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Nice met Norma à mort

La Scène, Opéra, Opéras

Nice. Opéra. 22-II-2018. Vincenzo Bellini (1801-1835) : Norma, opéra en deux actes sur un livret de Felice Romani, d’après le tragédie d’Alexandre Soumet Norma ou l’infanticide. Mise en scène : Nicola Berloffa. Décors : Andrea Belli. Costumes : Valeria Donata Betella. Lumières : Marco Giusti, reprises par Marjolaine Uscotti. Avec : Yolanda Auyanet, Norma ; Alessandra Volpe, Adalgisa ; Karine Ohanyan, Clotilde ; Walter Fraccaro, Pollione ; Sergey Artamonov, Orovese ; Marc Larcher, Flavio. Chœur de l’Opéra de Nice (chef de chœur : Giulio Magnanini) et Orchestre Philharmonique de Nice, direction : Renato Balsadonna

NORMA_4 - Opéra Nice Côte d'Azur ©JausseinTrès belle partie musicale pour cette Norma niçoise. Importée de Saint-Gall où elle a été créée en 2016, elle s’appuie sur une production intelligemment remise au goût du jour.

Si, comme le rappelle le programme de salle, « les indiens d’Amérique, la Gaule, les siècles barbares et obscurs » étaient à la mode au temps de Bellini, ce n’est plus guère le cas aujourd’hui et l’on sait gré à de nous épargner, dès la première image, les sombres forêts d’une tradition qui fait encore trop souvent écran à la folie amoureuse de l’héroïne.

Berloffa se démarque des Norma les plus récentes (du si consensuel McVicar à New York comme du kitsch hideux de Liège) en déplaçant les dilemmes au XIXe siècle. Les superbes costumes Second Empire de Valeria Donata Betella évoluent dans un très crédible (quoiqu’un peu sous-employé) décor de palais en ruine sur deux étages qui n’est pas sans rappeler le dispositif de Claus Guth pour son Ariane et Barbe-bleue. Pour les scènes intimes, le paravent d’un intérieur dépouillé s’inscrit dans cette belle architecture. La guerre est passée et repassera par là. Les hommes, tous soldats ou officiers, s’appuient sur des béquilles. Les femmes font la toilette mortuaire d’un gisant posé sur une pierre tombale de guingois. C’est là qu’après son terrible aveu Norma sera lapidée de coups de poings par les mêmes qui, passées du statut de Bienveillantes à celui d’Erinyes, deviendront, au nom de la vindicte populaire sinon de jalousies recuites, de vengeresses bacchantes, Pollione finissant, quant à lui, transpercé par l’épée d’Orovese. On le voit : pas de druides mais une armée en déroute, pas de cueillette de gui mais une brassée de fleurs déposée sur une tombe, pas de lune sinon un contre-jour dans une rangée de volets à claire-voie et pas non plus le moindre bûcher. Pourtant, sans être à proprement parler géniale, sans atteindre à la réussite de l’audacieuse transposition dans une école sous l’Occupation du tandem Leiser/Caurier, la Norma de Berloffa, bien qu’affranchie des didascalies les plus encombrantes, convainc par la hiératique noblesse du classicisme qu’elle s’est inventé, par la beauté d’éclairages parfaitement ajustés à cette histoire nocturne, et par l’attention portée à sa direction d’acteurs. Il n’y a plus qu’à écouter.

NORMA_5 - Opéra Nice Côte d'Azur ©Jaussein

Au début de chaque acte, Renato Balsadonna n’accorde que quelques mesures de cohésion aux cordes pour ensuite obtenir de l’ une prestation captivante avec une gestion idéale de la chambre et du péplum. L’intérêt est constamment tenu sous pression, ce qui n’est pas l’évidence dans une œuvre où l’on chante longuement le plus souvent seul, à deux, voire à trois, où les effets scéniques sont somme toute bien chiches. Le chef italien se révèle aussi attentif au souffle de l’œuvre, aux nombreuses beautés de son orchestration, qu’aux chanteurs, qui, quoique méconnus du grand public, relèvent avec une grande maîtrise les difficultés bien connues d’un opéra qui l’est davantage encore.

Le trio de tête est de choix. La Norma de , à laquelle on ne chipotera qu’un relâchement très fugace sur quelques aigus passés en force ou une vocalisation encore un peu brumeuse, possède des trésors de délicatesse dans les attaques. Ne craignant pas l’endurance, elle est cette tragique Norma rongée par ses sentiments qu’a voulue Berloffa. possède de solides moyens vocaux. Soulagé d’avoir échappé aux jupettes, aux bouclettes et aux sandales, il peut s’adonner à un Pollione ultra-crédible. complète le trio infernal avec le velours d’une voix qui confère une présence et beaucoup de chaleur à Adalgisa. La mise en scène révèle aussi la belle Clotilde de , rôle trop souvent relégué dans l’ombre de la hutte. Le juvénile nous change également des Orovese pontifiants de l’Histoire. La diction alla francese de apporte un beau relief au si bref Flavio. Le Chœur de l’Opéra de Nice referme en beauté le paquet-cadeau musical de la soirée. À noter, en ce soir de dernière, que les applaudissements les plus nourris parviennent davantage des hauteurs que d’un parquet plus placide, venant ironiquement rappeler que l’architecture intérieure de l’Opéra de Nice n’est pas sans faire songer à celle de La Scala.

Crédits photographiques : © Dominique Jaussein

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