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Le fascinant Tristan de Saburo Teshigawara à Metz

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Metz. Arsenal. 9-II-2018. Tristan, conception et chorégraphie de Saburo Teshigawara. Danse : Saburo Teshigawara, Rihoko Sato. Musique enregistrée (extraits de l’opéra de Wagner)

Saburo Teshigawara_cop_Akihito AbeTeshigawara fait bien mieux que d’illustrer la musique de Wagner, il en explore les forces primitives.

D’abord la musique : le prélude du premier acte de l’opéra de Wagner, in extenso. La scène reste constamment dans l’obscurité, des découpes éclairant, en des points variés de la scène, tantôt elle, tantôt lui, en mouvement ou non, mais toujours seuls : c’est le temps où chacun de son côté se débat dans la pénombre, inconscient de l’autre, enfermé en lui-même. La rencontre entre ces deux-là n’est pas une apothéose : certes, les lumières dessinent alors une croix en guise de chemins qui se croisent, mais les corps ne se touchent qu’à peine.

La pièce vit de ses deux exceptionnels interprètes, le chorégraphe lui-même et sa collaboratrice régulière . Lui amène en scène une présence minérale, celle d’un corps nourri par des décennies d’expérience du monde et de la scène ; elle, aussi profondément ancrée dans le sol, mais faisant sien l’espace autour d’elle, avec un admirable travail des bras qui semblent sans cesse l’attirer vers le haut. Le prélude de l’acte II, le moment où Isolde attend Tristan, est d’une force tellurique qui coupe le souffle. Attente, plutôt que désir : cette rencontre est moins charnelle que spirituelle, et elle est moins un éblouissement qu’une lueur dans la nuit.

Qui sont-ils ? Ce n’est pas là ce qui intéresse Teshigawara, pas plus que les détails de la narration : pas d’accessoires, pas de personnages secondaires, et si Tristan s’effondre sous les coups de Melot, il n’est pas besoin de montrer l’épée. Il y a dans cette abstraction, dans cette manière de ne pas s’arrêter à l’anecdote, un fil conducteur de l’art de Teshigawara en même temps qu’une caractéristique topique de l’art japonais ; mais, en moins d’une heure, elle réussit à dire l’essentiel, avec délicatesse, avec pudeur, mais aussi avec une force et une évidence qui valent tous les développements.

Crédit photographique : © Akihito Abe

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