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À Genève, Sonya Yoncheva, la voix d’une star

Concerts, La Scène, Opéra

Genève. Opéra des Nations. 4-II-2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : (Nabucco) Ouverture, (Il Trovatore) Tacea la notte placida…, (I Lombardi alla Prima Crociata) La mia letizia infondere…, (Luisa Miller) Ouverture, Tu punisci, O Signore…, (La Forza del Destino) Ouverture, Pace, mio Dio…, (Don Carlo) Tu che la vanità…, (Attila) Oh, nel fuggente nuvolo…, (La Traviata) Lunge da lei…, Parigi, o cara…, Gran Dio ! Morir si giovane… Sonya Yoncheva, soprano ; Marin Yonchev, ténor. Orchestre de Chambre de Genève, direction : Francesco Ciampa.

Sonia-Yoncheva.01Un Théâtre des Nations plein à craquer pour recevoir la star lyrique du moment, , qui s’est avérée à la hauteur de sa réputation.

La Bulgarie a donné quelques-unes parmi les plus grandes voix du théâtre lyrique, avec les basses Boris Christoff, Nicolaï Ghiaurov, Nicolaï Ghiuselev, et quelques grandes divas, à l’image de Raïna Kabaivanska, Alexandrina Milcheva, Ghéna Dimitrova ou encore Svetla Vassileva. Avec la soprano , c’est une nouvelle star bulgare qui impose sa voix au monde lyrique. Son ascension rapide, irrésistible et incontestée suscite soudain la revendication de tous ceux qui croient en avoir été les artisans. Ainsi, le Grand Théâtre de Genève s’enorgueillit d’avoir compté la soprano parmi les membres de son chœur, comme le Conservatoire genevois de l’avoir eue parmi ses étudiants.

Après une ouverture de Nabucco, avec toute l’ascension sonore qui se développe jusqu’au tonnerre de l’accord final, Sonya Yoncheva s’avance pour ouvrir son concert avec Tacea la notte placida, l’ardente romance amoureuse de Leonora dans Il Trovatore. On s’attend à une attaque en mezza-voce. Comme pour tester la salle. Comme pour chauffer la voix. Mais, sans que la musicalité du propos verdien ne soit en rien dénaturée, c’est une voix immense qui investit l’espace. Passant aisément au-dessus de l’orchestre, la salle du Théâtre des Nations avec ses mille cent places paraît soudain trop exiguë. Quelle force ! Quelle puissance ! Quel legato ! Puis, dans la cabalette, la soprano développe avec aisance l’agilité nécessaire à cette partie difficile sans pour autant lâcher quoi que ce soit de son intensité vocale. Sur tout le registre, elle développe une grande richesse de couleurs, souvent brunes et mordorées, jamais agressives.

Passé cet impressionnant premier contact, et rompu à des années de récitals, le spectateur tente de se remémorer quand il a pu entendre pour la dernière fois, dans cette institution, une aussi grande voix, aussi homogène, aussi admirablement contrôlée. Même si un récital avec orchestre reste plus spectaculaire et peut-être moins subtil que celui avec l’accompagnement d’un seul piano, il y a dans la voix de Sonya Yoncheva, une extraordinaire verticalité, sceau de l’évidence du chant des seuls grands chanteurs. Une assise de l’émission, tel un roc inébranlable. Elle le prouve dans les dernières mesures de son Pace, mio Dio de La Forza del Destino lorsqu’elle lance avec une force inouïe, son bras s’élevant lentement vers le ciel, les terrifiants Maledizione, maledizione, maledizione !

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L’évidence qui habite Sonya Yoncheva l’accompagne lorsqu’elle chante, comme quand elle marche. Parfaitement centrée dans son corps comme dans son chant, elle semble inébranlable. Elle le démontre encore dans Tu che le vanità de Don Carlo, qu’elle chante dans sa version française, ainsi qu’elle l’a donné lors des représentations parisiennes du chef-d’œuvre de Verdi.

Accompagnant la soprano, , son frère de sept ans son cadet, membre du chœur auxiliaire du Grand Théâtre de Genève, est visiblement stressé et impressionné par l’importance du rendez-vous. Il s’engage dans un La mia letizia infondere… tiré de I Lombardi alla Prima Crociata dont les aigus le mettent rapidement en difficulté, mais il réussit à vaincre son trac lorsqu’il chante avec sa sœur Parigi, o cara… de La Traviata, où la voix de Sonya Yoncheva se fait subitement plus légère et ensoleillée que jusqu’ici, prouvant que sa palette vocale comporte bien des couleurs. Elle reprend toutefois la voix du drame lorsqu’elle envoie enfin un déchirant Gran Dio ! Morir si giovane.

Avec ce récital, la soprano désarçonne avec sa sérénité et éblouit avec sa solide connaissance du chant. S’il faut bien reconnaître qu’il est difficile dans l’espace de quelques minutes de se mettre dans l’esprit des personnages qu’elle chante, on peut espérer qu’avec l’expérience, elle osera prendre le risque d’un peu de folie, folie qui l’amènera à donner à tout instant les teintes de l’émotion qui feraient d’elle la Yoncheva, comme on disait la Callas ou la Tebaldi.

L’ se révèle également un bon soutien, dirigé avec énergie par le chef . Bien évidemment, le public a réservé un triomphe mérité à cette soirée, couronnée par un Brindisi de La Traviata, chanté au terme d’un récital qui devrait faire date dans les annales du Grand Théâtre de Genève.

Crédit photographique : © GTG / Magali Dougados

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