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La Walkyrie à la Philharmonie de Paris par Valery Gergiev

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Philharmonie 1. Grande Salle Pierre Boulez. 25-III-2018. Richard Wagner (1813-1883) : Die Walküre (La Walkyrie) drame musical, première journée de L’Anneau du Nibelung, en 3 actes sur un livret du compositeur. Version de concert. Avec : Mikhail Vekua (Sigmund) ; Yevgeny Nikitin (Wotan) ; Tatiana Pavlovskaya ( Brünnhilde) ; Elena Stikhina (Sieglinde) ; Yekaterina Sergeeva ( Fricka) ; Mikhail Petrenko (Hunding) ; Natalia Yevstafieva ( Waltraute) ; Zhanna dombrovskaya ( Gerhilde) ; Anna Kiknadze ( Grimberge) ; Varvara Solovyova ( Siegrune) ; Irina Vasilieva ( Ortlinde) ; Evelina Agabalaeva (Rossweisse) ; Oxana Shilova ( Helmwige) ; Yekaterina Krapivina (Schwertleite). Orchestre du Mariinsky, direction : Valery Gergiev.

180125Après un Or du Rhin éblouissant et irréprochable, donné la veille dans cette même salle, , à la tête de ses forces du Mariinsky, poursuit son marathon wagnérien avec cette Walkyrie de haute volée qui n’en laisse pas moins entrevoir quelques faiblesses, notamment dans le casting vocal du dernier acte.

Partition difficile où le spectaculaire (l’Orage et la Chevauchée) le dispute à l’intime (Duo d’amour et Adieux de Wotan) ce second volet du Ring wagnérien est sans doute l’opéra préféré du public expliquant que ce soir cette Walkyrie se joue à guichet fermé. Plusieurs explications à cet irrésistible attrait, un livret sans doute plus accessible en version de concert, un drame passionnel qui se joue au niveau humain, le lyrisme de la partition, la notoriété des leitmotivs et l’émergence de la figure de Brünnhilde, sœur d’Antigone, qui en choisissant le parti de l’humain, précipite les dieux vers leur perte.

L’Acte I tient toutes ses promesses. Après le vrombissement des cordes graves simulant un orage, plus vrai que nature, suspendus à l’attente savamment entretenue par un tempo ralenti, nous comprenons immédiatement qu’orchestre et maestro sont au mieux de leur forme pour accueillir le très attendu duo d’amour entre les jumeaux, Sigmund et Sieglinde. Il faut bien avouer que notre attente sera récompensée tant le Sigmund de Mikhail Vekua impressionne par son timbre radieux, sa puissance et son souffle qui nous vaut des « Wälse » d’anthologie, dignes de . Face à lui la Sieglinde d’ n’est pas en reste avec son timbre aérien, la souplesse de sa ligne de chant et son superbe legato, pas plus que le Hunding de , au chant noir et profond, indiscutable titulaire du rôle qui le fit connaitre. L’orchestre participe également du drame, par sa qualité solistique  déjà mentionnée hier (petite harmonie et cuivres) son phrasé très narratif, par la profusion des nuances et la variabilité de tempi, par la netteté des plans sonores et des attaques, et le parfait équilibre avec les chanteurs.

L’Acte II laisse un peu retomber la tension avec la confession de Wotan qui rappelle l’importance de la mémoire dans la musique de Wagner et sa proximité avec les théories de Schopenhauer développées dans Le Monde comme Volonté et comme Représentation. Le Wotan de ce soir (Yevgeny Nikitin) souffre de la comparaison avec celui de la veille, ne parvenant pas à convaincre totalement, par son chant trop monolithique. Cette lourdeur relative contraste avec la belle tenue vocale des femmes, Yekaterina Sergeeva qui campe une Fricka vaillante dont le personnage s’accorde parfaitement avec son timbre dur et son phrasé acéré, tandis que la Brünnhilde de Tatiana Pavlovskaya parait plus irrégulière dans son émission, entachée d’un léger vibrato. L’orchestre là encore supporte l’essentiel de la dramaturgie par la pertinence de la narration qui passe de l’urgence à la langueur de l’attente, préludant, dans un climat funèbre (cordes graves, percussions, cuivres et altos) au combat entre Sigmund et Hunding.

L’acte III déçoit quelque peu dès la célébrissime chevauchée qui parait bien grandiloquente, par trop héroïque, et notablement cuivrée, tandis que les Walkyries rivalisent de puissance, touchant aux limites de la saturation sonore. Les Adieux de Wotan, moment sublime tant espéré, portent l’émotion à son comble, non pas tant du fait de la séparation douloureuse du père et de la fille voulue par Wagner, qu’en raison de la brusque défaillance vocale d’Yevgeny Nikitin, arrivé le matin même de Baden-Baden où il chantait, la veille, le rôle de Klingsor dans Parsifal. Ceci expliquant sans doute cela… Moment pathétique, moment douloureux où le drame reste suspendu au chant de Nikitin qui, à défaut de puissance, se pare, alors, d’un merveilleux legato pour un moment inoubliable supporté par la douceur de la harpe et du piccolo, avant que ne se referme sur Brünnhilde le cercle de feu.

Une belle interprétation justifiant une ovation prolongée du public conquis, malgré quelques huées bien ingrates adressées à Yevgeny Nikitin, nous rappelant que contre la bêtise humaine, même les dieux ont renoncé…

Prochain rendez-vous avec le Ring en septembre prochain.

Crédit photographique : © Bernhard Bürklin

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