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Maurice Béjart, le démiurge

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Béjart, le démiurge. Biographie. Ariane Dollfus. Editions Arthaud. 448 pages. Novembre 2017.

 

Qui était véritablement ? Dans un livre exhaustif et fouillé, Ariane Dollfus, journaliste et critique de danse, tente de répondre à la question. Elle dresse un portrait à la fois tendre et ambivalent de celui qui fut le mal-aimé de la danse française et le gourou de la danse mondiale pendant la seconde moitié du XXe siècle.

Dans un souci d’exhaustivité, la journaliste Ariane Dollfus a opté pour un traitement thématique de la vie et de l’œuvre du chorégraphe marseillais. Elle n’en occulte ainsi aucune facette, allant de sa frénésie de voyages à sa relation avec les danseurs, de ses aspirations spirituelles aux rendez-vous plusieurs fois manqués avec la France.

Il en résulte un portrait mosaïque, qui, après une approche purement biographique rapidement brossée, allant de sa naissance à Marseille le 1er janvier 2017 à sa mort, le 22 novembre 2007, approfondit chaque aspect de sa riche carrière en tant que danseur, puis chorégraphe et directeur de compagnie.

Après ses premiers engagements comme danseur à l’Opéra de Marseille ou aux Ballets de Paris à la fin des années 40, c’est le 26 juillet 1955 avec la création de Symphonie pour un homme seul, dont la musique est signée et , que  » naît  » le style Béjart. La reconnaissance de la critique et du public viendra quatre années plus tard, avec la création du Sacre du Printemps, puis du Boléro, au Théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, où il est engagé pour y créer le Ballet du XXe siècle avec quarante danseurs. La France a laissé partir son fils prodigue, qui ne sera jamais nommé à la tête d’une compagnie française.

Ariane Dollfus revient en détail sur ces années fertiles, où la danse contemporaine est devenue un loisir de masse, avec des spectacles dans des palais des sports ou des amphithéâtres et de grands messes chorégraphiques célébrées dans le monde entier, d’Athènes à Buenos Aires, de Tokyo à New-York. Elle s’attarde aussi sur les grands danseurs qui ont marqué de leur empreinte les principaux ballets de : Suzanne Farrell, , au sein du Ballet du XXe siècle, mais aussi Maïa Plissetskaïa, , ou . Elle ne manque pas non plus d’évoquer les relations  » politiques  » qui ont conduit la Belgique, puis la Suisse à accueillir favorablement ses exigences et lui donner les meilleures conditions pour travailler alors que l’Opéra de Paris n’a jamais vraiment su quoi lui proposer.

Au fil des pages ressurgissent les images les plus marquantes des créations béjartiennes, L’Oiseau de feu, le Boléro, la Messe pour le temps présent, Le Chant du compagnon errant ou Arepo. Si les circonstances de la création elle-même sont parfois simplement rappelées, d’autres passages du livre permettent de les éclairer à la lumière du choix d’une distribution, d’un partenariat avec un théâtre ou avec un autre artiste. Rappelons que Maurice Béjart fut un chorégraphe très productif, ayant créé près d’une cinquantaine de ballets majeurs durant sa longue carrière…

Pour rédiger cette première biographie exhaustive et raisonnée de Maurice Béjart, Ariane Dollfus s’est appuyée sur une ressource documentaire considérable. Le chorégraphe a accordé pas moins de quatre livres d’entretiens, il a lui-même publié de nombreux textes. Ses danseurs et collaborateurs ont aussi eu l’occasion de revenir par écrit sur les années passées avec lui, le montrant ainsi dans ses relations de travail. Ariane Dollfus a surtout complété ces sources par des entretiens exclusifs qu’elle a menés avec des témoins aussi divers que , Hugues Gall, , Julien Favreau, , Nadine Trintignant, la cousine de Béjart ou la shahbanou Farah Pahlavi, qui le soutiendra et le fera inviter en Iran.

On apprend beaucoup en lisant ce livre, où Ariane Dollfus fait revivre cinquante années de danse d’une plume vivante et généreuse. Monstre sacré, Maurice Béjart a très tôt rencontré son public. Pygmalion, il a transformé certains de ses danseurs en dieux vivants, profitant lui-aussi de la lumière et de l’amour des spectateurs à travers la planète. Béjart. Le démiurge en fait un personnage hors du commun qui appartient à une époque définitivement révolue.

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