres des trois protagonistes n’impose jamais le sacrifice des mots, et c’est un plaisir que de découvrir une œuvre nouvelle sans être suspendu pendant toute la soirée aux surtitres. Les autres personnages de l’opéra ont pour mission d’éclairer le contexte de Fukushima, la zone interdite, les dangers persistants, le récit de la catastrophe : c’est peut-être nécessaire, mais c’est beaucoup moins intéressant. L’opéra gagnerait à être encore plus resserré sur le trio central ; dans sa forme actuelle, il n’en témoigne pas moins de la capacité intacte à donner une résonance artistique à nos émotions contemporaines.

Crédits photographiques : © Arno Declair (2016)

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