Charles Koechlin : enfin la reconnaissance, grâce au SWR de Stuttgart

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Charles Koechlin (1867-1950) : Œuvres orchestrales. Orchestrations d’œuvres d’Emmanuel Chabrier (1841-1894), Claude Debussy (1862-1918), Gabriel Fauré (1845-1924), Franz Schubert (1797-1828). Divers solistes du chant et instrumentaux. SWR Vokalensemble Stuttgart. Radio-Sinfonieochester Stuttgart des SWR, direction : Heinz Holliger. 1 coffret 7 CD SWR music. Enregistré entre février 2000 et novembre 2010 à la Stadthalle Sindelfingen, la Liederhalle Stuttgart et au Stuttgart Funkstudio des SWR. Notices trilingues (allemand, français, anglais). Durée : 7 heures 49 minutes

Charles Koechlin (1867-1950) : Œuvres pour piano et musique de chambre. Divers solistes instrumentaux. 1 coffret 7 CD SWR music. Enregistré entre septembre 1991 et mars 2016 au Studio 5, Kammermusikstudio SWR, Villa Berg, Stuttgart ; Hans-Rosbaud-Studio Baden-Baden ; Bürgerhaus Backnang. Notices trilingues (allemand, français, anglais). Durée : 8 heures 31 minutes

 

swr_charles_koechlin_orchestrePour honorer le 150e anniversaire de la naissance de , Naxos Allemagne réédite en deux coffrets tous les enregistrements du SWR music de ce grand compositeur français, initialement publiés par Hänssler Classic en disques séparés.

Quel apprenti musicien n’a pas sinon étudié, du moins consulté l’imposant Traité de l’harmonie en trois volumes (1928) de (1867-1950), et pour les plus persévérants, son Précis des règles du contrepoint (1926), son Étude sur l’écriture de la fugue d’école (1933) ou son Traité de l’orchestration en quatre volumes (1941) ? Car, paradoxalement, on le connaît mieux pour ses ouvrages théoriques, alors qu’ils sont basés sur son expérience de compositeur, qui est immense.

En 1964, Antal Doráti et le BBC Symphony faisaient figure de pionniers isolés par leur formidable gravure EMI du poème symphonique Les Bandar-Log op. 176 (1940) d’après Le Livre de la Jungle de Rudyard Kipling. Bien plus tard, d’avril 1985 à juin 1992, à la tête de la Philharmonie de Rhénanie-Palatinat, l’excellent Leif Segerstam dirigeait une série de disques chez Marco Polo révélant entre autres Les Heures Persanes op. 65, Le Buisson Ardent op. 203/171, ainsi que les quatre parties purement symphoniques du Livre de la Jungle dans l’ordre voulu par le compositeur. En juin 1993, et le Radio-Symphonique de Berlin enregistraient enfin chez RCA l’intégralité du Livre de la Jungle, y compris les Trois poèmes de Kipling op. 18 pour chant et orchestre, mais selon l’ordre des numéros d’opus… Remarquons au passage l’absence d’interprètes français dans ce brillant palmarès !

swr_charles _koechlin_chambrePersonnalité complexe et attachante, d’une intelligence supérieure, esprit farouchement indépendant, se souciant peu d’être joué, Charles Koechlin est en partie responsable de ce que, même actuellement, on n’entend presque jamais rien de lui, ni au concert, ni à la radio : nous devons d’ailleurs être reconnaissants à des chefs légendaires tels que Roger Désormière et le Belge (responsable de la création mondiale à Bruxelles, le 13 décembre 1946, du Livre de la Jungle complet) d’avoir révélé ses œuvres au public dès la première heure. Bien évidemment, la complexité de ses modulations, la subtilité de son contrepoint, le caractère modal de son écriture plongeant dans la musique médiévale, pré-Renaissance et les systèmes orientaux, sont parfois déroutants, mais sous ces caractéristiques se dévoilent une sensibilité subtile et raffinée, un art personnel très attachant, réellement captivant, qui subjugue et fascine. Le grand musicologue belge Paul Collaer (1891-1989) a cerné la personnalité du compositeur avec une remarquable lucidité : « Koechlin n’est l’esclave d’aucune formule, d’aucune façon limitative de penser la musique. Modalité, tonalité, polytonalité et atonalité ne sont pas pour lui des langages différents, mais des aspects divers d’un langage unique, et qui se présentent à son esprit en fonction des nécessités expressives. Il admet tous les accords imaginables, ainsi que toutes les audaces contrapuntiques, à condition qu’ils soient justifiés par la musicalité. »

Aussi cette imposante réalisation du Südwestrundfunk de Stuttgart et de ses musiciens associés, commencée en 1991 et s’étalant sur 25 années, répare une injustice en survolant l’œuvre abondante de Charles Koechlin dans des interprétations qui lui rendent totale justice, depuis la Sonate pour flûte op. 52 enregistrée par le duo flûte-piano et le 25 septembre 1991, jusqu’à l’arrangement pour clarinette et piano du Portrait de Daisy Hamilton op. 140 par et le 8 mars 2016, en passant par des pages orchestrales admirablement défendues par le légendaire hautboïste , cette fois à la tête du Radio-Symphonique de Stuttgart.

Koechlin était tout aussi prolifique dans l’œuvre que protéiforme dans le style, et on ne peut reprocher aux musiciens de la présente réalisation de ne parfois nous donner qu’en partie certains cycles, comme les Monodies pour clarinette solo op. 216 par , ou les délicieuses Sonatines et les deux Albums de Lilian, par l’excellent pianiste allemand . Toutefois l’absence de certaines œuvres ou parties d’œuvres se fait cruellement ressentir : c’est le cas de l’omission de l’admirable Sonate pour violon et piano en si majeur op. 64 dédiée à Gabriel Fauré, et surtout, pour Le Livre de la Jungle, celle des Trois Poèmes de Kipling pour mezzo-soprano, baryton, ténor, chœur et orchestre op. 18, et de La Loi de la Jungle op. 175. De plus, dans cette édition globale, concernant précisément Le Livre de la Jungle, on n’a pas pris la peine de regrouper sur un seul CD les poèmes symphoniques (initialement disséminés sur divers CD) La Course de Printemps op. 95, La Méditation de Purun Bhagat op. 159, et Les Bandar-Log op. 176. Tout cela évidemment n’influence en rien la qualité globale de cette édition, qui est exceptionnelle et rétablit Charles Koechlin à la place qu’il aurait toujours dû occuper : celle d’un des compositeurs les plus importants du XXe siècle.

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