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Ziad Kreidy, pour une histoire esthétique de la facture du piano

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Ziad Kreidy. La facture du piano et ses métamorphoses. Paris. Éditions Aedam musicae. 123 p. 22 €. Janvier 2018.

 

Le pianiste et musicologue poursuit sa croisade contre l’uniformisation du piano dans son dernier ouvrage, La facture du piano et ses métamorphoses.

Le piano a suivi un processus d’industrialisation et de standardisation au XIXe siècle, à l’instar de nombreux instruments, visant à un développement de la puissance, de la longueur et de l’égalité sonore. Aujourd’hui, c’est le Steinway modèle D, « meilleur piano du monde », selon le slogan de la firme, qui domine le marché et tient lieu de référence.

retrace une histoire du piano de façon problématisée, à rebours des histoires progressistes et, pour ainsi dire, darwinistes de l’instrument. Qu’est-ce qu’un piano historique, quand on sait que Beethoven ou Chopin ont connu une diversité de claviers, liés aux différentes factures, mais aussi à l’évolution des matériaux ? Faut-il préférer le fac-similé ou l’instrument d’époque ? Surtout, en quoi la composition, la notation instrumentale, dépendent-elles de l’instrument lui-même ? Prônant une histoire de l’expressivité de la facture du piano, il réconcilie esthétique et organologie d’une façon certes succincte et pas entièrement nouvelle, mais percutante. Il cite notamment les écrits de Paul et Eva Badura-Skoda, parmi les pionniers de l’interprétation sur instrument d’époque.

D’autre part, l’auteur s’interroge sur la pertinence, au XXIe siècle, d’un piano moderne qui est en réalité un héritage de la seconde moitié du XIXe siècle. Notons que Ziad Kreidy évoque assez peu Yamaha, souvent conspué dans le milieu pianistique, sans doute parce qu’il le place sur un autre plan, celui de la diffusion des pianos de qualité à bas prix. Il présente alors quatre figures de l’innovation, isolées, mais exemplaires : Wayne Stuart, Stephen Paulello (dont le piano à 102 touches a été adopté par Boris Giltburg, notamment), David Klavins, et David Rubinstein, qui osent chacun questionner les acquis du piano moderne (le nombre de touches, la hauteur de l’instrument, les cordes croisées…). Ainsi, le fluid piano représenté en couverture, conçu d’abord comme évolution du tympanon et construit en 2009 en Angleterre, permet-il de modifier la hauteur de chaque touche du clavier indépendamment des autres, sans outil électronique. Pour l’auteur, il est l’exemple emblématique des potentialités d’évolution du piano moderne.

Ziad Kreidy reconnaît que, si le jeu sur claviers anciens a plutôt le vent en poupe, l’innovation sur piano moderne reste très marginale. La stratégie commerciale de Steinway et celle du développement des claviers numériques en sont les facteurs principaux. Cependant, on peut s’interroger sur le peu d’intérêt de la part du monde des interprètes ou des compositeurs actuels pour celui de la facture d’instrument. Le sujet serait-il anachronique ou leur désintérêt est-il une conséquence de la standardisation marchande de l’instrument ? La question reste ouverte.

Ce ouvrage, certes bref et non sans redites, bénéficie de l’expérience croisée d’un interprète qui a déjà enregistré sur instruments anciens (des pièces de Grieg sur un Érard et des sonates de Mozart et Haydn sur pianoforte, notamment), et de musicologue (une bibliographie complète le texte). Il parlera tant aux pianistes, qu’aux créateurs et aux mélomanes.

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