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Dutch Doubles : la création dans tous ses états à Amsterdam

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Amsterdam. Het Nationale Ballet. 30-III-2018. Dutch Doubles. Impermanence (création mondiale). Chorégraphie : Ernst Meisner. Musique : Remy van Kesteren (composition et harpe). Two and Only (création le 12/09/2017). Chorégraphie : Wubkje Kuindersma. Musique : Michael Benjamin (Long Overdue, From Blue to Red). Chant, guitare, piano : Michael Benjamin. Avec Marijn Rademaker et Timothy van Poucke. Déjà vu (création le 01/06/1995). Chorégraphie : Hans van Manen. Musique : Arvo Pärt (Fratres, version pour violon et piano). Olga Khoziainova (piano), Hebe Mensinga (violon). Avec Floor Eimers et Edo Wijnen. Last Resistance (création mondiale). Chorégraphie : Annabelle Lopez Ochoa. Musique et chant : Wende. Arrangement pour orchestre : Marijn van Prooijen (Ask The Tree, Black Feather, Last Resistance, The Garden, Nude, Devil’s Pact). Avec les solistes et danseurs du Dutch National Ballet

Conçu autour d’un quatuor de chorégraphes, Dutch Doubles présente deux nouvelles créations mondiales, Impermanence d’ et Last Resistance d’. Ces deux pièces encadrent deux duos, Two and Only, duo masculin créé par et Déjà vu du bien connu . Last Resistance s’impose avec fracas comme le chef-d’oeuvre de la soirée.

Comme un raz-de-marée, la Belgo-Colombienne emporte tout sur son passage. Last Resistance, pièce qui clôt le programme de Dutch Doubles, en est sans conteste l’apothéose. Morceau de dynamite à l’énergie explosive, la pièce est le fruit d’une collaboration étincelante entre la chorégraphe et la chanteuse/actrice Wende Snijders. Dès la première seconde, la pièce qui s’ouvre dans un boom fracassant, ne laisse pas indifférent. Les lumières jaillissent et projettent sous les feux de la rampe la ligne interminable de danseurs en justaucorps couleur chair. La chanteuse Wende est le pivot central autour duquel s’organise la pièce ; non seulement celle-ci chante avec une énergie ébouriffante mais elle marque le tempo, interagit avec les danseurs, jusqu’à mener la danse, entourée par un groupe d’une dizaine de danseurs, qu’elle galvanise comme une dresseuse de fauves. La danse est précise, énergique, parfois sauvage. Mais Lopez Ochoa sait aussi ménager des moments d’accalmie, marqués par des temps de duos aériens où la voix de Wende prend des accents plus rauques et intimes. De bout en bout, Last Resistance tient le spectateur en haleine, créant autant la surprise qu’une pièce d’Ekman – avec qui Lopez Ochoa partage d’ailleurs le goût du jeu et le grain de folie – mais avec une force d’écriture chorégraphique comparable à une Crystal Pite. Un nom à retenir !

Le fil conducteur du programme, très bien agencé, est le lien entre danse et musique et l’importance qu’occupe cette dernière. Dans chacune des pièces, outre l’orchestre dans la fosse, des musiciens et/ou chanteurs sont présents sur scène. Le programme est organisé de manière symétrique, les deux créations mondiales, d’une durée d’environ 30 minutes, encadrant deux duos, de 12 minutes chacun. Enfin, le programme trouve un strict équilibre entre chorégraphes hommes et femmes, ce qui est assez rare pour être souligné.

Impermanence d’, ancien danseur du , aujourd’hui directeur artistique de la junior compagnie néerlandaise, repose sur un très joli travail sur la musique, aux tonalités riches et colorées. Si pas moins de six musiciens sont sur scène, l’on retiendra particulièrement la superbe performance du harpiste et compositeur Remy van Kesteren, et un solo de flûte envoûtant qui n’est pas sans évoquer certains accords du Sacre du printemps. La danse n’est pas narrative mais expressive, passant progressivement de l’ombre à la lumière, d’états d’âme parfois sombres à davantage de légèreté. Elle s’ouvre par un magnifique solo, à la fois aérien et terrien, où alternent les lignes droites, nettes, et les ondulations du corps. Puis, enchaîne un trio masculin intense, jouant sur les déséquilibres, le contact et la fuite. L’impermanence surgit de ce subtil équilibre, et de la tension qui habite la danse et parcourt les corps.

Le duo masculin Two and Only chorégraphié par , une chorégraphe néerlandaise née au Cameroun, est accompagné par la voix grave et chaude de , également compositeur des musiques qu’il interprète à la guitare d’abord puis au piano. Duo d’une grande sobriété mais à la charge émotionnelle forte, il exprime avec peu de moyens toutes les subtilités d’une relation amoureuse. Les deux interprètes dansent avec harmonie et une complémentarité très intéressante entre un très jeune danseur encore élève dans la compagnie (Timothy van Poucke) et un danseur étoile ().

Déjà Vu de Hans Van Mannen porte bien son nom. Au-delà de la plaisanterie – le titre a été donné à dessein par le chorégraphe qui se moquait des remarques de certains critiques lui reprochant de ne pas assez se renouveler – l’écriture de la pièce semble d’une esthétique un peu datée par rapport aux créations du XXIe siècle, en dépit du superbe travail réalisé sur la musique exigeante d’.

Cette édition de Dutch Doubles est une belle réussite, qui montre la vigueur de la création néerlandaise et les qualités de cette troupe exceptionnelle.

Crédit photographique : Photographie n°1 : Last Resistance, Annabelle Lopez Ochoa; Photographie n°2 : Impermanence, Ernst Meisner ©  Hans Gerritsen

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