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Andreas Scholl et Dorothee Oberlinger dans Bach

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Small gifts. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Airs et extraits des cantates BWV 81, 119 et 182 ; cantate Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust BWV 170 ; Concerti Brandebourgeois n° 2 en fa majeur BWV 1047 et n° 4 en sol majeur BWV 1049 ; Concerto pour flûte à bec soprano, d’après le concerto pour clavecin en fa mineur BWV 1056 ; Choral « Jesu bleibet meine freude », extrait de la cantate BWV 147. Andreas Scholl, contre-ténor ; Dorothee Oberlinger, Lorenzo Cavazanti, flûtes à bec ; Alfredo Bernardini, hautbois ; Wolfgang Galsböck, trompette ; Dmitry Sinkowsky, violon solo ; Ensemble instrumental 1700. 1 CD Deutsche Harmonia Mundi. Enregistré au Reinstadel de Neumarkt en janvier 2017. Textes de présentation et des œuvres musicales en allemand, traduits en anglais. Durée : 75:40

 

bach schollVoilà un bien curieux disque présenté sous le vocable anglais de « small gifts ». L’enregistrement mêle allègrement, sans autre logique que celles de la distribution musicale et du bon plaisir, œuvres sacrées et profanes de en un patchwork discutable, et par moments à la limite du kitsch, pour un programme sans doute plus plausible en concert qu’en studio.

Outre la présence flatteuse du contre-ténor star , l’enregistrement met en exergue le talent indiscutable, mais parfois teinté de désinvolture, de la flûtiste à bec et de son , regroupant quelques éminents instrumentistes de la scène baroque actuelle. La rencontre entre solistes chanteurs et instrumentistes, dans le répertoire des cantates de Bach, mène souvent à des résultats paradoxaux et décevant, bien stériles étincelles eu égard à l’affiche proposée – on se souvient aussi d’un disque chagrin de la souvent passionnante Hilary Hahn dans ce répertoire avec Christine Schäfer et Matthias Goerne (DGG). Pour le mélomane, il faut accepter de voir ainsi isolés puis alignés, telles des perles disparates, des airs souvent magnifiques hors du contexte global des œuvres, et de voir dépecées des cantates aux destinations liturgiques les plus diverses sans aucun lien musical logique hormis une certaine constance, dans le présent cas un peu forcée, de la distribution instrumentale accompagnatrice où domine la flûte à bec.

Dès l’ouverture, et dans le contexte d’une prise de son précise mais assez sèche, la voix d’, à l’approche de la cinquantaine, nous apparaît aujourd’hui fébrile et fatiguée. Si cette usure relative sied assez bien à la crainte inspirée par le sommeil du Christ auprès du fidèle inquiet, dans l’air de la cantate BWV 81 (Jesus schläft, was soll ich hoffen?), comparer l’artiste à lui-même à vingt ans de distance, en regard de son enregistrement de référence de la même célèbre cantate BWV 170 Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust avec Philippe Herreweghe (HM, 1997) est une épreuve assez cruelle. Le timbre a perdu de sa richesse harmonique, l’articulation est pâteuse, le legato plus fébrile, l’émission moins homogène, le souffle plus court, et la justesse parfois approximative dans l’air central. Le sens du mot, surtout, jadis favorisé par le soutien instrumental très policé et attentif de l’ensemble d’Herreweghe, fait ici totalement défaut, avec de plus la substitution assez malheureuse de l’orgue obligé par deux flûtes à bec dans les deuxième et troisième airs. Ailleurs, seul le splendide air Leget euch dem Heiland unter, isolé de la cantate BWV 182 (pour le dimanche des Rameaux, Weimar, 1714), permet de retrouver enfin l’artiste au faîte de ses moyens expressifs et vocaux.

Côté instrumental l’adaptation à la flûte à bec soprano du Concerto pour clavecin en fa mineur BWV 1056, déjà lui-même transcription originale d’un probable premier jet pour violon ou hautbois antérieur, nous apparaît comme assez déplacée, surtout avec cette motorique pachydermique imposée à l’Allegro initial, ou ce pathos surligné pour le célébrissime Largo central. Seul le finale, enfin incisif à souhait, permet de retrouver une plus nuancée et plus précise quant à l’intonation et aux intentions musicales, bref, plus en phase avec la partition originale. De même, on a connu ailleurs des versions plus abouties ou moins survolées des deux Concerti brandebourgeois retenus : le quatrième, sans doute le mieux venu de l’album par une mise en place assez précise, notamment dans le redoutable finale fugué, souffre quand même d’une trop exubérante ornementation, brouillant quelque peu les lignes de la polyphonie serrée ; le deuxième, ici assez banal et routinier, est d’une sécheresse expéditive éloignée de toute jubilation ou intériorité, avec un trompettiste, , brouillon et aux abois.

Quant au (trop ?) célèbre choral Jesu bleibet meine Freude extrait de la cantate BWV 147, il réunit en point d’orgue l’essentiel de l’ensemble, mais son unique mélodie (sans son harmonisation chorale) est retenue et confiée au seul Andreas Scholl. Ce qui serait en concert un bis juste et agréable, relève ici d’une inutile ponctuation à un disque assez dispensable et, pour tout dire, un peu bâclé.

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