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Week-end so crazy à la Biennale Musiques en scène de Lyon

Festivals, La Scène, Musique symphonique, Spectacles divers

Lyon. Auditorium. Biennale de Musiques en scène. 3 et 4-III-2018
3-III-2018 : Hurdy Gurdy # Myst ; Compagnie Grain de son : Laurence Bourdin, vielle à roue ; Benoît Voarick, composition et interprétation vidéo ; Corinne Pradier, texte
Blind, spectacle musical : Erwan Keravec, conception et cornemuse
AirMachine ; conception et réalisation Ondřej Adámek ; Roméo Monteiro, performer
Liszt et Beethoven revisités : œuvres de Franz Liszt, John Adams, Michaël Levinas et Bernard Cavanna ; Orchestre de Picardie, direction : Arie van Beek
Éteignez les lumières : œuvres de Michaël Levinas (création mondiale), Tōru Takemitsu et Morton Feldman. Orchestre national de Lyon, direction : Arthur Brönimann
4-III-2018 : The Kingdom of sound : œuvres de Debussy et Benjamin Britten ; Orchestre de Picardie et Orchestre des Pays de Savoie, direction : Julien Leroy

Biennale Musiques en scènes 2018 - Crazy Week-endLa Biennale Musiques en scène de Lyon en lien avec le Grame (Centre national de création musicale) décline le phénomène sonore sous toutes ses formes et « en état(s) limite(s) » (c’est le thème de l’édition 2018), au croisement des autres expressions artistiques et dans l’avancée des nouvelles technologiques : concerts, installations, spectacles multimédia quadrillent ce premier week-end de la dixième Biennale où le public lyonnais est venu en famille écouter, voir et parfois même participer aux performances sonores via son smartphone.

Une immersion dans les domaines de l’audible

C’est à l’Auditorium de Lyon que se concentre la plupart des manifestations du « crazy week-end » imaginé par l’équipe de production. Dans la salle Proton, Laurence Bourdin fait sonner sa vielle à roue électroacoustique (en anglais Hurdy Gurdy) dans des œuvres mixtes commandées par l’interprète pour son instrument. Le projet s’origine dans le livre de Corinne Pradier, Lieux mystérieux en Auvergne. Voix off et vidéo live de Benoît Voarick mettent en scène les musiques de , , , Pascale Jakubowski et Jean-Michel Bossini. L’étrangeté des sonorités tirées de cet instrument fabuleux rejoint le mystère des sites patrimoniaux (Le triangle de la burle, une chapelle en haut d’un dyke volcanique, La Bête dans le Gévaudan etc.) choisis par chacun des compositeurs.

propose quant à lui une écoute en aveugle (acousmatique aurait dit Pythagore) dans Blind où chaque auditeur est invité à se bander les yeux à l’entrée de la Salle du Ballet. Contrebasse (Hélène Labarrière), saxophones (Raphaël Quenehen), percussions (Philippe Foch) et cornemuse, celle, irradiante, d’, donnent à entendre le son et ses mouvements dans l’espace via l’électronique. Kenan Trévien est aux manettes pour projeter ce spectacle auriculaire dont la dramaturgie un rien foisonnante frôle l’état limite de nos nerfs !

Biennale Musiques en scène 2018 - Crazy Week-end

Nous avons préféré AirMachine d’, son ingénierie low-tech et sa touche de merveilleux. La machine soufflante et aspirante qu’a imaginée le compositeur tchèque, en collaboration avec le scénographe Carol Jimenez, accueille toutes sortes de tuyaux sifflants et autres objets gonflables (gants, ballons, petits animaux, etc.) au service d’une partition aussi virtuose qu’inédite. Car tout est fixé nous dit le percussionniste , seul en scène pour donner vie à cette fantasmagorie musicale et polymorphe captivant petits et grands.

Quelques minutes plus tard, dans l’espace du bas-atrium équipé d’un dispositif d’écoute spatialisé, le percussionniste joue en création Virtual rhizome de Vincent Carinola. Le performer a dans chaque main, et pour seul instrument, un smartphone – le smartsolo conçu par – qui est équipé de capteurs reliés à un ordinateur. Les textures sonores générées par les smartphones sont modelées par les mouvements de l’interprète selon l’amplitude et la rapidité de son geste : une chorégraphie magistralement assumée par , qui gagnerait, selon nous, à être relayée par la vidéo.

Avec

Invité de la Biennale 2018 en tant que compositeur, est également au piano lors d’un premier concert dans le Grande salle (Liszt et Beethoven revisités) avec l’ et son chef . Après The black gondola de , une transcription pour orchestre de la Lugubre gondole du dernier Liszt, Michaël Levinas est au côté de l’ensemble des cordes pour interpréter Malédictions, du jeune Liszt cette fois. Exigeante pour les deux partenaires, la partition est conçue d’un seul tenant, dense et programmatique, où Liszt s’exprime con furore, dans une surenchère sonore et virtuose. Plus convaincante est la transcription pour récitant et ensemble (cordes, harpe, célesta, piano) de la ballade pour piano Lenore réalisée par Michaël Levinas. L’excellente lui prête sa voix ample et bien timbrée en phase avec la dimension fantastique du récit, celui de Gottfried August Bürger traduit en français par Gérard de Nerval.

Plus qu’une transcription, c’est une anamorphose de la « Neuvième » de Beethoven à laquelle s’attelle , avec cet humour décalé qui lui est propre. Geek Bagatelles pour orchestre et chœur de smartphones est une œuvre participative invitant le public à télécharger sur son smartphone une application qui lui permet de jouer avec l’orchestre, selon les modalités précisées par le chef de chœur. Si l’équilibre entre les forces en présence n’est pas optimal, les trouvailles sonores sont toujours savoureuses (les cordes susurrant l’hymne à la joie dans le suraigu de leur registre) au sein d’une œuvre mi-festive mi-grinçante, surtout lorsque le public est amené à scander le mot Freude dans une sorte d’ivresse collective rien moins qu’inquiétante.

Biennale Musiques en scènes 2018 - Crazy Week-end

À côté de Coptic Light de et Twill by Twilight (1988) de Tōru Takemitsu (écrite en hommage au compositeur américain qui venait de disparaître), Psaume (Frescobaldi in memoriam II), la nouvelle partition de Michaël Levinas est à l’affiche du concert donné en soirée par l’ sous la conduite de Baldur Brönimann. Dans un Auditorium plongé dans l’obscurité, exceptées les lumières des pupitres, quatre harpes sont sur le devant de la scène, accordées à distance de quart de ton. Cernées par un orchestre qui en répercute les résonances, elles génèrent des textures chatoyantes dans un contexte microtonal irisé par les scintillements de la percussion. Dans cette courte pièce sans texte ni voix, Levinas poursuit ses recherches (amorcées dans son opéra Le petit Prince et La Passion selon Marc) sur l’hybridation du son (zingage des cordes) et ce qu’il nomme les désinences du son, sans toutefois solliciter l’électronique.

Ciné-concert en famille

Dans cette même salle le lendemain, les musiciens de l’ rejoignent l’ pour le dernier concert en famille du week-end, emmené par le très charismatique . Au programme, et tout spécialement pour nos chères têtes blondes venues nombreuses ce soir, s’affiche l’œuvre bien connue de , The Young Person’s Guide to the Orchestra, une commande faite au compositeur britannique pour une découverte des instruments de l’orchestre. Un écran a été dressé en fond de scène en vue de la projection du film d’animation Red & the Kingdom of Sound, une réalisation de l’University for the creative Arts (UCA de Rochester). Si l’orchestration très intimiste des six pièces du Children’s Corner de Debussy faite par l’ami n’a guère retenu l’attention du jeune public en début de soirée, le ciné-concert est en revanche une belle réussite, dont la conception virtuose des images transcende l’écriture un rien académique de .

Crédit photographique : Airmachine © Pascal Chantier ; Virtual Rhizome de Vincent Carinola – Interpété par Jean Geoffroy © Pascal Chantier ; Geek Bagatelle, pour orchestre symphonique et smartphone de © Pascal Chantier

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