Maria Savastano dans des cantates inédites de G. A. Ristori

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Giovanni Alberto Ristori (1692-1753) : Trois cantates pour soprano et ensemble : « Lavinia a Turno », « Didone abbandonata », « Nice a Tirsi » ; Concerto pour hautbois et cordes. Maria Savastano, soprano. Jon Olaberria, hautbois. Ensemble Diderot ; violon conducteur : Johannes Pramsohler. 1 CD Audax Records. Enregistré en août 2016 en la Gustav-Mahler-Saal de Toblach. Textes de présentation (avec traduction des textes chantés) en allemand, anglais et français. Durée : 68′.

 

ristori et l’ensemble Diderot nous convient à la redécouverte d’un compositeur italien attaché à la cour de Dresde et quelque peu oublié, Giovanni Alberti Ristori. Figurent ici trois cantates mythologiques tardives, aux récitatifs dramatiques et aux airs aussi admirables qu’enflammés, superbement défendues par la très prometteuse .

L’on pensait bien cerner l’histoire musicale de la cour de Dresde au XVIIIe siècle depuis la redécouverte des œuvres concertantes ou religieuses de Heinichen ou de Zelenka, la réhabilitation des opéras de Hasse, ou la connaissance plus approfondie de l’œuvre instrumentale de virtuoses-nés comme le violoniste Pisendel ou le luthiste Weiss. Or, le disque a permis de redécouvrir ces dernières années le nom de Giovanni Ristori, musicien attaché durant plus de quarante années à la Hofkappelle de Dresde, où il s’adonna à tous les genres musicaux, de la musique sacrée à l’opéra, de la sérénade vocale à la musique instrumentale concertante, souvent avec un égal bonheur. Comme pédagogue attitré auprès des enfants princiers, il accompagna en 1738 la princesse Marie Amélie lors de son mariage avec Charles d’Espagne, roi de Naples et des Deux-Siciles. Dans sa nouvelle fonction, il accomplit sans doute, outre les tâches d’éducation musicale, des misions de surveillance, voire d’espionnage de la jeune souveraine au profit de la cour de Dresde. C’est à son retour en terre saxonne que son style plus tardif s’affirma ; il fut sans conteste un des principaux maîtres qui firent connaître au nord des Alpes les noms et les œuvres lyriques de Pergolèse ou de Leo.

Les trois cantates proposées sur ce disque sont de quelques années postérieures à ce retour d’Italie : à partir de 1747, affecté aux services de la Dauphine Marie Antoinette, Ristori composa des cantates profanes très opératiques à l’usage de sa protégée, basée sur des textes princiers d’inspiration mythologique. Cette musique assez surprenante assure la parfaite jonction entre les derniers fastes du baroque finissant et l’émergence d’un style pré-classique très marqué par l’italianisme. Le résultat, tourné vers l’avenir par la recherche d’une nouvelle expressivité vocale, peut faire déjà songer aux premiers opéras du jeune Mozart. Et même si, formellement, les airs sont tous de type da capo, ils laissent place à un dramatisme tourmenté ou à une évocation suave de sentiments plus doux, assez étrangers à l’univers des affekts purement baroques.

Pour défendre ces œuvres, il fallait une soliste à la hauteur des exigences techniques et suggestives de cette musique, à vrai dire assez passionnante. La jeune soprano , déjà remarquée il y a une dizaine d’années en Papagena dans la production de la Flûte enchantée sous la direction de Thomas Hengelbrock à l’Opéra-Bastille, est parfaite et stylistiquement très impliquée. Son urgence dramatique est impressionnante et pleinement assumée dans les deux premières cantates inspirées de l’Énéide de Virgile : elles évoquent tantôt la trahison par son propre père, de Lavinia, qui doit abandonner le beau Turnus ; tantôt l’abandon plus célèbre de Didon par Énée. Mais notre soliste sait aussi se faire plus lascive et énamourée dans la cantate Nice a Tirsi, où la belle se lamente de l’absence de son compagnon, figuré ici par le hautbois inspiré de . Maria Savastano, dans les reprises da capo de chaque air, n’hésite pas à user d’une ornementation pleinement assumée et parfaitement réalisée. L’implication et la perfection instrumentale de l’ensemble Diderot, basé à Paris (comme son patronyme pouvait l’indiquer), donne une réplique épique à la brillantissime soprano.

Après ces somptueuses révélations (deux premières mondiales au disque), le Concerto pour hautbois, également inédit, proposé en guise de pause terminale apparaît quelque peu en retrait, tant par l’inspiration que par la réalisation de l’interprétation. Mais on l’aura compris, l’essentiel réside ailleurs, avec l’authentique révélation à la fois d’un maître injustement oublié et d’une jeune cantatrice indiscutablement à suivre ! La présentation exemplaire et le digipack de grand luxe font de ce CD un must pour tous les amateurs de chant baroque et classique, à recommander sans réserve.

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