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Bach en sept paroles par Pygmalion, cinquième épisode

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Philharmonie – Cité de la Musique, Salle des concerts. 6-II-2018. Nikolaus Bruhns (1665-1697) : cantate De Profundis clamavi ; Franz Tunder (1614-1667) : cantante Ach Herr, lass deine lieben Engelein ; Dietrich Buxtehude (c. 1637-1707) : Klag-Lied BuxWV 76 ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : cantate Aus der Tiefen rufe ich, Herr, zu dir BWV 131 ; cantate Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit BWV 106 ; cantate Christ lag in Todesbanden BWV 4. Maïlys de Villoutreys, soprano ; William Howard Shelton, contre-ténor ; Reinoud van Mechelen, ténor ; Tomáš Král, baryton ; Ensemble Pygmalion, direction : Raphaël Pichon

william_shelton_corinne_vaglioAvec le thème « Des profondeurs », et l’ nous convient à un voyage aux origines de l’œuvre de , à la Cité de la Musique.

« Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur ». Ce célèbre psaume, qui a beaucoup inspiré les compositeurs, est le point de départ d’un concert qui célèbre l’aspiration de l’âme humaine à s’élever vers Dieu. Alors que le troisième épisode du cycle sonnait comme une exhortation venue d’en haut à se préparer à la venue du Christ, celui-ci donne davantage la parole au fidèle, confronté au péché et à la mort et se remettant tout entier dans les mains du Seigneur. Quelques jours après les concerts du quatrième volet « Châtiments », qui regroupait des cantates des périodes ultérieures de Weimar et de Leipzig, Pygmalion propose ici un itinéraire dans les origines de la musique de Bach. Les trois cantates ont toutes été choisies parmi le petit corpus de la période de Mühlhausen (1707-1708), c’est-à-dire parmi les plus anciennes œuvres vocales conservées. Elles sont ici accouplées, sans pause, à de courtes cantates ou motets de compositeurs d’Allemagne du Nord ayant eu une influence sur le jeune Johann Sebastian.

Le concert s’ouvre ainsi sur le De Profundis mis en musique pour voix d’alto par , un élève de Buxtehude. , de sa voix bien assurée et bien timbrée, signe une entrée en matière idéale. Il est bien soutenu par un accompagnement riche, aux voix savamment entremêlées, tenu par les cordes et un continuo pléthorique. Suit la cantate BWV 131, écrite à partir de la traduction allemande du même psaume. Le très beau son du hautbois, l’alternance du chœur et des solistes ainsi que l’intense beauté de la partition font du chœur d’ouverture un moment saisissant. Dans l’air de basse « So du willst, Herr, Sünde zurechnen », , habitué à ce répertoire notamment avec Vox Luminis, est convaincant. Le baryton, qui remplace au pied levé Thomas E. Bauer, force cependant son timbre par moment dans les aigus. Grande éloquence, timbre éclatant et ligne sans faille : est quant à lui impeccable dans l’air de ténor. Le très beau chœur final est d’une grande plénitude, mais la partie en canon pourrait être moins précipitée et plus sereine.

Le couple d’œuvres suivant explore les deux faces de la mort : déploration et fatalité d’un côté, et joie de retrouver le Créateur de l’autre. D’abord avec un court motet de , prédécesseur de Buxtehude à Lübeck. Le dispositif est le même que chez Bruhns, mais la voix de , claire et délicate, a du mal à ressortir du tapis sonore tissé par les instruments. Puis c’est la cantate BWV 106, avec ses deux violes de gambe (Julien Léonard et Nick Milne), ses deux flûtes à bec ( et Évolène Kiener) et ses mélodies sublimes. On peut là aussi regretter une tendance aux tempos rapides, ne permettant pas de profiter pleinement de la beauté de cette musique, comme dans la Sonatina et le chœur inauguraux. Au moins l’interprétation est-elle sans faille et les airs, y compris le « Heute wirst du mit mir » de depuis le balcon en dessus de scène pour la seule incarnation du Christ de la soirée, sont tous réussis.

La dernière partie s’ouvre par une saisissante élégie composée par Buxtehude pour la mort de son père. L’expression de la douleur, puis de l’apaisement et de la sérénité, est superbement portée par la voix de . Le contre-ténor à la prononciation allemande impeccable donne l’impression de véritablement vivre chacun des mots qu’il prononce, sans pour autant en faire trop. Enfin, à tout seigneur tout honneur, le programme se clôt par l’évocation, par Luther lui-même, de la mort et de la résurrection du Christ, avec la célèbre cantate de Pâques BWV 4 dans sa version complétée de 1725. Est-ce l’unité conférée par la reprise du même thème de choral tout au long de l’œuvre, la puissance de la partition, ou bien encore la différence moins marquée entre airs et chœurs du fait d’avoir choisi de chanter plusieurs airs en chapelle ? Toujours est-il que tout est plus cohérent, plus saisissant même, malgré l’absence des trombones et du cornet prescrits par Bach. Les tempos relativement rapides ne dérangent plus, et l’on sort pleinement convaincu par cette interprétation d’une énergie peu commune.

Crédit photographique : William Howard Shelton © Corinne Vaglio

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