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Marin Marais, ou le reflet de l’âme des Lumières

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Marin Marais (1656-1728) : Prélude ; Le jeu du volant ; Le petit badinage ; Le rondeau Villeneuve ; Rondeau Le Troilleur ; Gavotte singulière ; Rondeau Le bijou ; Fête champêtre ; La Biscayenne ; Le badinage ; La Paraza ; Le tact ; Rondeau Le doucereux ; La Provençale ; La Rêveuse. François Couperin (1668-1733) : Les barricades mystérieuses ; Le dodo ou l’Amour au berceau. Ensemble La Rêveuse : Florence Bolton, basse de viole ; Benjamin Perrot, théorbe et guitare baroque ; Carsten Lohff, clavecin ; Robin Pharo, basse de viole. 1 CD Mirare. Enregistré en septembre 2016 au château de Chambord. Commentaires en français, anglais, allemand. Durée : 64:00

 

Les Clefs Resmusica

51e5CWkPstL._SS500L’ensemble , mené par le duo /, nous offre une peinture subtile de l’« esprit français » du début de XVIIIe siècle. Comme le pinceau délicat d’un Watteau ou d’un Lancret, l’archet de la viole se fait coloriste pour rendre au mieux l’art si sensible de .

Les deux derniers livres de viole de Marais, dont on a tiré ici la quintessence pour construire ce programme, datent de 1717 et 1725. Le compositeur, jouissant d’une réputation sans partage, est alors au sommet de son art. Si l’époque de la Régence est une période troublée sur le plan politique, elle est aussi celle d’une vie artistique très intense. Chez Marais, au-delà des pièces de caractère qui dépeignent, comme dans les ordres de , la vie de cour ou des portraits de ses contemporains, on sent poindre une mélancolie sobre que l’on trouve aussi dans les toiles de Watteau. Marais va loin dans l’exploration du spectre harmonique, pour nous conduire dans un labyrinthe poétique qui lui est propre. Et c’est cette sensibilité que l’ensemble restitue à merveille dans cet enregistrement.

On y trouve des scènes de genre, comme Le jeu de volant ou la Fête champêtre, qui nous restituent le monde des fêtes galantes ou nous invitent à danser, comme dans La Biscayenne ou La Provençale. Et puis soudain, avec Le badinage, on ne badine plus ! Loin de la légèreté et de la frivolité que pourrait évoquer ce titre, la viole de nous entraîne dans une introspection que le tempo très étiré rend presque douloureuse. Dans les pièces les plus méditatives, la basse continue est confiée au seul théorbe, et ce contraste sonore est une excellente idée.

Deux pièces de ponctuent le discours de la viole. Elles sont ici jouées au théorbe par . C’est un juste retour des choses d’entendre Les Barricades mystérieuses ainsi transcrites, puisque les clavecinistes ont emprunté aux luthistes cette écriture en accords brisés. Le programme se termine par La Rêveuse, cette si belle pièce qui a donné son nom à l’ensemble. Ici, le tempo étiré à l’excès fait la part belle aux affects et à l’introspection. La viole de Florence Bolton chante, murmure, pleure, rêve et nous touche infiniment.

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