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Les Vêpres siciliennes à Munich, beaucoup de bruit pour rien

La Scène, Opéra, Opéras

Munich. Nationaltheater. 11-III-2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Les Vêpres siciliennes, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugène Scribe et Charles Duveyriern. Mise en scène : Antú Romero Nunes ; décor : Matthias Koch ; costumes : Victoria Behr. Avec : Rachel Willis-Sørensen, Hélène ; Bryan Hymel/Leonardo Caimi, Henri ; Erwin Schrott, Procida ; George Petean, Guy de Monfort… Sol Dance Company ; Chœur de l’Opéra de Bavière (préparé par Stellario Fagone) ; Orchestre national de Bavière ; direction : Omer Meir Wellber

LM0A1579Pendant que chanteurs et orchestre se soucient d’abord de produire des décibels, la mise en scène joue plus noir que noir, sans penser à diriger les chanteurs.

Y a-t-il une loi des séries ? Ces Vêpres siciliennes, qui prennent place dans un louable effort de l’Opéra de Bavière pour explorer les recoins du répertoire français, sont la troisième nouvelle production de la saison, après des Noces de Figaro fort grises et un Trittico certes de haute volée en matière musicale, mais terriblement plat quant à la réalisation scénique. Cette fois, au moins, les choses sont simples : ni le chant, ni l’orchestre, ni la scène ne sont à la hauteur des attentes. C’est encore dans le chant, cependant, que se cachent les quelques satisfactions de la soirée : c’est d’abord et avant tout (Monfort), qui ne traverse pas sans dommage toute la soirée, mais est le seul à faire preuve d’une réelle ambition stylistique – et il est le seul à chanter un français correct. , lui, a une excuse : le timbre de sa voix est affaire de goût, mais ce chant larmoyant et sans nerf n’est tout de même pas dans sa manière habituelle ; mais voilà qu’au début du cinquième acte un autre chanteur, Leonardo Caimi, prend place devant un pupitre en bord de scène, et il chante, à vrai dire, bien mieux que lui. Et bien mieux que le dernier protagoniste masculin, , sans style, sans goût, et sans même souci de simple précision musicale.

Quant à l’interprète du rôle d’Hélène, elle aussi n’est pas celle qui avait été annoncée, mais le remplacement s’est fait il y a plusieurs semaines : à la place de Carmen Giannattasio, c’est la jeune , lauréate du concours Operalia en 2014, qui affronte ce redoutable rôle qui exige tant de qualités contradictoires. Force est de constater que, à ce stade, elle n’en a pas encore l’étoffe : c’est déjà beaucoup pour elle de réussir à restituer la lettre du rôle (diction française non incluse), elle n’en est pas encore à pouvoir restituer la force tragique et le courage de son personnage, pas plus qu’à donner à sa Sicilienne tout le chien qu’elle demande. Elle comme les autres chanteurs n’est pas aidée par la direction prosaïque d’, qui les soutient certes raisonnablement, mais aime les décibels avec passion et préfère travailler la couleur orchestrale plutôt que de donner une continuité à la soirée. Dans ces conditions, louées soient les coupures.

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Antú Romero Nunes avait déjà pu mettre en scène un autre opéra « révolutionnaire » à Munich, avec un Guillaume Tell où le héros devenait figure d’oppression, sans que le spectacle justifie vraiment cette inversion. Cette fois, le livret, privé du secours de Schiller qui avait nourri l’œuvre de Rossini comme il nourrira le grand succès parisien de Verdi quelques années plus tard, a tous les défauts qu’on peut imaginer, mais tout de même : avec cette révolution nationale qui répond à la cruauté par la cruauté, ce personnage féminin acteur et pas seulement victime, il y aurait eu de quoi susciter la créativité d’un metteur en scène. Romero Nunes, dont les spectacles de théâtre parlé ont beaucoup de qualités, a naturellement raison de voir les Vêpres comme une œuvre particulièrement sombre, marquée par la présence constante de la mort ; mais est-ce une raison pour proposer un spectacle aussi dépourvu de vie, où les chanteurs sont réduits pendant une bonne partie de la soirée à occuper le terrain en avant-scène comme ils le peuvent ?

L’image des victimes de Monfort, suspendues au-dessus de la scène après l’entracte, est certes une belle image, mais elle n’est que cela, une image, pas du théâtre ; le décor et les costumes sont eux laissés à l’abandon : une sorte de sac plastique noir géant qui prend différentes formes au cours de la soirée constitue le décor (et nécessite, tout de même, un entracte de 35 minutes) ; quant aux costumes, l’heure est aux uniformes napoléoniens de pacotille pour les Français et à une curieuse robe particulièrement disgracieuse pour Hélène, coiffée d’une perruque tout aussi improbable. Le public munichois est stoïque et ne bronche même pas lors du « ballet », où des phrases de la musique écrite par Verdi sont recouvertes d’une techno bas de gamme qui n’a pas besoin de l’Opéra de Bavière pour exister : à ce moment, entre les deux derniers actes, tout espoir est perdu depuis longtemps. La prochaine nouvelle production sera consacrée à la Maison des morts de Janáček mise en scène par Frank Castorf : gageons que cela suffira à mettre un terme à la série noire.

Crédits photographiques : © Wilfried Hösl

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  • Michel LONCIN

    Diction française … « déficiente » … ? Comment s’étonner dans une « Europe » où « l’engliche » est ULTRA – ULTRA – UILTRA hégémonique … !!!

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