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Le Chœur de la Radio bavaroise pour deux siècles de musique sacrée

Le est à la hauteur de sa réputation, chez plus que dans le répertoire ancien.

Deux siècles séparent les deux parties de ce concert d’abonnement du . La première partie s’ouvre par le Stabat Mater de Scarlatti, écrit pour dix voix, mais conservé seulement par des manuscrits qui ne précisent pas si et où interviennent des solistes ou un effectif plus large. Le chef a choisi une solution mixte, sans qu’on comprenne très bien les choix opérés, et ces allers-retours sonores entre masse chorale un peu terne et interventions solistes échouent à dissiper une impression de monotonie.

Chez Bach, cette impression de monumentalité se confirme et se révèle particulièrement embarrassante : là où la langue puissamment imagée du texte (« Fais face au vieux dragon ! ») appelle les contrastes et les audaces expressives, le chœur en reste à une interprétation trop sage, par moments franchement plate : peut-être est-ce en partie dû à une direction trop peu engagée ; peut-être aussi est-ce une tâche difficilement surmontable que de donner toute la souplesse nécessaire à un chœur aussi nombreux (une quarantaine de chanteurs), pour qui la musique « baroque » n’est pas une pratique quotidienne.

Heureusement, la perspective s’éclaire après l’entracte : la Messe pour double chœur de , que l’ensemble avait déjà interprétée cet été sous la direction d’Howard Arman, est une œuvre considérable, si décalée soit-elle par rapport aux avant-gardes de son temps, celui de sa composition (1922-1924) et plus encore celui de sa création (1963) : les modèles de Martin sont à chercher beaucoup plus loin dans l’Histoire de la musique, à commencer par la Passion selon saint Matthieu. Mais l’œuvre tire toute sa force de ce qu’elle est au plus haut point personnelle : la manière dont Martin éclaire de manière toujours diverse les différentes étapes du Credo en est un éminent témoignage. Le Chœur de la Radio bavaroise fait ici des merveilles en termes d’homogénéité, de construction d’un espace sonore vaste et habité, et, cette fois, d’expressivité : entendre un des meilleurs chœurs du monde dans une pareille œuvre est un grand moment, et une telle interprétation suffirait à la rendre populaire si elle n’était pas si rétive à révéler toutes ses richesses au disque.

Pour finir le concert, le chœur interprète le Requiem de Pizzetti, lui aussi a cappella, lui aussi nourri de plusieurs siècles de polyphonies sacrées, et composé précisément à la même époque que l’œuvre précédente. Avouons-le, elle souffre un peu de la comparaison : l’habileté de Pizzetti à jouer de ses modèles est certaine, le caractère personnel de l’exercice l’est moins – mais le plaisir purement sensuel des voix du Chœur de la Radio bavaroise, lui, est intact.

Crédit photographique : © Astrid Ackermann