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Voyage avec Chostakovitch de Moscou au Paradis, logement compris

La Scène, Spectacles divers

Paris. Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet. 14-II-2018. D’après Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Moscou Paradis, comédie musicale librement inspirée de « Moscou, quartier des cerises », sur un livret de Vladimir Mass et Mikhail Chervinsky. Mise en scène : Julien Chavaz. Scénographie : Lea Hobson. Costumes : Severine Besson. Maquillages et perruques : Sanne Oostervink. Chorégraphie : Nicole Morel. Lumières : Eloi Dianini. Avec : Scheva Tehoval, Lidotchka ; William Berger, Boris ; Jean-Pierre Gos, Babourov ; Steven Beard, un concierge ; Seraina Perrenoud, Lioussia ; Sergiu Saplacan, Sergueï ; Alexandre Diakoff, Drebedniov ; Cassandre Stornetta, Vava ; Nina van Essen, Macha ; Yannis François, Sacha. Opéra Louise, direction : Jérôme Kuhn.

opera_louise_mp-m-dougados-0495_1000_1000Rythmée et cocasse, folie profonde tout autant que musique légère, cette nouvelle adaptation présentée au Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet de Moscou Tcheriomouchki de Chostakovitch, intitulée Moscou Paradis, se révèle agréablement inventive : musicalement, grâce à et une distribution sans complexe ni défaut ; visuellement, en raison d’une mise en scène ingénieuse de et des chorégraphies fantasques de .

Chostakovitch sur les terres de la comédie musicale… Voilà à quoi s’expose le spectateur de Moscou Paradis, comédie musicale librement inspirée de l’opérette du maître russe intitulée Moscou, Tcheriomouchki (Moscou, quartier des cerises), composée entre 1958 et 1959 sous le règne de Nikita Khrouchtchev, premier secrétaire du Parti communiste de l’Union soviétique et président du conseil des ministres, et présentée la première fois en France en 2004, à Lyon. Optimisme et légèreté se traduisent ici par une foule de mélodies entraînantes autant que sensibles, où jazz et valse côtoient ballades et marches militaires typiques de la culture musicale russe, par le biais d’une structure bien équilibrée proche des célèbres comédies musicales américaines. La capitale soviétique des années 60 s’y révèle avec humour et panache, au travers de la quête, pleine de verve et de justesse, d’un appartement dans une cité-dortoir, véritable paradis pour de nombreux Moscovites aspirant à vivre dans le « tout confort » que cette époque peut leur offrir. Même si les désillusions, les injustices et les désenchantements sont nombreux, la joie de vivre persévère malgré tout parmi l’ensemble des candidats, Moscou Paradis se révélant être une amusante critique de ce système, matérialisée notamment par l’affirmation d’un promoteur sans scrupule : « Maintenant, vous n’êtes plus des êtres humains, vous êtes des locataires ! »

Une « folie des grandeurs » attendrissante, parce que portée avec sensibilité par une distribution particulièrement en phase avec l’univers quelque peu déjanté de cette mise en scène rose bonbon de , où le kitsch des quelques éléments de scène (les façades d’immeubles symbolisées par des grandes toiles peintes manipulées par des techniciens à vue, les appartements représentés par des îlots amovibles) tout comme les costumes, perruques et maquillages excessifs, sont signes d’un monde fictif tout autant qu’utopique. Ils présagent aussi du dénouement rocambolesque qu’offre le livret de Vladimir Mass et Mikhail Chervinsky, grâce à un jardin enchanté où l’on dit seulement la vérité. La chorégraphie est inventive, dynamique, toujours dans l’esprit bon enfant de cette œuvre somme toute étonnante : parfois cocasse, parfois énigmatique, le travail de est réellement l’une des forces du spectacle.

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Cette version musicale d’, chantée en russe alors que le français est employé pour les textes parlés, est particulièrement bien amenée malgré le peu de moyens : seulement deux pianos et deux percussionnistes. Pour porter au mieux cette brillante orchestration, en fosse, Jérôme Kuhn relie avec assurance les quatre musiciens au plateau, là où chacun, avec fraîcheur et confiance, incarne au mieux soit le jeune couple marié, soit le père et sa fille suivie de près par son prétendant, soit le logeur sans cœur et sa femme vénale… Tout cela dans une succession de nombreux duos plus heureux les uns que les autres, ponctués par des ensembles précis et homogènes.

Un concierge silencieux avec un air hagard se promène entre ces saynètes qui se succèdent dans un rythme effréné, et une atmosphère lourde et glaçante s’installe à chacune de ses apparitions. Celles-ci symbolisent surtout l’enjeu politique de cette trame au premier abord guillerette, véritable moyen de propagande d’un pouvoir enclin à la censure ; Chostakovitch la détourne avec intelligence, ce que cette mise en scène révèle avec attention.

Crédits photographiques : © Magali Dougados

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