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Laurence Equilbey et Insula irrésistibles au Grand Théâtre de Provence

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Aix-en-Provence. Grand Théâtre de Provence. 13-II-2018. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Triple concerto en do majeur pour piano, violon, violoncelle et orchestre op. 56. Louise Farrenc (1804-1875) : Symphonie n° 3 en sol mineur op. 36. Alexandra Conunova, violon. Natalie Clein, violoncelle. David Kadouch, piano. Insula Orchestra ; direction : Laurence Équilbey

EQUILBEY BEETHOVENLe concert donné au Grand Théâtre de Provence donne l’occasion à et à l’ de revisiter des œuvres incontournables et d’en faire découvrir d’autres de grande qualité.

Le concert débute par le Triple Concerto de Beethoven : trois solistes y sont réunis en une seule œuvre à mi-chemin entre le concerto, la musique de chambre et la symphonie. Interpréter cette œuvre sur instruments d’époque témoigne d’une démarche louable visant à se rapprocher le plus possible du son qu’on pouvait entendre au temps de Beethoven, avec ses caractéristiques expressives propres. Encore faut-il trouver le bon dosage. Toute l’expérience en la matière de et de l’ parle à travers une fine approche, sensible, qui va à l’essentiel pour restituer dans la plénitude de sa musicalité un caractère éminemment enjoué. Le concerto livre ainsi ses beautés subtiles. D’un côté, l’orchestre sculpte dans l’Allegro initial de majestueux phrasés, amples, où se mêlent la joie et cette rage sous-jacente caractéristique, sans trop appuyer les accents d’allure martiale. De l’autre, les solistes se fondent dans le paysage beethovénien pour s’exprimer avec sensibilité et enthousiasme. nous gratifie d’emblée d’une présence solaire, aux intonations lumineuses et vibrantes, constamment à l’écoute de ses partenaires. Le violoncelle de s’illustre par un jeu flexible dans lequel elle ne ménage pas ses effets. Sa ligne devient pudique et plus en retenue dans le touchant Largo. joue, quant à lui, sur un magnifique Pleyel, aux couleurs chaudes et boisées, moins clinquant et brillant qu’un traditionnel Steinway. La rondeur toute particulière de cet instrument est éloquente, mais il faut un réel engagement physique pour tenir les traits double forte. Le pianiste trouve une belle articulation digitale qui lui permet de varier les effets mais aussi de relancer le débat avec verve. L’irrésistible Rondo alla Polacca avec son caractère enjoué est un autre exemple probant de cette mise en place rigoureuse, mais jamais pesante. Les trois solistes rappellent ici qu’ils sont chambristes autant que virtuoses. Ils conversent à nouveau avec bonheur dans des passages enlevés en parfaite unité avec l’ensemble.

Après l’entracte, Laurence Equilbey présente l’œuvre qu’elle voulait faire découvrir au public : la Symphonie n° 3 de , compositrice française du XIXe siècle, épouse d’Aristide, un éditeur de musique marseillais. Elle est l’une des premières femmes à avoir enseigné au Conservatoire de Paris et a avoir obtenu le même salaire que celui de ses collègues masculins. C’est un plaisir de pouvoir entendre une compositrice française (ce n’est pas si fréquent), d’autant que la qualité de son travail est plus qu’évidente, avec une composition inspirée qui retient notre attention de bout en bout. L’esthétique des cordes, mais aussi des bois très en vue, fait ressortir la beauté expressive ainsi que la profondeur harmonique de chaque mouvement. De son pupitre, Laurence Equilbey saisit l’instant et dirige avec souplesse et précision. Les contrastes sont nombreux tout comme les couleurs. Climat empreint de grâce, mais aussi touches dramatiques, tempi vifs… Un parfum de Mozart flotte même dans la salle du Grand Théâtre au cours du serein Adagio.

Sous les nombreux applaudissements du public, les musiciens donnent un bis là encore rarement joué, un extrait du Domino Noir d’Auber.

Crédit photographique : © Michel Egea

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