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À Toulouse, la dynastie Bach par Jean Rondeau et ses amis

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse. Eglise Saint-Exupère. 14-II-2018. Johann Christoph Bach (1642-1703) : Wer Gott vertraut, hat wohl gebaut ; Johann Christian Bach (1735-1782) : concerto pour clavecin en fa mineur ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : sonate en sol majeur BWV 1039 ; concerto pour clavecin n°5 en fa mineur BWV 1056 ; concerto pour clavecin n°1 en ré mineur BWV 1052. Sophie Gent et Louis Creac’h, violon ; Fanny Paccoud, alto ; Emily Robinson, violoncelle ; Jean Rondeau, clavecin et direction

Les arts renaissants.Jean Rondeau.14.02.18-16Le claveciniste s’est entouré de jeunes musiciens talentueux pour faire revivre les concertos pour clavecin de la famille Bach dans son dernier enregistrement chez Erato. C’est cette formation, dans une distribution quelque peu remaniée, que les Arts Renaissants ont invitée à Toulouse, pour le plus grand plaisir du public présent à l’église Saint-Exupère.

On ne présente plus , le très médiatique « jeune prodige » du clavecin. Avec son allure d’homme des bois, on ne peut s’empêcher de penser au Scott Ross des années 70. Mais s’il en a l’apparence iconoclaste, il en a aussi la rigueur, celle d’un jeu parfaitement maîtrisé et respectueux des codes stylistiques.

Le programme s’ouvre par une pièce tout en retenue, transcription d’un prélude de choral pour orgue de , le premier grand musicien de la dynastie à la fin du XVIIe siècle. Le violon de y déroule tout en délicatesse la mélodie de choral sur un tapis harmonique subtile réalisé par les autres instruments. Puis, sans transition, on est invité à changer radicalement de monde et de siècle avec l’étonnant concerto en fa mineur attribué à , dernier fils de Johann Sebastian, le « Bach de Londres ». Une écriture complexe et tourmentée, toute en contrastes et en ruptures, où l’on sent nettement l’influence de Carl Philipp Emanuel, son frère aîné. Dans cette pièce, le clavecin concertant se fait volubile et Jean Rondeau laisse libre cours à sa virtuosité dans des cadences improvisées du meilleur effet. Pour conclure la première partie, une transcription d’une sonate en trio de que l’on entend habituellement pour deux flûtes traversières, remplacées ici par les deux violons. On connaît également la version de cette même sonate pour viole de gambe et clavecin obligé. Dans la formation proposée ici, on sent une parfaite écoute entre les musiciens, offrant un dialogue très équilibré entre les trois voix.

La deuxième partie du programme est consacrée à deux concertos pour clavecin de , très souvent entendus. Le premier, en fa mineur, déroule la joie simple de ses allegros dans un élan dynamique irréprochable. Au centre, un largo plus intense joué exclusivement sur les cordes pincées décrit une véritable dentelle sonore. Le second concerto, en ré mineur, présente une écriture plus complexe, riche de ruptures harmoniques, et met en valeur la virtuosité du clavecin dans les mouvements rapides. Les quelques mesures d’unisson par lesquelles s’achève le mouvement lent met en évidence la grande connivence d’écoute entre les six musiciens. Ils  offrent ensuite une nouvelle fois au public, en bis, le beau largo du concerto en fa, avec des pizzicatti très expressifs et un somptueux cantabile du clavecin.

On peut toutefois se demander s’il est judicieux de programmer ce concert dans une grande église. Les personnes assises au fond de la nef profitent-elles pleinement des subtilités de ce qui se passe dans le chœur, autour d’un clavecin dont la vocation sonore n’a jamais été de remplir une église ? Ces musiques étaient prévues pour les salons de l’époque, pas pour des salles de concert. Et la moquette qui tapisse le sol dans le chœur de Saint-Exupère n’est sans doute pas faite pour aider l’acoustique à rendre compte au mieux du talent des musiciens.

Crédit photographique : © Catherine Ulmet

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