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David Greilsammer et le Geneva Camerata à Martigues

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Martigues. Théâtre des Salins. 12-II-2018. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Bourrée du mariage forcé ; Marche pour la cérémonie des Turcs, extrait du Bourgeois Gentilhomme. Henry Purcell (1659-1695) : Prélude et extraits de The Fairy Queen. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Contredanse en rondeau des Boréades ; L’Orage de Platée. Charles Ives (1874-1956) : The Unanswered Question, Asks the Moon. Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour piano en Sol. Marin Marais (1656-1728) : Le Badinage. Yaron Herman, piano jazz. Ziv Ravitz, batterie. Geneva Camerata, David Greilsammer : piano et direction

maxresdefaultÀ l’occasion de la sortie de leur premier disque intitulé Sounds of Transformation, le et son chef, , actuellement en tournée à travers l’Europe, ont fait escale à Martigues dans un programme innovant. Plus qu’un simple voyage musical sensoriel et spatial à travers les époques et les styles, les musiciens proposent un spectacle à part entière dans lequel ils deviennent acteurs d’un processus libre de création en perpétuelle mouvance.

Sortir du cadre, bouleverser les codes et le cérémonial du concert classique font partie des aspirations de depuis ses débuts en tant que musicien. Avec cette performance scénique, on assiste véritablement à une « fantaisie réalisée » ancrée dans son temps. Le programme s’articule comme un palindrome permettant ainsi de placer des pièces classiques avec leurs jumeaux métamorphosés à divers endroits du concert. Celui-ci débute et s’achève avec Lully puis explore l’univers de Purcell, Ives, Rameau, Marais avec au centre Ravel avec son Concerto en Sol. En écho à cette composition centrale, chaque pièce baroque est alors transformée en version jazz, interprétée par le pianiste et le batteur , sur des arrangements de et de Massimo Pinca, contrebassiste du GECA. Lors de ce concert, notons la présence d’un autre contrebassiste, Jérémy Bruyère autant à l’aise dans le répertoire classique que jazz.

L’immédiateté du langage commun de cet ensemble nous frappe. L’authenticité d’approche, l’expression fluide créent une alchimie organique dans laquelle les musiciens respirent ensemble. Cela fonctionne à merveille quand le piano de improvise et ajoute des éléments jazz à la ligne mélodique initiale car rien n’est ici intellectualisé. Atmosphères planantes, textures pleines aux rythmiques contrastées… autant de décrochages émotionnels qui nous touchent. Ives et son mystère éthéré aux sonorités parfois discordantes nous plonge hors de l’espace-temps avant de venir toucher une pièce de Rameau puis Purcell avec un naturel confondant. Dans le registre baroque, l’interprétation est caractérisée par cette luminosité rafraîchissante. L’invitation à la danse et à la fête culmine avec le dernier morceau de Lully, la Marche pour la Cérémonie des Turcs, extrait de la « bande son » du Bourgeois Gentilhomme, grand classique de Molière.

Le Concerto en Sol reste l’une des œuvres virtuoses les plus innovantes de l’histoire de la musique. C’est aussi l’une des premières à avoir incorporé des éléments du jazz et du blues dans une composition à l’enveloppe « classique ». À travers une version colorée, exploite le raffinement rythmique et harmonique de la partition. Le piano, placé au centre des débats, semble par moment être devenu un instrument de l’orchestre. Le mouvement lent révèle une sensibilité épidermique, surtout côté clavier, même si l’approche plus raide du thème initial nous surprend avec une respiration inhabituelle côté main gauche.

Ce qui vient juste après Ravel porte loin l’imaginaire. Des associations instrumentales rares ouvrent de nouvelles portes. Quel groove entre Herman et le flûtiste ! Comme si on redécouvrait les possibilités de cet instrument. Autre temps fort, une improvisation de sur Rameau qui enchaîne avec l’Orage, extrait de Platée.

Le public réserve une longue standing ovation aux musiciens, qui ne se font pas prier pour prolonger la soirée. En prime, improvisation et trois rappels dont une incursion magnifique dans le répertoire negro spiritual Swing low, sweet chariot (avec le GECA au chant !) puis, la reprise du thème « samplé » de Fairy Queen.

Crédit photographique : © Geneva Camerata

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