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Doulce mémoire milite en faveur de Claude Le Jeune avec Le Printemps

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Amphithéâtre de la Cité de la musique. 17-III-2018. Claude Le Jeune (1530-1600) : Revecy venir du Printans ; Je soupirois ; Voici le verd et beau May ; O Rôze reyne dés fleurs ; Hélas j’ay sans merci ; Plantons le may ; Francine, rôzine ; Comment pensés vous que je vive ; Si Jupiter s’avizoit ; Brunelette, joliette, m’amourette ; Cigne je suis de candeur ; Je ne me plains ; Perdre le sens devant vous ; La béle gloire ; Ces amoureus. Michael Praetorius (1571-1621) : Ballet de Grenoville ; Courante ; Ballet des amazones et ballet des anglois ; Passemeze. Antoine Francisque (vers 1570-1605) : Prélude de harpe ; Branle de Poitou. Eustache du Caurroy (1549-1609) : O créateur. Pierre Phalèse éditeur (vers 1510-1573) : Allemande Don Federigo. Elias Mertel (vers 1561-1626) : Praeludium. Ensemble Doulce Mémoire. Direction, flûte à bec, flûtes colonnes : Denis Raisin Dadre

doulcememoire_c_rodolphe_marics_0 Bientôt en tournée en Chine, l’ donne à la Cité de la Musique un concert de grande qualité autour du recueil d’airs et de chansons Le Printemps de . Dans une démarche historique rigoureuse, les musiciens instaurent une complicité manifeste avec les spectateurs venus nombreux, rendant attrayante tout autant qu’accessible cette musique d’un autre temps.

Même si l’œuvre de nous est parvenue pratiquement dans sa totalité, on la retrouve rarement dans les programmations de concert. Pourquoi ? Parce que peu d’ensembles, même spécialisés, osent s’attaquer à une musique si complexe pour des musiciens d’aujourd’hui. Concernant le recueil de trente-trois airs mesurés sur des poèmes de Jean-Antoine de Baïf et six chansons dont deux au moins sur des poèmes de Philippe Desportes intitulé Le Printemps, on les compte sur les doigts d’une main : l’Ensemble Jacques Feuillie en 1975, l’Ensemble vocal Jacques Grimbert en 1964, et l’ dont le disque enregistré à l’Abbaye de Noirlac est paru en 2017. Le directeur artistique de Doulce Mémoire, , explique ainsi en début de concert le travail historique rigoureux effectué à partir de l’édition Ballard (l’édition d’origine de 1603), afin d’arriver à retranscrire avec précision la véritable couleur de Claude Le Jeune.

est donc l’élément clé de ce travail qui souhaite respecter scrupuleusement le mètre antique de cette musique. L’historien de la déclamation a placé sous les textes de ces airs et chansons, de nombreux signes afin d’indiquer la longueur des syllabes. Nombreux, car l’énergie rythmique de Le Jeune et les vers mesurés de Baïf ne se cantonnent simplement pas à l’alternance de brèves ou de longues. De plus, contrairement aux autres entreprises de versification dites « mesurées à l’antique », cette rythmique très savante repose, comme ses modèles gréco-latins, sur une prosodie formellement constituée. A l’écoute, le rendu est loin d’être sectionné et intellectualisé : le liant est d’un naturel confondant alors que la sensualité musicale en ressort immédiatement. Non-mesuré à l’antique, Comment pensés vous que je vive ponctue singulièrement (et judicieusement !) cette programmation. Présentée comme une « musique expérimentale » –  le directeur artistique n’hésitant pas à faire le parallèle entre l’Académie de Poésie et Musique et l’IRCAM – c’est donc sur une mesure libre que la partie du dessus chante dix fois la même mélodie, d’abord à voix seule (cas rare dans la musique de la fin de la Renaissance), puis à deux voix, trois voix et ainsi de suite, générant un effet hypnotique du meilleur effet.

Pour ce concert, l’Ensemble Doulce Mémoire a choisi un diapason à 392 Hz, celui des trois superbes flûtes colonnes conservées au Musée de la musique à quelques pas (quel plaisir de constater une fois encore que certains instruments de musique qui composent la collection du musée ne « dorment » pas sur leur présentoir et résonnent au gré des concerts proposés par la Cité de la musique !). Mais loin d’être un aspect théorique, ce parti-pris permet aux voix d’évoluer dans une tessiture plus confortable, plus proche de la voix naturelle de la déclamation, au bénéfice aussi d’un texte plus intelligible.

Enfin, les pièces instrumentales qui agrémentent ce programme, mettent parfaitement en lumière les riches couleurs de l’instrumentation choisie : Hélas j’ay sans merci (Claude Le Jeune) pour les trois flûtes colonnes, le Ballet des amazones et ballet des anglois (Michael Praetorius) pour les deux basses de violes, l’Allemande Don Federigo (Pierre Phalèse éditeur) pour la guitare Renaissance, Praeludium (Elias Mertel) et Branle de Poitou (Antoine Francisque) pour le luth et la harpe.

Rigoureux dans la reconstitution historique de ces œuvres, pédagogue et disponible pour le public, pleinement investi afin de porter avec sensibilité la vigueur et les effets littéraires et musicaux de Le Jeune et des autres compositeurs qui lui sont associés lors de ce concert, l’Ensemble Doulce Mémoire affirme avec des notes et avec des mots son « combat » pour défendre un patrimoine musical national injustement oublié, sous un tonnerre d’applaudissements d’un public totalement convaincu par cette belle cause après  une heure trente de musique si riche et si expressive.

Crédits photographiques : Doulce mémoire © Rodolphe Marics

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