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Concours de promotion du Ballet de l’Opéra de Paris : une année sans première danseuse

Le Concours annuel de promotion du Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris réserve toujours quelques surprises. Cette année, le poste très convoité de Première danseuse n’a pas été pourvu, de manière quelque peu cruelle pour la classe des sujets qui n’a pourtant pas démérité. Chez les garçons, en revanche, le talentueux a accédé au rang de Premier danseur.

La classe des quadrilles femmes comptait dix-huit prétendantes au titre de coryphée pour deux postes seulement. Sauf catastrophe, il semblait difficile à Bianca Scudamore de ne pas obtenir l’un des deux postes. La danseuse australienne, finaliste du Prix de Lausanne 2015, s’est fait remarquer dans le spectacle de l’École de danse et a intégré le corps de ballet en septembre 2017. Si sa belle prestation en imposé et le choix courageux de la redoutable variation Études d’, lui ont permis d’obtenir un poste, une chute de pointes la place en deuxième position derrière Caroline Osmont. Cette dernière a dansé avec beaucoup de grâce la variation imposée, Soir de fête de Léo Staats, et a joué à bon escient la carte de l’audace et de l’humour en choisissant AREPO de en libre. L’on retiendra également le somptueux Paquita de Seohoo Yun, tout en retenue et délicatesse, et le moment artistique offert par Clémence Gross avec Les Mirages de . Attendue de par sa distinction par la direction qui lui a confié le rôle d’Olga dans les récentes représentations du ballet Onéguine, Naïs Dubosc n’a pas donné la pleine expression de son potentiel dans ce concours mais occupe néanmoins la troisième place du classement.

Chez les coryphées, la variation imposée (Paquita dans la version de ) présentait un passage très difficile enchaînant pirouettes arabesques, double tour attitude et double tour en dehors. La réussite ou non de ces tours permettait de départager les danseuses de manière objective. Les deux postes de sujet ont été attribués à , qui s’était distinguée en 2017 en remportant le Prix de danse du Cercle Carpeaux, et à . Ce classement reflète bien les prestations réalisées : a exécuté une très belle variation imposée, réussissant avec brio l’enchaînement de pirouettes. Pour sa variation libre, le choix du Cygne blanc s’est révélé payant, même si son interprétation manque encore de maturité. a fait preuve d’une belle personnalité artistique en dansant Carmen de Roland Petit avec beaucoup de caractère. On retiendra aussi la très jolie interprétation de Camille Bon dans la variation de l’Automne tirée de Four Seasons de Robbins.

Enfin, la très attendue classe des sujets comportait plusieurs prétendantes de poids au titre de première danseuse. On mentionnera notamment , malchanceuse au concours malgré ses qualités de solistes reconnues, , danseuse à la personnalité artistique affirmée, aussi à l’aise dans le classique que dans le contemporain, et Éléonore Guérineau, qui n’arrive pas, depuis des années, à dépasser le grade de sujet, malgré de très beaux concours.

La variation imposée, extraite de Diane et Actéon d’Agrippina Vaganova, a permis de faire ressortir les qualités de et qui ont toutes deux réalisé un sans faute techniquement et ont insufflé un supplément d’âme à cette variation.
Un tour arabesque manqué par Héloïse Bourdon dans la variation d’Aurore de La Belle au bois dormant lui aura sans doute coûté le poste, confirmant la malédiction qui pèse sur la danseuse, fragile en concours. Les belles prestations de Marion Barbeau dans Giselle et d’Éléonore Guérineau, ensorcelant Cygne noir, ne leur ont cependant pas permis de remporter l’adhésion du jury. Il faut saluer également le courage de , de retour dans le concours après plusieurs années d’absence, qui n’a pas démérité. Aucune de ces danseuses ne sera parvenue à remporter la majorité absolue des votes du jury, laissant le poste de Première danseuse non pourvu. Un résultat cruel pour ces jeunes femmes talentueuses, qui ont montré à maintes reprises leur capacité à assumer des rôles d’étoile.

D’un niveau élevé dès la classe des quadrilles, le concours homme n’a heureusement pas réservé la même déception.

La classe des quadrilles, qui devait se départager sur la variation de James extraite de La Sylphide de , a dévoilé plusieurs personnalités intéressantes et prometteuses. On retiendra la belle amplitude et les lignes allongées de Milo Avêque, qui manque néanmoins encore d’assurance, le tempérament et la vivacité d’Alexandre Boccara, le courage d’Isaac Lopes-Gomes qui s’est confronté à Études sans démériter, et le bel engagement d’Andrea Sarri. La première place a été attribuée, de manière un peu surprenante, à Axel Magliano, qui a réalisé une variation imposée sans éclat particulier et est arrivé en déséquilibre sur le dernier tour fini à genoux. Le deuxième poste est revenu à Simon Le Borgne. Cette promotion inattendue est une belle reconnaissance pour un danseur à la personnalité artistique marquée, qui s’est distingué dans Play d’Alexander Ekman. Il a su démontrer sa polyvalence en exécutant une variation de James très honorable et un électrisant PAS./PARTS de William Forsythe.

Chez les coryphées, , qui a obtenu les faveurs de la direction en se voyant confier rien moins que le rôle de Basilio dans Don Quichotte en décembre dernier, semblait tout désigné pour remporter l’un des postes de sujet.

La variation imposée, extraite d’Onéguine de Cranko, permettait difficilement aux danseurs de se démarquer. Les états d’âme de Lenski, confronté à un moment de crise avant son duel avec Onéguine, sont ardus à traduire dans une variation décontextualisée. s’est distingué par sa technique parfaite (superbes triples tours) mais son interprétation, trop scolaire, manquait d’âme. L’élégance de convient bien à cette variation, à laquelle il est parvenu à donner vie, tout comme . En revanche, la prestation d’ s’est avérée décevante, l’appréhension lui faisant perdre son assurance technique. Dans les variations libres, la personnalité artistique d’, s’est exprimée avec feu dans L’Arlésienne de Roland Petit, mais la magistrale prestation de Pablo Legasa dans Études d’ lui a assuré le poste. La première place a néanmoins été attribuée à . Si Pablo Legasa a certes encore besoin de mûrir son interprétation, la première place de est surprenante. Il n’a en effet pas brillé particulièrement dans l’imposée, effectuée proprement mais sans grande émotion, et son Don Quichotte manquait un peu de nuances.

Chez les sujets, le poste de Premier danseur a été remporté de manière très méritée par le brillant . Ce danseur qui n’a pas 21 ans, médaillé d’or à Varna en 2016, a l’étoffe d’un grand. D’une technique éblouissante dans Raymonda de Noureev, il a su apporter une grande délicatesse d’interprétation dans la variation de Des Grieux extraite de L’Histoire de Manon de Kenneth MacMillan. Il a montré sa capacité à assumer des rôles d’étoile à plusieurs reprises et sera un superbe Premier danseur (sans doute ne le restera-t-il pas longtemps !). Sont à mentionner , qui obtient une deuxième place méritée après un très beau concours, aussi bien dans l’imposée que dans la libre (variation de l’Automne de Four Seasons de Robbins) et qui a dansé un fantôme (Fantôme de l’Opéra, Roland Petit) sombre et habité, avec une technique précise et une énergie explosive. Il n’obtient malheureusement que la cinquième place du classement.

Merci Messieurs les sujets de nous avoir réservé ce très beau spectacle !

Crédit photographique : Paul Marque © Julien Benhamou / ONP ; © Sébastien Mathé / ONP