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Giuseppe Guarrera à la Fondation Louis Vuitton

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Auditorium de la Fondation Louis Vuitton. 9-III-2018. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate n° 23 op. 57 « Appasionata » ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Études-Tableaux op. 39 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Polonaise-Fantaisie op. 61 ; Claude Debussy (1862-1918) : Estampes ; Franz Liszt (1811-1886) : Rhapsodie espagnole. Giuseppe Guarrera, piano

guiseppe guarreraPour son premier récital à la Fondation Louis Vuitton, le pianiste sicilien de 26 ans a choisi un programme virtuose, constitué de pièces de compositeurs qui ont repoussé les possibilités pianistiques.

Né en 1991, a été remarqué dans des concours internationaux, en remportant notamment le deuxième prix au Concours James Mottram à Manchester en 2015 et six prix et récompenses (dont le deuxième Prix, le Prix du Public, le Prix André Bachand pour l’exercice canadien imposé, le prix du Meilleur Récital de demi-finale et les Prix Bach et Chopin) au Concours Musical International de Montréal en 2017. Après l’obtention de son master en 2016 à l’école de musique Hanns Eisler à Berlin, il est actuellement étudiant à la Barenboim-Said Akademie à Berlin, où il travaille avec Nelson Goerner. En septembre 2017, a joué avec Daniel Barenboim et l’Ensemble Pierre Boulez, en première mondiale et pour l’ouverture de la Pierre Boulez Saal à Berlin, un concerto pour piano écrit par Benjamin Attahir.

Son jeu se démarque par l’originalité d’idées, qui consiste à insister sur des lignes mélodiques secondaires auxquelles on pense rarement, ou à (ré-)interpréter des rythmes ou un tempo. Ainsi, il met en avant le lyrisme dans le « Lento » des Études-Tableaux de Rachmaninov ou dans la partie médiane de la Polonaise-Fantaisie de Chopin, et il ne fait pas appel à des rubatos, mais à des changements de tempo pour chaque séquence. Dans le deuxième mouvement de l’« Appassionata », le changement net de caractère pour chaque section ou séquence insuffle une théâtralité nouvelle. Les Estampes de Debussy semblent de ce point de vue les plus intéressants du programme. Dans Pagodes, certains passages arpégés sont volontairement « avalés » pour créer un effet de cascade (y compris dans le sens inverse, des graves aux aigus) ; il utilise les mêmes effets avec plus d’affirmation dans les Jardins sous la pluie pour évoquer les éléments tombant de différentes façons — douce, directe, violente, au travers… — dont le rendu sonore devient fascinant. Et c’est encore par des changements de tempo qu’il exprime, dans La Soirée dans Grenade, cette chaleur nocturne à la fois fiévreuse et molle. L’aspect le plus personnel de son interprétation semble résider dans l’enchaînement des trois pièces presque sans pause, comme s’il s’agissait d’une œuvre à trois parties.

Au début du récital, le piano a du mal à sonner, souffre du manque de résonance. Nous ne savons si c’est le fait du pianiste, ou du piano, ou encore de l’acoustique de la salle. Mais l’explosion dans l’allegro final de Beethoven n’arrive pas comme on l’attendait, tandis que ses gestes le suggèrent clairement, ce qui crée évidemment un sentiment de frustration. En revanche, dans la Rhapsodie espagnole de Liszt, qu’il joue à la fin du programme, il explore au mieux tous ses moyens pianistiques dans une profusion de jaillissements sonores et dans une théâtralité réjouissante.

Ce récital laisse cependant le sentiment que le pianiste ne maîtrise pas encore l’art de mettre en ordre ses idées abondantes, et c’est précisément dans ce sens qu’il mérite d’être suivi.

Crédit photographique : © Fondation Louis Vuitton

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